Omar Youssef souleimane

par : Anonyme

3 poèmes traduits du syrien

JE NE SUIS PLUS PERSONNE

 

Je connais ce couchant qui sommeille sur le dos d'un chien roux
Je connais ce nuage aguicheur comme les vêtements d'une adolescente
Je connais les murs blancs de l'enfance
Je connais l'odeur de propreté qui se promène nue devant les boutiques
Je connais la griffure du chat gravée sur le trottoir de l'immeuble
C'est mon village
Mais où sont les pierres lavées par la fumée
Où est l'odeur de poudre si proche
Où est mon frère, et je nous vois debout sur le balcon à attendre les égorgeurs
Où sont les doigts déchiquetés de l'enfant
la bombe a-t-elle raté sa cible aujourd'hui
la balle du sniper a-t-elle atteint ma mémoire
je me frotte les yeux derrière le balcon du temps
je tends ma main vers la rose dans son verre
pour retrouver le sens de la vie
je le touche à peine qu'il redevient sable
et mes doigts pierre
depuis un an je vis dans une banlieue près de
Paris
mais elle est mon village
Mon village!
peut-être le miroir du village qui est en moi
peut-être le miroir du village où je suis toujours
mais il a disparu
peut-être...peut-être...
une seule certitude confirmée par le couloir sombre devant la porte de l'appartement:
je ne suis plus personne

 

 

Traduction Lionel Donnadieu

UN CYCLE DE PLUSIEURS ANNEES

 

Son sang a recouvert tous ses vêtements
recouvert le seuil de la maison
recouvert les murs du monde
son cycle mensuel a duré des années
il a recouvert de sang la face du soleil
seule la Méditerranée attend toujours la lune
la fille a promis de l'épouser par une nuit d'argent
la fille en sang a croisé ses doigts en feu
assise sur un tapis de vent
mais la mer est la mer
le cycle de la Syrie est celui d'une lune qui enfante

 

Traduction Lionel Donnadieu

LA TOMBE DU REFUGIE

 

Demain quand je serai vieux
des jeunes réfugiés d'un pays lointain me rendront visite
leurs paupières la liberté
leurs yeux des étoiles
leurs bras des mots
que j'ai oubliés sur les herbes de mon pays depuis de longues années
je distinguerai sur leurs traits mes yeux que je ne vois plus désormais
et je verrai
le réfugié n'est enterré que dans sa langue
il l'a enterrée comme une graine dans son coeur quand il est devenu réfugié
elle s'épanouira quand son corps s'anéantira
et grandira...grandira au point de devenir une tombe
j'ignore cela maintenant
mais je le saurai quand ils m'interrogeront sur mon pays
je leur répondrai avec des feuilles de citronnier enfouies dans un vieux cahier

 

 

Traduction Lionel Donnadieu