Francesca Y. Caroutch

par : Anonyme

CONNAISSANCE DU MATIN

CONNAISSANCE DU MATIN

 

1
                       
Dans une débauche de silence
tes tentures clouées sur la muraille
défiaient les astres
et la chair tatouée des cavernes
Le gîte d'un épervier palpitait
autant que l'âme étreignant le ciel
Pour toi cette abeille de lumière
tracée avec un pinceau de mots

La résine offerte aux dieux
brûlait encore dans les galets de rivière
comme le vif azur
dans les tisons éteints de la nuit
Grotte d’éveil
Sur la voie du spontané
tant d’armes de lumière

 

 

2

Homme qui avançait
à découvert au bord du vide
tu épousais l’esprit de la roche calcaire
La cérémonie des éclairs
brisait les ombres dures des falaises
Des amandes pleuvaient
dans le grand lit du vent
Un chat sans maison marchait
sur le sentier indifférent
au grand soleil des morts

Familier des portes closes
et des célestes bas-fonds
je t’aurais suivi très loin
dans le temps immense
    
Au dernier degré de l’égarement
le désespoir devient nectar
pour les guêpes qui te butineront

L’éveil surgit parfois
au-delà de la forme

 

 

3

Aube
Orange en feu sur les crêtes
Pétales de fruitiers
dans la brise  à l’assaut
des vagues de collines
En disparaissant la lune
oubliait le ciel criblé de galaxies
dans le calice du thé

Tu marchais comme le Verbe
sur les eaux du torrent
Harpe vivante tu enseignais
l’inaltérable paix des humbles

Toujours ciseler
les enluminures de la vie ordinaire

 

           
                                 
4

Dès le point du jour
l’air sonnait tel un cristal
Basse continue de l’oraison
dans mille poudroiements de possibles

Ruissellements de sueurs mythiques
Invisible la déesse des moissons
s’envolait dans des tourbillons de plaisir

Eruption géante des formes
Le soir
bruit blanc de leur écriture
qui se rompt tel un arc
Les constellations en feu festoyaient

Icône de silence
protège notre clarté

 

                                        
5

Il se tait hébété
devant la splendeur terrible du monde  
sous le regard acéré des constellations 
Pour conjurer le mauvais sort
le bourgeons du jasmin foisonnent
En transe Osiris se met à danser
Ce jour secrète
une mandorle autour de lui

La trille d’une alouette
vaut toutes les douleurs du partir

Entre sordide et sublime
le brouillard de notre ici-bas
se fond dans la radiance originelle

 

                         

6

Jardins du vide gorgés d’astres
Hameaux repliés sur leurs blessures

Après la traversée du désert
voici l’eau lustrale
et le riz d’Orient langoureux
Le pacte de silence avec soi-même
engendre les fruits de solitude
d’une splendeur exacerbée
par l’appel lancinant
des oiseaux de proie

L’essence de la nature se révèle
Parfois un riche sérail de mots l’entoure
Qu’elle ne soit jamais fontaine tarie
près d’une margelle brisée

 

 

7  

Quel est le nom de ce pays
où les phénomènes sont des graminées
qui folâtrent sur les murs ?
Toujours vierge est le matin
Philosophe du feu des cimes
je t’écoute ou te cueille à fleur de page
Tu as établi ton royaume
au centre exact de ta solitude circulaire
foisonnant de présences
Tu te nourris
des épis glanés dans les entrailles des mythes
Sur la colline transfigurée
fou rire de tes amis les feux follets
signaux des esprits sylvestres
Humble serviteur de l’unité magique
tu as fait de moi une femme millénaire
Une invisible colonne de verre irradiant

 

                       
8
                   
L’inattendu a soudain
le visage d’un dieu ivre
Reflets orphiques
sur le petit lac de montagne
Les plantes sont des torches qui brûlent
Alors la stupeur
envahit l’espace pétrifié
Dans l’air très pur
formes et couleurs explosent de joie
En amour avec lui-même
le dieu ne peut nous discerner
- poussières de diamant noir
dans un rai de lumière

Nous sommes la voûte céleste
et le ciel est sur la terre