Cécile Odartchenko

par : Anonyme

3 poèmes

Planter dans la friche

 

Planter dans la friche de l'inquiétude obscure
quelques poteaux rimés
comme pour soutenir les filets palpitants du souvenir
lâcher les volatiles effarouchés
aux rutilantes aigrettes empanachées
ivres et trébuchants, éméchés.
Il arrive que la troupe torrentielle
se précipite, se bousculant
gonfle les nasses.
Le plus souvent,
des mâles en rut et dévoués errent
creusant, ergotant à la pêche du ver
tandis que, sensitives, coiffées comme des presles
les femelles, se contentent de dodeliner.
C'est la quête sexuelle des mots sur le papier.
Le bal au poulailler.
Entre terre et ciel, les filets retiennent,
avec les feuilles mortes,
les coquilles broyées,
papyrus et bambous lacérés,
les écorces de mûriers, bouillie de précieux détritus,
pour les semis des signes à l'étalage des tamis
entre ce qui s'agite à dire
et ce qui chercher son envol à lire.
Après avoir fouillé l'humus
dérangé les croûtes d'habitude
le confort posthume des terrains vagues, piétinés, des amours,
les craquelures dans les plâtras de matière compactée,
enfin, lentement se pavanent quelques créatures
complices du rythme lent de renaissance
baroque pavane des sabots, des ergots,
et gaillarde endiablée
suivie  du branle organisé.
Une à une les rouelles, les toupies du désir,
divine horlogerie,
se mettent à tourner entre les plis des corolles en plumes
écarquillées à l'approche des oursins lumineux de la nuit.

Dehors, le brouillard humide

 

Dehors, le brouillard humide,
le bouillon infuse la cassonade de feuilles mortes.
Dedans la lampe, son pied de bronze en clé de sol
son verre dépoli absorbe la lumière
se penche vers la feuille comme une corolle de rose de Noël
et les graines éparpillées sont les lettres tracées de quelques poèmes d'amour.
Ishtar est seule dans le temple,
elle a choisi sa robe, point de damier convient,
manches longues qui couvrent à demi ses mains
jupe qui traîne jusqu'à terre
les mains la relèvent sur les côtés,
laine douce plein les mains,
godets souples et sinueux le long du corps
droite elle tient la dragée haute à la solitude
qui nargue son attachement volontaire
au livre du sacré.
La tour est à étages.
Au-delà des 10 000 cornes
des dix mille oreilles, dix mille queues
et attributs de la puissance totale
de l'animal musclé attendu dans l'arène,
au-delà du caillou-caillot rouge
lave et braise du volcan primordial
Ayers Rock des cérémonies secrètes,
au-delà de l'ange déplumé qui tient le monde à bout de bras
le plateau des ciselures tremble
et verse des fontaines de larmes et de perles
des pluies de pétales et d'épines
une avalanche de graines gaspillées
le ciel inonde de moissons perdues et d'étoiles mortes,
les petits cochons, les chevaux d'orgueil,
les chats pelés, les souris grises,
les poissons crevés.
Au centre de la soupe universelle
Ishtar se penche
lâche l'ourlet
pour tourner la clé d'or
en l'absence de ses enfants de coeur
la clochette ne tinte pas.

Ur des pierres plates

 

Ur des pierres plates
des plateaux d'offrandes ou de Rien
rien pesant son pesant d'or
de non-savoir
et du divin porté à bout de bras
ou sur la tête
par la prêtresse
du plein espoir des cérémonies
servante de ton visage nu
de tes sourires et rires perdus
quand tu t'égares
au bénéfice de l'innocence d'une louve`hantant ton jardin ouvrier.
Galettes d'argile dans tes coursives de limon
galetas et cahutes
niches et plaquettes
palais des mille et une nuits
d'insomnies
à l'assaut de nos rêves en miettes
à chaque seuil, une brique
sur chaque brique, une griffe
à chaque palier le drap blanc
sur chaque  drap la tache bleue du désir
à chaque marche, frémir.
Monter encore plus haut
atteindre la morsure du VENT.