5 poèmes

 

J’ai mis ton chien dans mon poème.
Il y a bavé très longtemps.
Je pense à des dimanches blêmes
d’hiver où il pleut doucement,
au mois de mai qui veut qu’on aime
et qu’on embrasse son amant.
Je veux sortir de la semaine
et voler éternellement.

 

***

Avec sa canne de clocharde
une rousse vieillie navigue
vers une pente où l’on bavarde
comme au printemps sur la garrigue.
Voici l’été et il me tarde
de trouver le parfum des figues
que leurs feuilles et branches gardent.
Où vas-tu cerceau de fatigue ?

 

***

L’acharnement de sombres coups
agite une obsession inquiète.
Je ne sais pas si l’on dissout
l’arrimage des joies défaites.
Tant d’effort pour être debout.
Une fatigue sur ma tête
étale son silence doux,
feutre enneigé d’une tempête.

 

***

La lecture, midi, les places
me parlent d’histoires lointaines.
Sous ma semelle ce qui passe
n’accroche pas. Combien de peines
pour être si légère et lasse ?
Faut-il qu’un souvenir me vienne ?
Toujours ma mémoire s’efface.
Vies plus réelles que la mienne.

 

***

Sur ma jambe un gros chien bave.
On a commencé un dialogue
du temps qu’on était des esclaves.
Voilà des siècles que l’on vogue.
On cache un mot dans une cave
pour empêcher les épilogues.
On s’imagine qu’on est brave
de se sauver dans des pirogues.