> CHRISTOPHE DAUPHIN

CHRISTOPHE DAUPHIN

By | 2018-01-22T18:43:06+00:00 1 février 2015|Categories: Rencontres|

 

Christophe Dauphin, mer­ci d'accepter cet entre­tien pour Recours au Poème. Vous êtes né en 1968, vous diri­gez la revue Les Hommes sans Épaules, avez publié une quin­zaine de livres de poèmes, mais aus­si autant d’essais sur la poé­sie et sur l’art moderne, ain­si que trois antho­lo­gies ; vous êtes éga­le­ment secré­taire géné­ral de l’Académie Mallarmé. Tout cela fait de vous un acteur avi­sé, dou­blé d'un obser­va­teur, du monde poé­tique. Quel est, aujourd'hui, l'état des lieux de la poé­sie en France ?

Si l’on s’en tient aux chiffres, on peut esti­mer qu’il existe plus de sept cents édi­teurs et revues spé­cia­li­sés, qui, pré­ci­sons-le, tra­vaillent très sou­vent béné­vo­le­ment et portent la qua­si-tota­li­té de la créa­tion poé­tique contem­po­raine en France. Cent mille per­sonnes écri­raient (sans for­cé­ment en publier) ce qu’on peut consi­dé­rer comme des textes poé­tiques. Selon le Syndicat natio­nal de l’édition,  plus de 600 recueils paraissent chaque année. Le tirage moyen d’un livre de poèmes, comme d’une revue, oscille entre 100 et 300 exem­plaires. Certains ou cer­taines, plus rares, atteignent un tirage de 500, voire de 1.000 exem­plaires. Ajoutons que la poé­sie est sou­te­nue par toutes sortes de bourses et d’aides à la publi­ca­tion, pri­vées ou publiques, natio­nales et/​ou régio­nales. En 2013, le Centre natio­nal du Livre a sub­ven­tion­né 13 revues de poé­sie à hau­teur de 27.000 €, ain­si que 55 édi­teurs pour 127 livres de poé­sie, pour 209.000 €. Comment ces aides sont elles attri­buées et à qui ? Souvent aux mêmes et pas tou­jours au mérite, c’est le moins que l’on puisse dire. Il existe aus­si des rési­dences d’écrivains, des Maison de la poé­sie et autres offi­cines, qui res­semblent plus en fait (du moins pour cer­taines) à des bas­tions pour ini­tiés qu’à des espaces ouverts aux poètes ; les­quels, nous dit-on, ne mobi­lisent pas, alors que les fes­ti­vals et mani­fes­ta­tions poé­tiques se mul­ti­plient, pour le meilleur comme pour le pire il est vrai, à tra­vers le pays.

Nous pour­rions donc dire benoi­te­ment que la créa­tion poé­tique se porte bien en France, mais la cruau­té des chiffres (pour évo­quer la poé­sie et le théâtre mis ensemble) ne laisse pla­ner aucun doute : 0.4 % des livres ven­dus, 0.2% du chiffre d’affaires du sec­teur du livre, et 1% du lec­to­rat total, ce qui nous remet en mémoire ce constat que Georges Mounin fai­sait voi­là plus de cin­quante ans : « Il y a rare­ment eu autant de gens pour écrire cette chose que per­sonne ne lit. » Heureusement, l’avènement de l’impression numé­rique (uti­li­sée avec sou­plesse pour l’impression à la demande et les courts tirages) et d’internet (édi­to­rial, dif­fu­sion et vente)  a qua­si­ment sau­vé le petit monde de la poé­sie (revues et édi­teurs), certes, en état de sur­vie per­ma­nent. Rappelons qu’une dif­fu­sion et une dis­tri­bu­tion en librai­rie impose d’avoir recours, non pas au poème !…, mais aux ser­vices d’un dis­tri­bu­teur (autant dire un « ogre », pour un micro-édi­teur) dont les pres­ta­tions repré­sentent 60% du prix de vente HT du livre. Ce dis­tri­bu­teur impose en outre à l’éditeur un pro­gramme édi­to­rial pré­vi­sion­nel, avec un nombre de titres (10 à 12  au mini­mum) et un tirage impo­sés (800 à 1.000 exem­plaire par titre en géné­ral). Peu d’éditeurs spé­cia­li­sés peuvent se per­mettre cela.

Que la poé­sie cir­cule len­te­ment et dif­fi­ci­le­ment, c’est une évi­dence, mais elle cir­cule et rien ne semble pou­voir l’arrêter. Hier, comme aujourd’hui et ce sera encore le cas demain, on conti­nue à par­ler et à lire bien des poètes, alors que l’on a oublié toute une plé­thore de prix Goncourt, Renaudot et autres. Les mots du poète res­tent debout et marchent à nos côtés. Le poète met des vita­mines dans l’existence. C’est pour cela qu’il ne meurt pas tout à fait.

