Critiques

Engeances

par : Anonyme

Beau travail, moderne, que celui des éditions La Passe du vent, situées à Lyon, travaillant en lien avec un beau lieu de poésie, l’Espace Pandora. Le physique du livre, sa modernité et la poésie de Frédérick Houdaer sont en phase, voilà ce qui frappe de prime abord. Une poésie très contemporaine dans des pages très contemporaines. Belle réussite. Les mots et les poèmes semblent simples, anodins, quotidiens. Une apparence. On cherche des référents, d’abord on n’en trouve pas, puis le visage de Bukowski s’impose.

Jean Maison, "Araire"

Avec Araire, Jean Maison nous offre l'une de ses plus belles et de ses plus importantes paroles poétiques. Parole poursuivant l'exploration en même temps que la fondation d'une demeure dont les deux précédents recueils, Consolamentum et Terrasses stoïques, furent publiés chez feux les éditions Farrago/Léo Scheer. L'excellent Rougerie, éditeur d'une pléiade d'éminents poètes contemporains doit être ici remercié pour son travail aux marges d'un monde littéraire tenu par les exigences d'une rentabilité terrorisante.

Les enfants de la foudre

par : Antoine Beck

À la lisière du dehors et du dedans
le lieu est la marche sans but

                     [Mirabilia]

 

Jean-Pierre Lemaire en son premier recueil

Jean-Pierre Lemaire est l’auteur d’une œuvre poétique forte, pour l’essentiel éditée chez Gallimard et au Cheyne. Ce livre est la réédition du premier recueil du poète, paru aux éditions La Dogana en 1981. Il n’était plus disponible depuis longtemps. L’éditeur, Florian Rodari, dirigeait à l’époque une fort belle revue, La Revue de Belles Lettres, et avait fait paraître une partie des premiers poèmes de Lemaire.

Jacques Bertin, Les Traces des combats

Auteur-Compositeur-Interprète, Jacques Bertin s’est toujours tenu en marge des milieux officiels, depuis ses débuts en 1966. Bertin écrit des poèmes. Certains sont faits pour être mis en musique ; d’autres, non. Il est l’un de nos plus grands poètes lyriques ; le chef de file des auteurs de sa génération, qui s’étaient fixés pour but de développer le je créateur sans gommer l’homme dans l’artiste. Nous lui devons une bonne vingtaine d’albums, de nombreux poèmes et une quantité non négligeable de chefs-d’œuvre.

L’Année des fleurs de sophora

par : Anonyme

Sur la page de gauche, les caractères chinois. Un autre monde. Un autre univers. Sur celle de droite, la traduction signée Emmanuelle Péchenart. Comment passe-t-on de l’un à l’autre univers ? Une gageure. Pour le lecteur s’entend. Meng Ming est né en 1955, en Chine, mais il vit en France depuis 1989. La date parle d’elle-même. Le poète a été publié dans la revue dissidente Jintian. À l’époque, le printemps paraissait vouloir renaître en Chine. C’était avant la répression, et son acceptation pour cause de partenariat économique.

Rubén Dario, Azul

Philippe Ollé-Laprune donne une belle préface à ce volume. Elle commence ainsi : « Rubén Darío est revenu au Nicaragua, sa terre natale, pour y mourir. Celui qui a parcouru le monde, révolutionné l’écriture en espagnol et fait figure d’idole pour la jeunesse de l’Amérique Latine se sait condamné par la maladie ; les excès, liés à la vie agitée qu’il a mené, le condamnent. Il n’atteindra pas les cinquante ans.

Marina Tsvétaïéva, Insomnie

Insomnie et autres poèmes vient comme un complément nécessaire du précédent volume de Marina Tsvétaïéva paru chez le même éditeur et dans la même collection, Le ciel brûle suivi de Tentative de jalousie. Et, en effet, c’est de cette poésie dont il s’agit, une poésie apparaissant au monde comme le Dit du ciel qui brûle. Du reste, la poétesse avait 20 ans aux alentours de la révolution bolchevique, elle aimait lire Biély ou Blok, était l’amie de Volochine, l’amante de Sophie Parnok. Elle était mariée aussi.

Sur la terre comme en enfer

Nichts weiβt du, mein Bruder, von der Nacht,
nichts von dieser Qual […]

Tu ne sais rien, mon frère, de la nuit,
rien de ce tourment […]

 

Après Mes Prix Littéraires, excellent recueil d’articles édité par Gallimard en 2010, voici Sur la terre comme en enfer, un magnifique recueil de poésie.

Aller simple

par : Malika Hadji

On pense à Saint François d’Assise en lisant ce livre d’Erri de Luca. Parce que l’on connaît cette part poétique de sa vie, celle de la lecture et de la traduction des Écritures, au petit matin, avant de partir sur les chantiers. De Luca, romancier, poète, ouvrier, lecteur du texte biblique en Hébreu. Avant de trimer, se ressourcer. Pour survivre. Puis écrire de la poésie ou des romans, le soir venu. Pour se « détendre », s’éloigner de la dureté du monde concret du travail exploité.

La mort c'est nous...

Les publications de Catherine Mafaraud-Leray et de Michel Merlen sont rares. Ils n’ont jamais cherché à se montrer et encore moins à « faire carrière ». Mais est-ce bien cela la poésie : faire carrière ? Michel Merlen répond : vous ne parviendrez pas à assassiner le désir – législateurs anonymes de l’obèse et de la vacuité. Discrets, ils le sont, même à l’heure d’Internet. Merlen se fît remarquer dans la revue Poésie 1 n°19, en 1971.

