Guillaume BOPPE, Le coude - Sandra LILLO, Les Bancs des parcs sont vides en mars

par Sylvie DURBEC
par Bernard PERROY

 

 

Guillaume Boppe, Le Coude

 

 

« L’avenue
qui mène
à l’autre pays »

 

La lectrice que je suis est touchée une fois encore par la finesse de l’écriture de Guillaume Boppe et sa justesse. Son élégance aussi. Le coude est le troisième recueil d’une série publiée chez le même éditeur. Trois recueils qui témoignent de la même exigence de précision et d’exactitude. Vague en 2012, Toi en 2014.
Le dernier, porte un titre énigmatique. Le coude. Le corps, la route. Deux sens comme deux indices possibles. Il est composé de deux parties Le Coude, sous-titrée "récit" et Rue des ambassades, sous-titrée "souvenirs". Ce qui est assez inhabituel en poésie.
La rue, le trottoir, la sirène, la voiture, ces éléments se mêlent en une atmosphère urbaine onirique qui devient rapidement familière dans son étrangeté même. Peut-être une ville du sud à cause des platanes de l’avenue, en tout cas une ville de « l’autre pays », celui de la mémoire et des souvenirs.
On pense à des paysages urbains de Chirico. Cette ville qui ne sera jamais nommée semble déserte. Seuls les souvenirs du narrateur-poète lui donnent une épaisseur et ses mots nous la rendent visible dans son effacement. Comme ces gens qui s’extraient d’une voiture et que Guillaume Boppe nomme « les prévenants ».
Il y a là un univers singulier marqué par le silence et qui nous donne à voir un monde resserré dans l’espace d’une ville qui ne sera jamais nommée. L’enfance ? Un espace étouffant et pourtant traversé par le poème, qui devient promenade entre la vie et la mémoire. Le regard du narrateur-poète rappelle celui d’un enfant. Une innocence du regard qui montre juste ce qu’il voit :

 

« le bras se rapproche 
des hanches »

 

Et nous, lecteurs, nous rapprochons, comme le poète de ses souvenirs.  Puisque nous marchons rue des ambassades, sous les platanes d’une ville inconnue. Chaque lecteur l’arpente à son tour et la reconnaît, parce que Guillaume Boppe nous y entraîne dans la retenue. Lecture devient ici cheminement.
Les poèmes constituent une suite marquée de jalons dont ceux de la dernière partie constituent une étape importante dans la progression vers le souvenir retrouvé. Leur étrange atmosphère se révèle parfois douloureuse et, en même temps, telle l’eau souterraine dont se nourrissent les morts (et les mots), essentielle.

 

« une ville dont on voudrait se faire un voile 

un dimanche sans but
sauf sa dernière lumière venue »

 

Est-il écrit à la dernière page. On y retrouve la pudeur et la délicatesse du poète pour dire ce qui, du passé et du présent a permis le surgissement du poème.
La couverture de Michel Foissier rend justice au texte, bleue et tarversée d’un arc lumineux. Le coude.

 

Sylvie Durbec

 

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Sandra Lillo, Les bancs des parcs sont vides en mars

 

 

Extaordinaire ! Vraiment... J'ai fait là une rencontre avec une écriture superbe, simple et profonde, authentique et douée d'empathie pour la vraie vie malgré les difficultés de chacun pour la vivre, et usant d'un étonnant "tour de passe passe" stylistique pour le décrire !..

Poèmes et vers s'étalent (s'étagent) dans toute la hauteur de chaque page (on y respire), multitudes d'impressions qui nous rejoignent et dites (en apparence) sans le détour, la "complication-médiation" de la pensée, comme directement "surgies" du cœur, avec des raccourcis étonnants qui ''fulgurent'' l'expérience décrite dans laquelle nous nous reconnaissons tous si bien : vie, nuit, jour, fenêtre, perte, absence de l'être aimé (est-ce une séparation ? Un deuil?), étonnement, le chat, les enfants, le désir – un désir énorme - niché dans notre quotidien quand il est à la fois si riche et si limité !..

 

Je dis très mal toute ma reconnaissance pour la force de ces poèmes et leur style très agréable, le tout provoquant une rencontre du lecteur avec lui-même, avec ses attentes les plus profondes et la question (omniprésente) du sens de toute vie…

 

« Il y aura la mer derrière les rideaux
les murs
les messages du vent dans le bec
des oiseaux
la nuit se perdra dans le silence maternel de l'aube
On se racontera l'ordinaire et le champ
de bataille à l'intérieur
tout ce qu'il a fallu détruire pour continuer » 
                                          

 

 

Bernard Perroy

 

 

 

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