Après avoir dit cela, il faut éga­le­ment par­ler de la pré­sence et de la visi­bi­li­té de la poé­sie sur la place publique et notam­ment dans les médias. Le sujet énerve et frustre plus d’un poète. Et pour­tant, il n’y a rien à en attendre. Les médias (excep­tion faite de l’hebdo le 1, qui publie un poème en pleine page à chaque livrai­son), y com­pris et sur­tout ceux dits « lit­té­raires », n’accordent qua­si­ment aucune place aux poètes. Nous le savons et cela ne chan­ge­ra pas. Faut-il s’en lamen­ter ? Ce n’est pas mon avis. La poé­sie n’est pas soluble dans le mer­can­ti­lisme. Aucun média n’a le désir, la volon­té et sur­tout la com­pé­tence pour par­ler de la poé­sie ; et si cela avait lieu, on ima­gine pour l’avoir déjà vu dans la presse comme plus rare­ment à la TV, la catas­trophe que ce serait. Nous avons pu le véri­fier en 2011, lors de l’attribution du prix Nobel de lit­té­ra­ture au Suédois Tomas Tranströmer. L’accueil des médias fran­çais fut élo­quent : les uns se conten­tant de repro­duire le com­mu­ni­qué de l’AFP ; les autres, ajou­tant à l’incompétence le mépris, pour cet « obs­cur et insi­gni­fiant poète » ; ce que Tranströmer n’est pas, évi­dem­ment. On se sou­vient aus­si de Denis Roche, ancien chef de file de la poé­sie ger­ma­no­pra­tine tel­que­liste, affir­mant que lorsqu’il lisait Tomas Tranströmer, les bras lui en tom­baient, parce qu’il le trou­vait affli­geant. Pour Roche, la poé­sie est défi­ni­ti­ve­ment aux arrêts, obso­lète ! Les gens conti­nuent à en écrire cepen­dant. « Ça doit être ras­su­rant, et joli, comme de mettre des pâque­rettes sur son bal­con », concluait Denis Roche, qui est bien celui qui a ras­sem­blé les bribes de son « aven­ture poé­tique », sous le titre de La poé­sie est inad­mis­sible. Sans doute vou­lait-il dire : Ma poé­sie est inad­mis­sible ; et il en a tiré la leçon qui s’imposait : le silence ! Mais d’autres épi­gones, plus pâles encore, sont appa­rus depuis, qui se sont réfu­giés dans la per­for­mance (quelle ori­gi­na­li­té !..) et dans le cha­ra­bia théo­ri­co-théo­rique, pour mieux mas­quer leurs carences poé­tiques ; adeptes des jeux de mots, de typo­gra­phie et de plats mal réchauf­fés, qui se sont auto­pro­cla­més « poètes d’avant-garde » (une pre­mière dans l’Histoire !, à moins qu’il ne s’agisse de l’avant-garde des sub­ven­tions publiques et des effets de manche ?), pour n’être en fin de compte qu’une arrière-garde de plus, adepte du jeu for­mel sans consé­quence, que nous pou­vons situer au même niveau que celui de la Société des Poètes Français. N’est pas André Breton, Tristan Tzara, Kurt Schwitters, Raoul Hausmann ou Alexeï Kroutchenykh, qui veut !

La poé­sie fran­çaise d’aujourd’hui n’est pas du tout com­pacte. Elle est mor­ce­lée et fort variée. Plusieurs ten­dances, actuel­le­ment, se font jour, comme le regret­té et excellent poète, cri­tique et ani­ma­teur que fut Michel Héroult, l’a per­çu : « la poé­sie du quo­ti­dien », « la poé­sie de l’émotion et/​ou émo­ti­viste », « la poé­sie néo-sur­réa­liste », « la poé­sie sociale et/​ou poli­tique », la « poé­sie mys­tique », la « poé­sie mini­ma­liste et/​ou phi­lo­so­phique », la « poé­sie néo-clas­sique » et ce que nous appe­lons la « nov-Poésie », dont nous venons de par­ler. En règle géné­rale, la poé­sie contem­po­raine témoigne de l’homme. Certains le font en haut d’une tour, d’autres au fond d’une cave mais, tou­jours, c’est de l’homme dont il s’agit. En tout cas bien plus de l’homme que des dieux. Certains appuient cette recherche vers le bas ou vers le haut. Diversité, il y a. Et s’il y a indé­nia­ble­ment de très bons poètes en France, on ne doit pas perdre de vue que le poème lorsqu’il donne dans un excès de for­ma­lisme, de culture ou de sen­si­ble­rie, ne peut que se trans­for­mer en un vain bibe­lot. L’objet lan­ga­gier n’est pas un poème, c’est un objet lan­ga­gier. La poé­sie c’est l’être et non le paraître. La poé­sie est un vivre et non un dire. Octavio Paz, qui était très pré­oc­cu­pé par la notion de moder­ni­té, m’a dit un jour que chaque époque s’identifiait avec une vision du temps et que le pas­sé n’était pas meilleur que le pré­sent. C’est-à-dire que la per­fec­tion n’était pas der­rière nous, mais devant. Ce n’était pas un para­dis déser­té, mais un ter­ri­toire, une ville, qu’il nous fal­lait bâtir. Paz m’a éga­le­ment dit que la poé­sie qui se pro­fi­lait, cher­chait le point d’intersection des temps, le point de conver­gence. Ce point, d’après lui, nous dit qu’entre le pas­sé bigar­ré et le futur dépeu­plé, la poé­sie est le pré­sent. Gageons qu’il ait rai­son.

