MARIE-CHRISTINE MASSET

par : Anonyme

Dix poèmes de la poète membre du comité de rédaction de la revue Phoenix et coordonnatrice cette année du Prix Léon Gabriel Gros.

AIR

 

Bouleversé par les feux d’antan,
l’air soudain s’anime.
Guerrières, les étincelles
ouvrent le passage aux hommes.
Ils sont tous là,
sang et sable,
peut-être légendes et poussières.

Cri d’amour,
ma peau vibre,
se souvient d’un enfant,
cet autre peut-être,
au regard comme la lune,
patiente roche,
dans la nuit
soudain murmurante.

Paysage où les rêves se livrent,
et serpentent en rivières brûlantes.
Il n’est plus qu’à s’approcher du souvenir,
du commencement,
comme la chaleur des gestes
écarte l’eau pour voyager.
Ils sont tous là, ils entendent
dans les flammes, l’inconnu, dire
qu’il ne disparaîtra pas.

LES OISEAUX BLANCS

 

Dans ma main, nid du sable,
crissent des milliers de chants,
blancs de jour,
rives des envols.

Je contemple les hommes.

En se liant à l’inconnu,
ils ont perdu leur nom,
comme se peint en voyage
la fente des coquillages.

Lent fracas des vagues.

Roche à roche,
ils avancent,
nuage à nuage,
des oiseaux signent l’appel.

Poignée de sable,
s’élance
la migration des chants.
 

PLUIE SUR LE SABLE

 

Pluie sur le sable.
La mer délaisse lentement
les tristesses ennemies.
Enfanté, le ciel nourrit
ce qui tremble doucement
dans le cœur des marins,
et le ventre des bateaux.
Il pleut sur le sable,
eau libérée des filets,
mailles du temps
où rouillées, les nuits perdues
effrayaient le bleu des algues.
Ainsi se meurt
ce qui troublait les eaux,
et s’oublie le nom des guerres,
sauf celui,
sacré,

de la naissance du monde.
 

SOLEIL SUR LE SABLE

 

à Pierre

 

Soleil sur le sable.
Un autre jour,
une femme est venue reconnaître
sur les rochers un visage.
Il portait les reflets de l’eau,
et le chant des oiseaux en été.
Elle s’est approchée de lui
comme d’une histoire sans fin.
Ce qu’elle lui a dit
resplendit au cœur des mers,
rougeoie dans les fleuves,
où la blancheur des pierres
éclaire les rêves

de celui qui n’a plus rien à posséder.
 

ECUME DANS LE SABLE

 

Ecume dans le sable.
Nos rêves frissonnent,
se lient le jour à venir,
à nos ombres conquérantes.

Ecume dans la nuit.
Elle fut les dernières paroles
d’un homme.

Et nous parle la mer.
Et nous parle la mort.

Ecume dans le sable.
De l’autre côté du monde,
blancheur brûlante,
s’éveillent les points cardinaux.

Et nous parle l’amour.

VENT SUR LE SABLE

 

Vent sur le sable.
Ce que dessinent les nuages
se reflète sur les gorges,
chemins de chair,
où, secrets, des oiseaux
de sang et d’air,
nous entraînent vers le premier jour.

Vent sur le sable.
Emportés par le souffle,
et la danse invisible
d’un homme pour les siens,
délestés, nos rêves flottent,
aspirant dans le ciel,
la force de l’incendie blanc,

qui les écrira.

SORT

 

Sur un rocher,
face à la mer,
un homme jette un sort
au rouge du passé.

Sang sur la pierre,
rigole séchée,
où briser les flèches
qui aveuglèrent les oiseaux.

Il ne chante ni ne parle,
sous la terre, vibre son histoire,
et des femmes, sans un cri,
enfantent du sable pourpre.

Désert,
où disparaissent d’autrefois,
jusqu’aux reflets,
et mirages.
 

CE QUI SE DIT

 

Ce qui se dit,
certaines  nuits,
pour le voyage,
translucide étreinte,
à jamais nous lie,
à l’autre versant de la mort.

Les hommes ne partent pas,
si ne s’invite ce secret,
invisible paysage,
où pulse l’amour,
et vibre,
vers la douceur du jour,

ce qui se dit.

EUCALYPTUS

 

Ce que découvrent,
dans l’eucalyptus,
les reflets de la lune,
chante dans les vieux cœurs,
et la chaleur du sable.

Plus jamais,
pluie et vent seront
aux hommes-oiseaux,
les pages tournées
des anciens mondes.

La main qui incendia la forêt,
n’est plus visible de la nuit.
Dans l’arbre tourbillonnent
les passages lumineux.
Une seule fois s’en éloigner

serait perdre la vie.
 

« Le Pays de la vieille femme »

 

Sais-tu si un enfant va venir
ici où le sable ne chante ni ne pleure ?
Ici où entre deux sapins
respire « Le Pays de la vieille femme » ?

Ancienne langue des vagues et des pierres.

Guerre, grondement des roches arrachées,
pour teinter de nuit les peaux.
Paix, clapotis de l’eau sous la lune,
pour pêcher à mains nues les rêves.

La vieille femme ne partira pas.
Rivée au son d’un coquillage,
elle écoute, elle contemple, elle parle,
seule sans l’enfant aux pieds nus.

S’il venait à elle, elle perdrait son chant,
et la lumière des feux entre les arbres.
Ainsi en est-il du secret des pierres et des vagues.