La nuit comme le jour

C’est une belle collection beige, dont peu à peu le ton s’affirme au sein des éditions du Nouvel Athanor. Une collection qui réunit des poésies engagées en dedans de l’être. On l’avouera, Recours au Poème a goût pour les poètes publiés là, autant que pour leurs préfaciers. Ici, Gérard Pfister, poète et parfois éditeur sous la signature d’Arfuyen. Du reste, outre Pfister, les poètes qui préfacent les différents recueils de Perroy nous sont chers : Jean-Pierre Lemaire, Gilles Baudry, Pierre Dhainaut. Des écritures qui, ici, importent.
Les écritures de ces poètes tout comme celle de Perroy s’inscrivent pour nous clairement dans ce que notre ami et proche collaborateur Paul Vermeulen s’attache à définir sous le concept de « poésie des profondeurs ». Des poésies qu’un regard trop rapide qualifierait sans doute de « religieuses », ce que nous contestons. Il n’est pas de poètes religieux ou autres, chrétiens ou musulmans et cetera, cela ne signifie rien. Mais il est des poésies tendant au quotidien moderne parfois, d’autres, et c’est le cas ici, plongeant au cœur de l’intimité universelle de l’être. Ou alors, religieuses au sens de reliant le ciel et la terre. Qu’on lise les premières lignes de la préface du poète Gérard Pfister !
Que nous disent les poètes qui les rend si dangereux à la société, si impropres à la consommation, si fatals à eux-mêmes ? Que nous disent les poètes qui les rend si inassimilables à un système qui pourtant sait tout assimiler, digérer, dénaturer ? Que nous disent les poètes qui les rend inacceptables au monde, comme s’ils étaient là simplement pour y mettre le feu, transformer en lumière toutes nos opacités, nos pesanteurs, nos mollesses (…) Oui, tout le monde le sait bien, ce que disent les poètes, et c’est pourquoi ils font si peur.
Car en effet la poésie fait peur. C’est pourquoi ce monde ridicule tente de la mettre de côté, de l’exclure. Elle fait peur comme font peur les résistants pacifiques et non violents. Elle fait peur comme le résistant, celui qui a raison contre l’autoritarisme – et notre monde est sacrément autoritaire. La poésie fait peur, et c’est pourquoi elle est ignorée. Ou presque. Et si elle fait peur c’est que la poésie engage l’être en profondeur, dans la beauté, la force et la sagesse de la vie. L’enjeu contemporain de l’existence éditoriale de la poésie n’est pas mince. Comme de sa plus large diffusion, hors des coteries et de la subventionnite aigüe.

 

En fin de compte
je connais ton pays profond,
j’ose prétendre à cette connaissance
quand toutes les heures,
toute attente,
m’offrent de toi
l’immense bien
de ne plus rien savoir.

 

Il serait intéressant d’inscrire ce poème sur les murs de toutes les stations de métro parisiennes, on verrait combien la poésie peut encore transformer le monde. Ou bien celui-ci :

 

La vie se donne à merveille
et ruisselle

dans le pur frissonnement
d’un arbre fragile

se laissant bercer
par le vent

 

Une poésie qui en appelle à la vie, posant la vie comme poésie, une poésie/vie comme recours. Et disant qu’il ne sait rien, le poète sait qu’il avance d’un premier pas sur le chemin à construire de cette connaissance là.
 

La pluie me sourit

 

La pluie me sourit,
érode mes certitudes,
rythme ma nuit
quand je colle mon visage à la vitre
pour découvrir enfin
la danse lumineuse de ma solitude.
 

Naître sur cette terre

 

Naître sur cette terre
Et naître chaque jour

Comme on partage le bois
Pour le feu,
Pour s’asseoir
Dans l’ombre précieuse des regards,

Partageant à la ronde
Ce que l’on espère de l’aube
Et de l’autre en son mystère.