Rien de nou­veau. Ce qui l’est, en revanche, c’est d’assister para­doxa­le­ment aujourd’hui en France, comme l’a écrit Martin Rueff, à un étrange phé­no­mène : non seule­ment le nom poé­sie dont l’adjectif poé­tique est tiré n’est plus consi­dé­ré comme son por­teur natu­rel, mais encore on va jusqu’à dénier aux poètes la poé­sie qu’on prête aux non-poètes. Les exemples ne manquent pas. Pour encen­ser tel livre de prose, telle chan­son, tel chan­teur, nom­breux sont les médias, les per­sonnes, qui n’hésitent pas à les qua­li­fier de « poé­tiques », bien que la poé­sie soit absente de leurs édi­to­riaux. On sait par ailleurs l’emploi aber­rant que cer­tains font du mot « sur­réa­lisme ». Ce n’est pas la poé­sie-des-poètes qui inté­resse, mais la poé­sie-des-non-poètes ou plu­tôt la non-poé­sie-des-non-poètes. Pour les médias, la poé­sie-des-poètes est un vide éco­no­mique, sans public (ce qui est faux) ; un genre dont ils se moquent, ne parlent jamais (sauf pour citer pom­peu­se­ment Baudelaire, Rimbaud ou Char), et auquel ils ne com­prennent rien. Il en va tout autre­ment avec la non-poé­sie-des-non-poètes, comme en témoigne le raz-de-marée média­tique dévas­ta­teur de bêtise d’avril 2013. L’insondable bêtise des médias et de ceux qui les écoutent bouche bée (et pas seule­ment en art ou en lit­té­ra­ture), a en effet atteint son paroxysme avec la paru­tion d’un livre de « poèmes » de Michel Houellebecq, le chef de gare du roman de gare fran­çais : Configuration du der­nier rivage. D’emblée, ce fut « l’évènement de l’année », le livre dont tout le monde se mit à par­ler dans les rédac­tions comme dans les salons feu­trés, sur les pla­teaux de télé­vi­sion, à la radio, où l’on décla­ma ses « poèmes » en direct à l’antenne, tout en le congra­tu­lant obsé­quieu­se­ment. On n’avait jamais vu un tel ram­dam autour de la paru­tion d’un « livre de poèmes », qui fit même la une du jour­nal Libération, tout en étant, il faut bien le dire, un livre d’une très grande médio­cri­té.

 

La situa­tion que vous décri­vez, vous qui sem­blez être un voya­geur, la per­ce­vez-vous dif­fé­rem­ment dans le monde ?