Ulysse brûlé par le soleil

par : Phil McBeath

Et soudain il m’a semblé,
Emporté par une telle frénésie
De terreur et de désir,
Que mon cœur éclatait en musique
Et que mon corps prenait feu.

                                      [ Soirée ]

 

Les Psaumes de Gérard Bocholier

Dans ce monde gouverné par le bavardage des nanosecondes de la prose généralisée, il est des éditeurs pour défendre le profond de l’humain, autrement dit la poésie. Et il est des poètes rares. Gérard Bocholier est de ceux là. Le poète, né en 1947, dirige la belle aventure de la revue Arpa, dont on doit recommander la lecture à quiconque aime la poésie en France : http://www.arpa-poesie.fr/.

A celle qui s'avance

Auteur d’un premier recueil paru chez Caractères en 2010, Bruno Mabille ne nous est pas inconnu. Il nous est arrivé de croiser sa poésie dans la belle revue Arpa dirigée par Gérard Bocholier, en son récent numéro 103 par exemple.

Pour tous les hommes de la terre

Dès 1926, sept ans après sa parution, le premier recueil de poèmes de Julian Tuwim est un classique en Pologne : ses poèmes sont lus par les enfants et les adolescents dans les manuels scolaires de l’époque. Poète fortement aimé par le public – large public dans un pays où l’on a toujours lu beaucoup de poésie –  Tuwim est considéré comme l’un des poètes polonais les plus importants de la première moitié du 20e siècle. Il fut pourtant rejeté dans la Pologne autoritaire et réactionnaire des années 30.

AUBES, Bernadette Engel-Roux

Les éphémérides de Haute Vue : Aubes de Bernadette Engel-Roux

Il y a cent ans : la naissance du poète de Black-Label

par : Anonyme

Je n’avais jamais rien lu de Léon-Gontran Damas, pas plus Black-Label, long poème chanté et inouï qui occupe une vingtaine de pages dans cette édition de poche, qu’autre chose. C’est une claque. On entend parfois dire que la poésie de la négritude serait « datée ». Black-Label apporte un démenti cinglant à une vision aussi étriquée du poème. La poésie, quand elle touche à la profondeur de l’étant humain, quand elle est poésie finalement, n’est jamais datée.

"Jamais ne dors" ou le poème du Cantique

par : Fabien Desur

En 2008, Pascal Boulanger, poète dont nous apprécions l’œuvre au Recours au Poème, publiait cet étonnant opuscule, au catalogue de l’inclassable maison de Charles-Maxence Briseul, le corridor bleu. Il est intéressant d’en dire deux mots, quatre ans après, et après que Boulanger ait publié d’autres travaux, peut-être plus directement politiques – et même fortement anticapitalistes, ainsi au détour de  certains vers de son lierre la foudre.

Jean-Pierre Védrines

Passeurs d'humanité. Derrière ce titre polyphonique se cache un regard humble sur les êtres et les choses, un regard discret et bienveillant, attentif aux détails qui révèlent beaucoup, attentionné envers les trésors presqu'invisibles que les hommes et les femmes portent dans leurs silences et leurs gestes de peu.

César Vallejo

par : Antoine Beck

Le poète César Vallejo n’est pas un inconnu pour qui est lecteur de poésie. Tant du côté de son œuvre que de sa vie, deux aspects ici indissociables : Vallejo est de la « race » des poètes engagés du début du 20e siècle, de ceux qui sont entrés au parti communiste et se sont engagés en faveur de la République espagnole en 1936. Il a eu la chance, si l’on ose dire, de mourir avant la seconde guerre mondiale, le nazisme guerrier, et le développement des idées ubuesques du camarade Staline.

La destruction du Parthénon

La destruction du Parthénon est un roman – par bien des aspects. Et même un roman à la construction très contemporaine : on y découvre le sujet et l’histoire au fur et à mesure de la lecture de bribes. Le lecteur passe de la confession d’un gardien du Parthénon à des témoignages et, entre temps, plonge dans la prose politique du groupe qui veut détruire le Parthénon, ceux qui veulent « faire sauter L’Acropole ».

De la poésie en sa profondeur

par : Luc Abel

Ce recueil réunit plusieurs dizaines de poètes français contemporains, vivants pour la plupart. Tous ont la particularité d’avoir croisé, d’une façon ou d’une autre, de façon éphémère ou fidèle, la route de la belle revue Les Cahiers du Sens et / ou des éditions Le Nouvel Athanor, dirigées par Jean-Luc Maxence et Danny-Marc.

Pierre Lepori

par : Anonyme

L’édition suisse nous offre la possibilité de lire en langue française le premier recueil poétique publié par Pierre Lepori en 2003. Le poète est une figure importante de la vie intellectuelle suisse, versant « italien ». Romancier, (Sexualité, éditions d’en bas, Lausanne, 2001), auteur d’essais et spécialiste du théâtre, fondateur de la revue queer, Hétérographe, revue des homolittératures ou pas, il est aussi journaliste pour différentes radios du territoire suisse.

Elle chante le silence

par : Alain Gopnic

Ainsi je suis allée, oubliant tout devoir,
Et j’ai vécu ma vie. Alors elle fut poème.
                     
 [E. Strittmatter, Lumière de neige]

Pages