Katica Kulavkova

par : Anonyme

5 poèmes

Solstice

 

Premier soleil : sagitarius

 

Ô, mère, comme la journée est courte !

Comme une maille de l’infini
le cercle solaire se retourne
non par amour, par obligation
et sans l’infidélité de la femme
pour laquelle rien n’est certain
rien n’est sien ni étrange
dans l’écliptique de l’existence.

Le jour croît et tombe
dans un rythme parfait
il répare la mort
et l’homme est confus et désorienté
dans la pantomime du temps.

Le solstice est initiation
aux coutumes supraterrestres
aux cultes païens
au feu et à l’eau
à la libido et à l’aventure.

Quand il s’arrête
le soleil renonce
aux affaires journalières, frivoles.
Au sommeil de l’ours. Au scepticisme.
Il a devant lui le rituel de l’équilibre
et du hasard. Faste et volupté.

Non, je ne pleure pas ;
je ferme seulement les yeux
devant les vies duelles
avec le sceau d’une évacuation précoce
devant la nuit blanche des amours parallèles
non échangées
non édifiantes.

***

 

Deuxième soleil : Jupiter
- suprême-

 

Trop de dépravations et de détresses
l’une après l’autre
dans cette vie dont je refuse de témoigner
- de reconnaître qu’elle est à sa fin.
Avec l’idéalisme d’un demi-homme
et le handicap d’un centaure
je tends l’Arc
comme un ciel
comme un cœur.

Non par humilité, par égoïsme, je propose
une scène - réminiscence
où je pourrai durablement me reconnaître
peut-être pas seulement moi :

de ma bouche-poème en langue maternelle
jaillit la nostalgie obsessive
- pour ainsi dire un homme vivant
tandis que je reste inflexible
au même endroit
comme si je revenais

Mais je reviens, hélas!

Dans la zone frontalière du soleil surgit
un homme, lion et dieu désamorcé.
Tourbillon. Treuil. Toupie.
Eau, abîme, un pas quand même.
L’iconographie du trigramme résiste
aux règles et idoles saisonnières.
Il n’est pas de médiateurs entre le soleil et la femme
quand ils naissent.

Quelles affres pour sortir
de la tunique de feu dans laquelle
on m’irradia pour la première fois ?
D’où vient cette luxure
qui me fracture en mille couleurs
comme une truite dans les miroirs mâles?
Pour qui cette impulsion duelle ?
Pour qui ce soleil mouillé ?
Etre au ciel
et rester homme ?

***

 

Troisième soleil : Leo
- rising sun -

 

A qui confies-tu les cadenas, père ?
A qui les symboles ?
Remémore-toi :

Il est mauvais le destin du Suprême
et le lever est nocturne.
L’étranger profitera
de la générosité du ciel
entrera par des portes souterraines
et nous aspergera de venin
Scorpius-Ophiucus.
Mort prolongée.

Fais une offrande
antidote
accorde-nous une parole vive.
Venge le trône de la liberté
apaise la passion de Vénus.
Que le pécher nous réchauffe.

Mouille avec ta langue le fossé
entre l’index et le pouce
ce monde-pour-soi
cette force invisible
l’amour-pour-l’amour
rien d’autre.

Sécrétion

 

Ne restera de nous

qu’un épanchement discret
proscrit
menu comme un haïku comme une pointe
menue parce qu’ éloignée
          - comme le soleil

ce dépôt vivant
où avec le temps
nous nous sommes fondus
spasme après spasme, goutte après goutte
comme des donateurs de sang

il restera au fond
ni la sécheresse ni la soif
ne nous aideront
à goûter à la sécrétion,
à recracher, à rebours.

Se déposera aussi
ce qui s’égouttait par erreur
le long de la fissure
où une vie se continue dans l’autre.

Notre voracité et nos appétits seront apprivoisés
Et rééduqués : nous répondrons
à des noms étrangers
Comme à nos propres.
La fidélité est temporelle, ah les meurs !

Le ciel ensuite tel un spéculum oris
sera embué par notre chaude haleine :

Simple preuve qu’il fait froid,
glacial
      le fond
 

Le milan et l’ombre

 

Dans le ciel d’été le milan vole
sous la calligraphie illisible du zodiac
en cercles d’abord vastes et heurtés
comme d’inavouables pensées
puis toujours plus serrés, obsessionnels
il s’attarde au dessus du fond natal
même si tout le reste continue à tourner
autour de son axe invisible.

L’ombre du milan tombe circulairement
sur la Terre d’où surgissent les eaux
comme des amours interdites
et l’homme se soumet à la soif
quand bien même il n’ose l’avouer.

L’ombre-écho résonne en rêve
mil-an, mille ans de mémoire…

Songe au moment où elle t’avait ébloui.
lorsqu’elle avait rebondi inaudiblement contre le ciel
fidèle au milan et à l’incommensurable
et tu l’éprouvais comme venant de partout
sans la trouver nulle part.

Rappelle-toi cet instant non terrestre.
Si l’infidélité devait commencer
le mirage égoïste
la scission de l’âme d’avec la forme
si la mémoire libérait son tourbillon démoniaque
tel un fantôme se logerait en toi
l’oiseau qui s’assoupit sur la croix de l’infini
loin du fond auquel nous rive la vanité
comme à la vie.

Tu quêtes éternellement sur terre
ce qui se passe au ciel.
La forme disparue, l’homme perdu
survole ton esprit
tu tournes ravie et inconsolable
et ton ombre se dessine si près
que la distance te manque
pour t’approcher de toi-même
et replier tes ailes !