La poé­sie est par­tout chez elle. Il n’existe pas de peuple sans poé­sie. Voilà sans doute ce qui consti­tue le carac­tère uni­ver­sel et indé­pas­sable de la poé­sie par rap­port à d’autres formes d’expression. On peut remon­ter l’Histoire. Chaque com­mu­nau­té humaine a uti­li­sé le lan­gage d’une façon par­ti­cu­lière, que nous pou­vons appe­ler : poé­sie. La poé­sie est d’une diver­si­fi­ca­tion extrême telle qu’une défi­ni­tion pré­cise ne peut-être que réduc­trice. Chaque peuple a sa poé­sie. Je suis inter­na­tio­na­liste. Aussi, toutes les poé­sies m’interpellent et les peuples qu’elles portent aus­si. Et c’est pré­ci­sé­ment par les poètes que l’on arrive aux peuples. Lorsque l’on aura dit qu’en Corée du Sud, par exemple, les poètes sont lus mas­si­ve­ment, publiées dans les quo­ti­diens, on mesu­re­ra la dif­fé­rence par rap­port à la France. La poé­sie est aujourd’hui peut-être autre­ment plus vivante et plus créa­tive, ou du moins plus vitale que lit­té­raire, en Amérique du Sud, en Amérique Centrale, au Québec, le pays du grand Miron, ou plus proche de nous, dans les Balkans, en Europe de l’Est et jusqu’en Palestine, dans les ter­ri­toires occu­pés. Le monde com­mence et la poé­sie d’aujourd’hui aus­si une fois fran­chies les fron­tières de la muséo­gra­phie fran­çaise. Il ne faut pas se replier mais se déplier. C’est ce que nous fai­sons. Et je suis vrai­ment content de voir à quel point, par exemple, le site des Hommes sans Épaules est de plus en plus consul­té à l’étranger et pas seule­ment par les fran­co­phones. Les échanges sont très riches. Nous rece­vons de plus en plus de textes et de cor­res­pon­dances de l’étranger, qui repré­sente à plus de 30% de nos ventes de revues et de livres.

 

 

En plus d'être poète, vous êtes aus­si – par­don­nez ce rac­cour­ci – un théo­ri­cien puisque vous prô­nez, en matière poé­tique, l'émotivisme. Pouvez-vous nous expli­quer cette notion ?

Le temps n’est plus, je pense, à l’esprit uni­la­té­ral et étroit des ten­ta­tives sépa­rées. Partis de l’exploration par­cel­laire de ma sen­si­bi­li­té, j’en suis arri­vé à l’émotivisme, qui est une syn­thèse moderne et d’ouverture des cou­rants et mou­ve­ments révo­lu­tion­naires que sont la Poésie pour vivre et le Surréalisme, qui, depuis son ori­gine jusqu’à son ultime abou­tis­se­ment, a été une pros­pec­tion conti­nue de l’état de rêve (comme de l’émotion, pour l’émotivisme), afin d’en décou­vrir les véri­tables limites, beau­coup trop floues à tra­vers la lit­té­ra­ture, et trop res­treintes à tra­vers la psy­cho­lo­gie. Partant de consi­dé­ra­tions sur « le peu de réa­li­té », le sur­réa­lisme a prou­vé élo­quem­ment que la seule manière de libé­rer l’homme des contraintes idéo­lo­giques, d’assurer à l’esprit des conquêtes inépui­sables, était d’agrandir l’état de rêve, d’en pré­ci­ser les pré­ro­ga­tives, et de don­ner un plein effet réel à tout ce qui éma­ne­rait de cette source ima­gi­naire.

J’ai adop­té ce terme d’émotivisme en hom­mage à Jean Breton et Guy Chambelland, pour qui le poète est un être ori­gi­nal, doté d’une sen­si­bi­li­té propre. Une hyper­sen­si­bi­li­té. « En ce qui me concerne, a-t-il écrit, si j’avais dû créer un « isme », j’aurais créé l’émotivisme ! », avant que Jean Breton ne le reprenne à son tour en décri­vant les luttes intes­tines du milieu poé­tique des années 1960-1965 : « L’histoire lit­té­raire regrou­pe­ra peut-être sous la ban­nière de l’émotivisme les poètes qui, alors, dans des revues sans lec­teurs et des recueils peu répan­dus, refu­sèrent de voir la vie affec­tive enter­rée sous les sup­pu­ta­tions lin­guis­tiques et le chlo­ro­forme pseu­do-phi­lo­so­phique et, au contraire, enri­chirent l’intimisme. »

L’émotivisme n’est évi­dem­ment pas un mou­ve­ment comme le fut le sur­réa­lisme, mais un cou­rant comme le fut Poésie pour vivre, une atti­tude devant la vie, une concep­tion du vivre qui ne sau­rait être déta­chée de l’existence du poète, car la créa­tion est un mou­ve­ment de l’intérieur à l’extérieur et non pas de l’extérieur sur la façade. L’émotivisme relève d’un seul prin­cipe : la liber­té de l’être sen­sible.

J’appelle poé­sie émo­ti­viste toute créa­tion vécue et res­sen­tie vita­le­ment dans les sur­prises, les sou­bre­sauts et par­fois les râles de l’aventure inté­rieure, et qui invite à une explo­sion de la sen­si­bi­li­té dans « l’ici et main­te­nant », en créant un lien entre tous ceux qui se confient, tripes et âmes, pour ten­ter de faire bas­cu­ler la vie dans le poème, avec cette sorte d’abandon qui doit pré­lu­der à une nou­velle inven­tion de l’être, la dimen­sion sen­sible scel­lant le socle de la poé­sie enten­due comme chant pro­fond.

