Mardi 4 juillet, hommage à Jocelyne CURTIL

COMMUNIQUÉ : HOMMAGE À JOCELYNE CURTIL

 

 

Homme sans Épaules, ou plutôt Femme sans Épaules, Jocelyne Curtil fut pleinement poète de la Poésie pour vivre, poète de l’émotion ; notre aînée, notre amie. Elle a notamment signé un dossier important, avec Alice Colanis, « Écritures de femmes », (in Les HSE n°8, 2ème série, 1993). Jocelyne Curtil, certes discrète, mais très attachante, simple et humble, mais intransigeante, est et demeurera l’une des voix marquantes de la poésie contemporaine. Henri Rode, l’un des Hommes sans Épaules les plus exigeants, n’a pas écrit en vain : « Les poèmes de Jocelyne Curtil sont très bons. Il n’y a surtout aucune complaisance bas-bleu. Ce n’est pas du tout le rendez-vous des anges et du frou-frou. Il y a une identification d’elle et du cosmos des plus intéressantes avec, à fleur des choses, objets, herbe, soleil – un petit liseré de sang qui en dit long sur beaucoup de souffrances gonflant son vocabulaire. »

Jocelyne Curtil, née en juin 1935, à Rousson (Yonne), a été enseignante jusqu’en 1971. Elle a vécu à Nouméa en Nouvelle-Calédonie « Îles hilotes – la mer boucle bouclée – gratte sa langue au râtelier du récif »), puis en Inde dans différents ashrams, ainsi qu’au Japon, avant, professeur diplômé de yoga, de revenir vivre en Bourgogne. Jocelyne est décédée à Sens, mardi 27 juin 2017. Ses obsèques auront lieu en l'église de Rousson le mardi 4 juillet à 15h15. Jocelyne avait écrit : « L’oiseau – qui m’apporte le ciel – une forêt – saigne encore – dans ses ailes », ou encore : « Quel poison a figé les veines de la pierre ? – Dans l’eau dure – et confuse - je suis ce galet – qui cherche la Source. »

Poète, dès son premier livre, Le Soleil sous la peau, dont Raymond Queneau célèbre « les poèmes pleins d’alacrité, d’allégresse et d’énergie » ; Jocelyne Curtil a, comme l’a écrit Jean Breton, mélangé l’érotisme d’amour à la réalité germinative de la terre, non sans taillader d’humour son poème, afin qu’il reste respirable. Pour Jocelyne Curtil, la poésie a toujours participé de la même obsession : se découvrir et découvrir le monde à travers un langage particulier : « La poésie est révolutionnaire car espace de liberté, émergence d’une conscience. Elle dérange, ses autoroutes sont verticales, ses armes à retardement. » Il y a chez Jocelyne Curtil de nombreux thèmes de révolte, d’« engagement ». Le poète se dresse contre « les classes mâchées par les verrous », contre les humiliations et les guerres, contre les centrales nucléaires et la destruction de la planète, et, très subtilement, contre la dépendance de la femme, dans un monde dominé par le patriarcat. Jocelyne Curtil n’a pas été en vain l’amie de la chère et grande Thérèse Plantier. Jocelyne Curtil, n’a cessé, dans son œuvre poétique, d’approcher la réalité globale à partir d’un signe dérisoire : un arbre, une goutte d’eau.  Jocelyne Curtil nous dit : « Un poème est une dynamique (dynamite souhaitable), il fonctionne par système d’engrenages, cordes et poulies invisibles comme… la respiration, la germination, la mer et les courants d’air. Pas facile d’apprécier un poème si ce n’est au nombre et à la profondeur des harmoniques qu’il développe. »

 

Le comité de rédaction des Hommes sans Épaules

 

À lire : Le Soleil sous la peau (éd. Chambelland, 1967), Visages pour un lépreux (éd. Chambelland, 1970), L’Herbe du puits (éd. Saint-Germain-des-Prés, 1974), Le Point de non-retour (éd. Saint-Germain-des-Prés, 1975), Paroles du matin clair (L’École des loisirs, 1977), Lumière oblige (éd. Chambelland, 1988), Les Vitamines du ciel (éd. Librairie-Galerie Racine, 2001), Sous le roc, le miel (éd. Librairie-Galerie Racine, 2012).

 

 

Quel poison a figé les veines de la pierre ?

Dans l’eau dure

et confuse

je suis galet

qui cherche la Source.

 

*

 

Quand la mer montera l’escalier

pour découper tes épaules

suffira-t-il d’un regard

sans peur

pour qu’à tes rives sensibles

s’apaise la vague ?

 

 

Jocelyne CURTIL

 

© Les Hommes sans Épaules.