EUGENIO DE SIGNORIBUS

"Week-end" est une section du recueil "Case perdute" ("Maisons perdues") qui paraitra prochainement, en 2014, aux éditions de la Feugraie, avec la traduction d'André Ughetto. Deux autres sections du même recueil ont été publiées par la revue "Fario" en 2011.

WEEK-END

…Fais-moi entrer, j’entrerai seulement
                      pour faire demi-tour…

Vladimir Holan  

 

 

"Week-end" est une section du recueil "Case perdute" ("Maisons perdues") qui paraitra prochainement, en 2014, aux éditions de la Feugraie. Deux autres sections du même recueil ont été publiées par la revue "Fario" en 2011.

 

 

( l’appel des environs était du bruit
et la voix venant du mur un son pur…)

 

 

    I

- attends-moi – dans le parc enseveli
des buissons d’orties des ravins dissimulés
de clairs calices de rouges baies envahissantes
entravent même les pas les plus vifs

- si j’avais une machette – soupires-tu
tandis que l’eau coule sur les blessures
et que les baumes huilent les membres
caressés par des nœuds de méduses

d’ici-en bas le soleil ne sait rien
il colore et décolore à volonté

 

 

II

les feuilles de toutes les années
tombent même en restant immobiles

mollissant sous les pas elles en suivent
les traces et les confondent en s’accumulant

le passage est une zone sous douane
mais personne ne prend jamais la même route

 

 

III

on perd chaque fois la ville élémentaire
et des fumées s’élèvent de l’anneau où tournent
le principe et la fin de tout regard

le pavillon entre les crêtes brunes
aux banderoles à pointe girouette
a une couleur plus austère que dans le rêve

et d’enfants joyeux il n’y en a plus…
rien n’émerge de l’épaisseur du bois sinon
à l’improviste quelque oiseau invisible

 

 

IV

s’il y eut jamais âme qui vive
j’use d’une figure lexicale
si jamais ce lieu fut
vraiment habité…

aux yeux questionneurs paraît seulement
une voix fermée qui ne révèle rien

sur les branches en frémissant je lance la corde
remonte-moi – s’il te plaît – avant la neige

 

 

V

une neige en tout semblable à la neige
change seulement l’immobilité du dehors

le silence est crémeux la ligne en suit
les ondulations jusqu’à l’intérieur de la neige

il n’est aucune fissure que n’apaise
le regard blanc de la neige

 

 

VI

avec prudence on découvre l’aimée
on écarte sa robe de papier argenté
on en fait le tour on tourne et retourne
prenant son temps le vent prend au collet
virevoltant il se hèle et rappelle

mais par quelle secrète voie
on arrive au cœur d’une chose…

 

 

 

VII

à l’écoute sur le toit dans un autre vide
court le marque-page des peines

la chair se défait en musique
l’ombre qui en sort se balance

glisse sur les bosses avec légèreté
les pas dans la neige n’enfoncent point

 

 

VIII

quand alourdi il refait en pensée
le trajet il s’apprête
au survol à l’envers des crevasses du jour

(pluie ou soleil n’auraient pas changé
l’inclinaison du corps la disparition
et la reprise bagarreuse des symptômes…

à trente degrés le javelot s’envole
atteint son but à la perfection et le long du fil
regarde la pointe vaine pénétrer où…)

 

 

IX

dans cet hôtel où tout filtre
dans cet esprit instable – comme tu vois –
il n’y a rien qui puisse lui ressembler

mais dans sa coquille la langue ne se rend pas
et dose en son palais le sel et le levain
et recoud les blessures d’immenses plaies…

ainsi se poursuit l’harmonie qui ne s’invente pas
la plénitude d’être dans le vivre criminel
temps ambigu conque de sable brisée

 

 

Traduction revue et corrigée par André Ughetto - une première traduction de cet ensemble étant parue en 1992 (SUD,"Les poètes de la métamorphose", 1992) sous la double signature d'André Ughetto et Jacqueline Raybaud.

 

 

week-end
(1982-1983)

 

… Fammi entrare, io entrerò solamente
per indietreggiare…

V. Holan

 

 

(il richiamo dei dintorni era rumore
e la voce dal muro un suono puro…)

 

 

I

– aspettami – nel parco sepolto
macchie d’ortica borri nascosti
chiari calici rosse bacche intriganti
impigliano anche i passi più decisi

– avessi un machete… – sospiri
mentre l’acqua scorre sugli strappi
e gli unguenti lucidano le membra
carezzate da ingorghi di meduse

di quaggiù il sole non sa nulla
e colora e scolora a piacimento

 

 

 

II

le foglie di tutti gli anni
cadono anche a star ferme

ai passi inteneriscono e le tracce
ne rincorrono e lievitando le confondono

il passaggio è una zona tra dogane
ma nessuno fa mai la stessa strada

 

 

 

III

si perde ogni volta la città elementare
e fumi sprigiona l’anello dove girano
il principio e la fine di ogni sguardo

il padiglione tra le creste brune
con bandierine a punta segnavento
ha un colore più severo del sogno

e i gai fanciulli non ci sono più…
nulla emerge dal folto se non qualche
uccello improvviso e invisibile

 

 

 

IV

se mai c’è stata anima viva
uso figura lessico
se mai questo luogo è stato
abitato davvero…

agli occhi interroganti solo pare
una chiusa voce che non si rivela

sui rami fremendo lancio la corda
tirami su – ti prego – prima della neve 

 

 

 

V

una neve in tutto simile alla neve
cambia solo l’immobilità dell’esterno

il silenzio è cremoso e la linea ne segue
gli ondulamenti fin dentro la neve

non c’è fessura che non sia appagata
dallo sguardo bianco della neve

 

 

 

VI

con cautela si scopre l’amata
si scosta la veste di carta argentata
intorno intorno si gira si rigira
indugiando il vento prende al laccio
volteggiando si chiama si richiama

ma da che parte da quale segreta
s’arriva al cuore di una cosa…

 

 

 

VII

in ascolto sul tetto in altro vuoto
fluisce il segnalibro delle pene

si scorpora la carne musicando
l’ombra che ne esce fa altalena

scivola sulle gobbe lievemente
i passi sulla neve non affondano

 

 

 

VIII

quando greve ritorna nel pensiero
a ripetere il tragitto egli s’induce
al volo a ritroso sulle crepe del giorno

(pioggia o sole non avrebbero mutato
l’inclinazione del corpo la scomparsa
e la ripresa rissosa dei sintomi…

a trenta gradi il giavellotto stacca
perfettamente impatta e lungo il filo
guarda la punta vana spingersi dove…)

 

 

 

IX

in questo albergo dove tutto filtra
in questa labile mente – come vedi –
non c’è niente che gli possa somigliare

ma nel suo guscio la lingua non s’arrende
e dosa nel salivario lievito e sale
e le ferite ricuce immense plaghe…

così insegue l’armonia che non s’inventa
il pieno essere dentro il vivere doloso
ambiguo tempo rotta conchiglia di sabbia