L’émotivisme est un art de vivre et de pen­ser en poé­sie, car une œuvre est nulle si elle n’est qu’un diver­tis­se­ment et si elle ne joue pas, pour celui qui la met en ques­tion, un rôle pré­pon­dé­rant dans la vie. Comprenons bien que la poé­sie est uni­que­ment en l’homme et c’est ce der­nier qui en charge les choses, en s’en ser­vant pour s’exprimer. L’émotion est le ver­sant affec­tif de cette rela­tion au monde qui est consti­tu­tive de l’expérience poé­tique. Mais plus encore que l’horizon, l’émotion échappe à la repré­sen­ta­tion, et ne peut prendre forme qu’en inves­tis­sant une matière, qui est à la fois celle du corps, celle du monde et celle des mots.

L’émotivisme ne s’incarne, ni dans une école, ni dans un sys­tème, ni dans un mou­ve­ment idéo­lo­gique, mais dans groupe infi­ni, Car, je ne crois plus au grand mou­ve­ment, mais bien davan­tage à la notion de cou­rant ; un cou­rant por­té par un groupe infi­ni, à l’instar de ce qu’a mis en pra­tique Sarane Alexandrian, dès sa sor­tie du groupe sur­réa­liste en 1949. Un groupe infi­ni, c’est tout le contraire d’une cote­rie ou d’une cha­pelle ; c’est un mode de ras­sem­ble­ment des plus modernes qui com­bat l’esprit sec­taire, l’esprit de par­ti, expres­sions de l’esclavage idéo­lo­gique, en leur sub­sti­tuant l’esprit de curio­si­té uni­ver­selle, l’assentiment métho­dique à ce qui est inté­res­sant dans tout, au nom de la liber­té de pen­ser. Un groupe infi­ni, et c’est ain­si que je conçois l’émotivisme, n’a pas de diri­geant pri­vi­lé­gié, mais des meneurs de jeux pre­nant tour à tour des ini­tia­tives.

 

 

À 20 ans, vous écri­viez le poème Malik Oussékine. 30 ans plus tard, com­ment a évo­lué votre vision de la poé­sie ?

Ma poé­sie était, est et demeure vouée à l’inquiétude, à la fêlure de vivre, la confron­ta­tion du rêve et de la réa­li­té, de mon monde inté­rieur avec le monde exté­rieur. En ce sens, je ne suis jamais seul : mille liens se créent d’utilité, de frayeur, de joie, de cha­grin, de dépit, de colère, de goût, de son, de cou­leur qui m’unit à toutes et à tous. Je joins mes peines, mes espoirs. J’y ajoute un rythme, celui de mon sang. J’ordonne ce tout par rap­port à moi, je me mets à une cer­taine place dans cet ordre : je m’y enferme, je ne m’en exclus pas. J’ordonne mon uni­vers, où tout m’entretient de moi et de tout. Mon émo­ti­visme est une morale, une manière d’être et de vivre, dans la mesure où il est le fil conduc­teur de l’homme en prise directe avec ses émo­tions : le déchi­re­ment de l’être dans l’être, rap­port à soi, à autrui, au monde. C’est ce que j’écris. C’est ce qui me fait écrire.

 

 

Dans un numé­ro récent de la revue « NUNC » (n°31, revue Orante), Pierrick de Chermont vous décrit comme por­teur d'une "révolte noire, fra­ter­nelle et conqué­rante" et comme vou­lant "en découdre". De quoi vou­lez-vous découdre par le poème ?

La révolte contre l’injustice ne s’arrête jamais, de même, la recherche du bon­heur. La recherche du bon­heur, c’est la recherche de l’amour et de la liber­té. Elle s’accorde avec la révolte contre l’injustice, mais elle la pro­duit néces­sai­re­ment. La révolte risque de ne pas trou­ver de fin, comme l’a écrit Stanislas Rodanski, car elle a ses mobiles et même son mobile. Elle se recherche au cœur de l’insupportable pour don­ner au monde un accès à l’élévation. Le poète ne parle que pour mieux dénu­der les êtres et les choses qui l’entourent, que pour mieux s’écorcher aux aspé­ri­tés de la réa­li­té ; vivre se valo­rise par le devoir de lut­ter, cha­cun selon ses moyens, contre l’injustice et l’oppression. La poé­sie est une aven­ture du lan­gage, une affaire vas­te­ment humaine ; une appré­hen­sion du monde, mais avant tout, un arra­che­ment inté­rieur, l’essence même de celui qui s’exprime. Avant de naître des mots, la poé­sie est vécue, elle naît d’une situa­tion humaine (consciente ou incons­ciente), que les mots accom­pagnent. La poé­sie est reliée au sen­sible. Chaque poète réin­vente le monde qu’il a en lui.

