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Chen Jinhuo

By | 2018-01-19T10:32:40+00:00 21 juin 2012|Categories: Blog|

 

Ils dansent autour de la fille
hei-yo, hei-yo !
dehors quelqu’un prend une lampe et leur parle avec un haut-par­leur
l’un de la main gauche l’autre de la main droite
se par­tagent les seins de la fille comme s’ils ouvraient un coquillage
ils se rap­pellent que dans tout le désert les roseaux ont blan­chi
que dans l’étang des mil­liers de gre­nouilles ont enflé enflé
puis ont explo­sé comme des fruits et l’étang s’est cou­vert de leurs tripes
ils ont cru voir un extra­ter­restre coif­fé d’un casque à tête de pois­son
qui un soir a garé son cha­riot élé­va­teur sur l’emplacement d’un direc­teur d’école et leur a dit
« donc les éta­lons on les achète au mar­ché de l’est, les selles au mar­ché de l’ouest,
les rênes au mar­ché du sud et les cra­vaches au mar­ché du nord… »
Après quoi, ils sont allés loin très loin
ce soir ils ont éven­tré la fille, lui ont pris
son pan­créas comme un corail doré à la lueur des fonds marins
sa vési­cule comme une éme­raude
ses cal­culs rénaux comme des jades blancs pour bagues d’archers
son esto­mac comme une outre en peau de cha­meau
ses intes­tins par mil­liers comme les che­veux démo­niaques de Méduse
ils sont élé­gants   ont le visage fati­gué baisent
les pétales de rose fine­ment ridées de la fille ouverte et nue
à tour de rôle ils la baisent
lui ouvrent la gorge sèche comme de la colle à un moment elle chante
pousse vers le ciel une note aiguë comme si elle était sur la pointe des pieds
ils lui mangent la paume des mains ima­ginent
qu’elle est un pois­son fluo­res­cent au corps trans­lu­cide
qui n’a que les os et nage dans l’océan téné­breux
ils lui enlèvent ses glandes lacry­males
désor­mais la fille ne sait plus pleu­rer de tris­tesse
ils écar­tèlent ses lèvres blanches juteuses comme s’ils man­geaient une orange
ses pou­mons comme deux rideaux de den­telle qu’on a oublié de fer­mer
son oreille comme l’anse d’une théière de céra­mique bri­sée par mégarde
ses pupilles comme les leurs
humides et curieuses et qui regardent le monde
à un angle de 360 degrés
sa peau blanche comme une robe de mariée
qu’elle porte timide et en désordre
ils disent
hei-yo, hei-yo !
elle ne répond pas
son cœur tres­saute
comme une boîte à musique dont le son enva­hit la chambre
et les console