Poèmes

La maison

 

On habitait la moitié nord
et il faudrait un grand poème
pour invoquer tout le palais.

Il y avait le jardin,
la cave,
l’escalier,
et des inventions,
comme de faire sous la table un salon de coiffure
—mais notre mère dit
qu’elle avait aperçu des cheveux
dépassant sous la nappe.

Un beau jour un autre enfant est né
et le père a dit viens voir
dans l’obscurité de la chambre
la véritable vicissitude
à vivre désormais.

 

 

 

***

 

 

 

Dans la maison.

 

A l’extérieur de la chambre,
bruit chouan
de poteau enfoncé dans la terre,
dans le vent et la nuit.

Dessin mental de la peur
de sauvages courant courbés
dans le jardin noir,
derrière le verre du couloir.

Est-ce que le jour était pauvre ?
Je suspendis des bougies de moteur,
expérience de l’esprit artistique,
fiente parmi d’autres qui ont fait florès.

Bientôt je ne pus plus lutter
contre le sommeil dans la prière,
qui fit place à des images
prises à la ville jamais quittée.

Le matin la vraie lumière
filtrait entre le bois et la pierre
en figures concrètes,
profils et trois-quarts,

l’une ferraillant de son épée,
haut-de-forme,
coureur de fond, navire.
Ils sonnaient,

me pressaient à l’intérieur.
Ils demeurent,
gardiens et prisonniers
de la belle maison.

 

 

 

***

 

 

 

Fossoyeur Samson

 

Je cherche le masque du grand voyage
que l’acteur abandonna dans l’ombrage
et que j’avais volé ; et puis l’affiche,
prise au-dessus d’une petite niche,
au pied du mur scénique d’Épidaure
fait par les collines. De ces faux bords
de l’immense alentour était venue
la voix qui tristement repasse, émue,
non d’Azur maintenant, mais de l’ici
où les pas crissent, sous le ciel noirci.

 

 

 

***

 

 

 

Exister et vivre.

 

Enfant, douze ans peut-être,
je hurlais la nuit.
On s’asseyait au bord du lit
et je me calmais.

Je ne sais pourquoi
sans d’ailleurs qu’on fît rien
le phénomène a cessé.
Depuis je n’ai pas vécu.

Certes je n’avais pas commencé
et la vie jamais ne me fut perceptible
que dans l’oubli des visions
qui avaient causé ces cris.

Quelque chose il y avait à
ne pas faire ou qu’en expédients
à ne pas attendre car rien
n’est promis par la voix

qui dérange les dormeurs.

 

 

 

***

 

 

 

Rixe

 

cet homme infâme je l’ai tué
mais cela ne suffit pas
et parce que j’étais en colère
je lui ouvris la poitrine pour lui arracher le cœur et le dévorer
c’est alors que je vis qu’il était pire que moi car il n’en avait pas
et cela m’a rassuré