 

 

Comme la majo­ri­té des poètes d'aujourd'hui, vous avez un tra­vail, ali­men­taire. Vous sor­tez mas­qué en quelque sorte. Vous com­po­sez donc votre poé­sie dans le feu de l'action. Comment naissent les poèmes en vous et com­ment par­ve­nez-vous, dans ces condi­tions, à les com­po­ser ?

Je suis dis­po­nible 24 h sur 24, au quo­ti­dien, aux émo­tions, aux ren­contres, que j’absorbe. Le poème peut jaillir à n’importe quel moment. Immédiatement comme au terme d’une longue ges­ta­tion. Il m’arrive, tout comme le regret­té Yves Martin, de le mémo­ri­ser et de le por­ter long­temps en moi, avant de la cou­cher sur le papier. Je ne tra­vaille pas avec un mètre clas­sique, mais avec mes propres impul­sions ner­veuses, mes propres impul­sions ryth­miques, pour cre­ver les innom­brables parois des mys­tères qui m’entourent, sans réel sou­ci d’esthétisme, et en enne­mi de tout confor­misme. Il n’est pas ques­tion de « faire joli », mais au contraire, d’afficher, dans le domaine de l’écriture, la plus impé­tueuse liber­té. Aucun mot, aucun voca­bu­laire n’est inter­dit. Au cœur du poème on doit trou­ver l’émotion, la tripe et l’homme, car, c’est bien la dimen­sion sen­sible et exis­ten­tielle qui pro­voque l’émergence du poème, lequel n’agit pas pour moi comme un amu­se­ment, un passe-temps, un exer­cice. La poé­sie n’est rien si elle n’engage pas la vie entière ; la poé­sie (sa lec­ture, son écri­ture) fait vivre, aide à vivre, vous révèle à vous-même, à autrui, au monde, et… change votre vie. Plus on est capable d’exprimer et d’extérioriser ses émo­tions dans des actes, plus on devient nour­ris­sant pour les autres, parce que nous leur com­mu­ni­quons des choses qui sont impor­tantes pour nous. Ce que nous vivons importe ou concerne sou­vent l’autre. Car, si la poé­sie, comme me l’a dit Jean Rousselot, ne nous par­lait que d’elle-même, elle n’aurait pas grand inté­rêt pour les hommes, à qui elle est aus­si sûre­ment des­ti­née qu’elle leur est rede­vable. Aussi bien le poète par­ti­cipe-t-il à leur admi­rable tra­vail en fon­dant des empires de lan­gage avec les maté­riaux – lexiques qu’ils lui ont four­nis.

 

Vous avez connu un grand poète en la per­sonne de Jean Rousselot et vous venez, aux édi­tions Rafael de Surtis, de lui consa­crer un livre, Jean Rousselot, le poète qui n’a pas oublié d’être. Pourquoi lire Rousselot aujourd'hui ?

Jean Rousselot était un homme d’une enver­gure rare et son œuvre le reflète. Il demeure un modèle, un exemple, par cette capa­ci­té hors-norme à mêler étroi­te­ment la vie et la poé­sie. Jean Rousselot, mon ami, le poète, ce héros ; comme l’a écrit Georges Mounin : « On ne se demande même pas si c’est un grand poète. Mais c’est un poète, et c’est quelqu’un. »

Pourquoi lire Rousselot aujourd’hui ? C’est le pro­pos du livre que vous évo­quez et que j’ai écrit pour le cen­te­naire de sa nais­sance, au nom de notre ami­tié certes, mais aus­si au nom de ce que Jean Rousselot a repré­sen­té et repré­sente encore. Ce livre est qua­si­ment un mani­feste qui dit en sub­stance : « voi­là ce qu’est un poète, une vie de poète ! » Comme nous sommes loin ici des fabri­cants d’objets de lan­gage à des­ti­na­tion d’un lan­gage sans objet, autant dire le mépris abso­lu du « chant » et du contact avec les frères humains.

Orphelin, éle­vé dans une misère vrai­ment noire, Jean Rousselot est deve­nu l’un des plus grands poètes de sa géné­ra­tion, un homme qui n’a pas oublié de vivre et qui a tou­jours mis sa vie en jeu, et pas seule­ment dans le poème, si l’on pense à ses prises de posi­tion, à ses enga­ge­ments, sa vie durant, y com­pris durant l’Occupation face aux vichystes et aux alle­mands. Son œuvre est ima­gée, rude, virile, par­se­mée de mots du jour et de for­mules fami­lières comme pour ne pas tra­hir un vécu dif­fi­cile et com­bat­tif. Elle s’étend sur près de soixante-dix ans, avec plus de cent trente volumes à son actif : des livres de poèmes, des romans, des contes, des nou­velles, des bio­gra­phies, des essais, mai aus­si une quan­ti­té innom­brable de notes et d’articles en revues et dans la presse, ain­si que des tra­duc­tions et des pièces radio­pho­niques.

Jean Rousselot, homme de mots, homme de l’être, aura péné­tré dans les forêts inté­rieures de l’homme comme bien peu l’auront fait, avec autant d’engagement et de sin­cé­ri­té. C’est qu’il ne s’est jamais livré à la com­plai­sance de faire du Rousselot à tour de bras. Son œuvre a évi­té tous les pon­cifs. Il a au contraire sou­vent rom­pu avec lui-même, quitte à dépi­ter la cri­tique, soit pour retour­ner à « ses vomis­se­ments », soit pour « cher­cher de nou­velles nour­ri­tures. » Alors, comme l’a dit Guy Chambelland : « À pra­ti­quer l’honnêteté d’écriture de Jean Rousselot, que reste-t-il d’un Denis Roche ? »

 

 

Quels sont vos com­pa­gnons en matière poé­tique, et pour quelles rai­sons ?

Je vous épargne la liste des grands aînés de Rutebeuf et Villon à André Breton. Si je dois citer des poètes vivants, là aus­si, nous n’en fini­rons pas, car cela en repré­sente des noms. Alors, je répon­drai : toutes celles et tous ceux, connu(e)s et inconnu(e)s, qui, dans leur diver­si­té, ont publié (533 noms à ce jour, rien que pour la troi­sième série), publient et publie­ront dans Les Hommes sans Épaules, et pas seule­ment les poètes sur­réa­listes et/​ou de l’émotion, assu­més ; parce que ceux-là, à quelques excep­tions près, assument l’homme-même, quo­ti­dien, nous dit Chambelland. L’homme et ses limites. C’est-à-dire, à l’opposé exact du cultu­rel-conven­tion, le tra­gique – l’impossibilité de tri­cher – ce tra­gique qui consti­tue peut-être la plus pro­fonde dimen­sion de la poé­sie. Leur style est évi­dem­ment à la mesure de cette situa­tion tra­gique : dépouillé d’artifices, déca­pé jusqu’au muscle, à l’os ; il ne sert guère qu’à com­mu­ni­quer l’homme à l’homme, avec une éco­no­mie de vocables qui fait toute sa dif­fé­rence d’avec la prose.

 

 

Vous vous récla­mez, en matière poé­tique, de la pro­fon­deur. Que met­tez-vous der­rière ce mot ?

Face à moi-même, face à autrui, face au monde, face à mon poème, je suis tou­jours face à un abîme ; un abîme que je suis, que nous sommes et ne ces­se­rons jamais d’être. Je résiste dans la fêlure. Mon rap­port au lan­gage, à mes émo­tions, me ren­voie de plein fouet au rap­port que j’entretiens avec le monde, à ren­fort de mots coups de poing, de mots coups de sang, pour exis­ter. Pour moi, il n’existe pas un espace sans com­bat. Pas un atome sans cri. Mais seule­ment, à bout por­tant : le lan­gage, l’émotion, le rêve, la réa­li­té, le mot coup de tête. Plus loin que la mêlée des images, plus loin que l’écume de la phrase, j’aspire à des­cendre dans les boues colo­rées de l’homme.

 

 

Dans le monde d'aujourd'hui, il y a les éco­no­mistes, les finan­ciers, les écri­vains de romans, les intel­lec­tuels, les scien­ti­fiques, les spor­tifs, les poli­tiques, les jour­na­listes… Le poète, absent de tout ce bou­quet, porte-t-il une connais­sance du monde ?

Vivre et écrire de la poé­sie, c’est vou­loir se fouiller, plai­der pour soi-même, ren­con­trer autrui au plus pro­fond, donc com­mu­ni­quer, dénon­cer aus­si les alié­na­tions, laver le voca­bu­laire, pro­mou­voir en rêve des gestes qui devien­dront un jour des actes. Alors, certes, tout cela n’est pas facile à vivre et à écrire, car le poète est un exclu. Il est tenu à l’écart, confor­mé­ment à la morale pla­to­ni­cienne. Cela ne remonte pas à hier. Il faut bien dire cette soli­tude, ce désar­roi, ce déses­poir, qui entourent le poète. Il n’est pas facile de vivre dans la peau d’un poète, qui doit exis­ter en face de gens qui nient pure­ment et sim­ple­ment son exis­tence. Mais aus­si en face de gens qui attendent tout de lui. Alors, ce n’est peut-être pas grand-chose la poé­sie, mais pour cer­tains, ce « pas grand-chose » est tout. Je ne veux sur­tout pas géné­ra­li­ser ou faire du misé­ra­bi­lisme, mais je n’oublie pas les « mou­roirs » d’Yves Martin, ni ceux de Guy Chambelland. L’appartement-assommoir dans lequel vivait Claude de Burine. Lors de sa cré­ma­tion au Mont-Valérien, nous étions deux à être pré­sent, son com­pa­gnon et moi. Thérèse Plantier, dont Les Hommes sans Épaules furent les seuls à signa­ler la mort et à saluer son œuvre. Alain Morin, dont per­sonne n’avait même de por­trait pho­to, ni ne connais­sait la date de sa mort. Et pour­tant quelle pro­fon­deur et quelle gran­deur chez tous ceux-là ! Ils m’ont aidé, ils m’aident encore à vivre, avec bien d’autres. Que de com­bats et de corps-à-corps avec la vie, avec la mort, avec le lan­gage. Des abîmes inson­dables, mais aus­si des isthmes de lumière. Du cris­tal. Non, ce n’est pas facile d’être un poète. Il faut avoir gagné cela par la dou­leur et s’accrocher. Alors exclu le poète, oui, mais a contra­rio, le poète, aujourd’hui a, tout en se lamen­tant sur son sort, ten­dance à s’en conten­ter. Certains, me dirait Alain Breton, « sont trop mal­heu­reux » pour agir autre­ment. Oui, mais les autres ? J’ai encore tout récem­ment été aba­sour­di par les poètes, lors de cette ter­rible pre­mière semaine de jan­vier 2015, après l’assassinat de Charb et de ses cama­rades ; dix-sept vic­times au total. Abasourdi par le silence des poètes. À ce jour, à ma connais­sance, seuls Les Hommes sans Épaules et Texture, par la voix de Michel Baglin, se sont mani­fes­tés par un com­mu­ni­qué. Sinon, rien, le néant. Tout le monde a conti­nué à écrire ses petits poèmes et à les publier comme si de rien n’était. Le poète est un artiste, mais c’est aus­si un citoyen, un intel­lec­tuel. Mais ils étaient où les poètes ? À la remorque du monde, une fois de plus, là où per­sonne n’ira les cher­cher. Donc, rien du côté de la poé­sie fran­çaise, mais en revanche beau­coup d’échanges et de nom­breux mes­sages avec l’étranger. Je pense notam­ment aux émou­vants mes­sages de notre grand poète Beat Lawrence Ferlinghetti ou encore avec le poète sur­réa­liste grec Nanos Valaoritis, et le Liban, et même l’Iran ! On parle beau­coup des étran­gers en France et pas spé­cia­le­ment en des termes qui nous agréent. Nous, nous disons : heu­reu­se­ment que les étran­gers existent ! Nous nous sen­tons moins seuls.

Donc, pour ce qui est de la connais­sance du monde ; je dirai que cer­tains on une assez bonne connais­sance de leur nom­bril. Les autres recherchent par le moyen du lan­gage, une véri­té de contact avec les êtres et les choses, car ils consi­dèrent les mots comme des réa­li­sa­tions dont ils ont la pres­cience, et c’est ce qui les aide à se déchif­frer eux-mêmes en déchif­frant le monde. La poé­sie déborde de la simple acti­vi­té lit­té­raire et intel­lec­tuelle pour enva­hir l’espace même de la vie.

 

Merci Christophe Dauphin.

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

Christophe Dauphin

By | 2018-01-22T18:43:07+00:00 9 octobre 2012|Categories: Blog|

Poète, essayiste et cri­tique lit­té­raire, Christophe Dauphin (né le 7 août 1968, à Nonancourt, Normandie, en France) est direc­teur de la revue Les Hommes sans Epaules (www​.les​hom​mes​san​se​paules​.com). Il est l’auteur de deux antho­lo­gies (Les Riverains du feu, une antho­lo­gie émo­ti­viste de la poé­sie fran­co­phone contem­po­raine, Le Nouvel Athanor, 2009 ; Riverains des falaises, édi­tions cla­risse, 2011), de quinze livres de poèmes ( dont récem­ment, aux édi­tions Librairie-Galerie Racine, en 2010 : Totems aux yeux de rasoir, poèmes 2011-2008, et L’Homme est une île ancrée dans ses émo­tions), et de onze essais, dont, Jacques Hérold et le sur­réa­lisme (Silvana édi­to­riale, 2010) ou Ilarie Voronca, le poète inté­gral (Editinter/​Rafael de Surtis, 2011).