La série américaine Joca Seria

 

 

La collection américaine des éditions joca seria est née, sur un coin de table, en 2010, avec la publication des Poèmes déjeuner de Frank O’Hara. Avec appétit. Le coin s’est agrandi, au rythme de deux à trois titres par an d’auteurs dont nous regrettions qu’ils ne soient pas présents en France. Nous les avons ajoutés au Menu. Pour une carte littéraire américaine plus complète dans notre langue, nous essayons donc d’agrandir, sur la nappe, la « tache blanche » dont parle Emmanuel Hocquard, de l’étaler, pour que les livres soient aussi des « contribution[s] à la littérature française d’aujourd’hui »1. Un gain de terrain sur notre table à déjeuner. Un grand quelque chose, pour reprendre le titre de Ron Padgett, où le sommeil est remplacé par l’assurance qu’on ait quelque chose à se mettre sous la dent. A lire. En français, et non dans des éditions bilingues, afin que le texte traduit soit lu pour lui-même, non comme une version secondaire. Pour que la poésie ne soit pas sacralisée – et ainsi convenablement tenue à l’écart : quels romans américains sont publiés dans des éditions bilingues ? Dieu sait pourtant si on parle d’eux à la radio et dans les journaux. 

Si les poètes de ce que l’on appelle « l’école de New York » sont réunis à la table de Frank O’Hara avec ses amis John Ashbery, Bill Berkson, Ted Berrigan, Joe Brainard, Ron Padgett et Anne Waldman, c’est simplement en raison de l’ordre d’arrivée des convives. Mais la collection a aussi accueilli Charles Bernstein, associé au mouvement L=A=N=G=U=A=G=E. Si l’on devait jeter un coup d’œil en cuisine et définir la ligne de la collection, on pourrait dire qu’elle s’intéresse aux auteurs proches ou héritiers de The New American Poetry de Donald Allen, anthologie séminale publiée par Grove Press en 1960, donnant une visibilité inédite alors à la poésie expérimentale américaine. Mais pas uniquement : même si elle se consacre surtout à littérature américaine du dernier demi-siècle, la collection veut aussi s’intéresser à des auteurs quelque peu oubliés en France, comme Langston Hughes par exemple.

 

 

Collection. Du latin colligere, placer ensemble, recueillir, réunir. Une nouvelle étymologie pourrait-être aussi co-legere, lire ensemble. Co-lectures américaine. Nous joignons nos taches blanches sur la nappe du déjeuner à celles de bien d’autres, celles du bureau sur l’Atlantique, de la collection Format Américain, de la série américaine des éditions José Corti, des éditions de l’Attente, du Bleu du Ciel, de contrat maint, des éditions Éric Pesty, Grèges, Héros Limite, La Nerthe, Les Presses du Réel, Nous, du Théâtre Typographique et d’autres encore. Lire avec les traducteurs, eux-mêmes souvent écrivains, Stéphane Bouquet, Vincent Broqua, Marc Chénetier, Martin Richet, entre autres. Avec les poètes français Jean-Marie Gleize et Jacques Roubaud qui nous ont fait l’amitié de signer les postfaces aux livres de Charles Bernstein et de Ted Berrigan. Mais aussi avec les artistes américains qui, par les couvertures qu’ils ont signées, nous invitent à passer à table, comme dans le collage de George Schneeman pour On ne sait jamais de Ron Padgett, regard profond et tomates écarlates. Avec Susan Bee, Joe Brainard, Rudy Burckhardt, Saul Leiter, George Schneeman ou encore Kiki Smith, on voit donc les livres avant de les lire.

 

Depuis décembre 2016, la collection américaine des éditions joca seria s’est enrichie d’une série bilingue en format poche dont l’ambition est d’explorer l’extrême contemporain. Cette série compte trois titres, de coin à corner de Tina Darragh, Le jardin de M. de Marcella Durand et La grammaire des os de Tonya M. Foster, traduits par Olivier Brossard et Béatrice Trotignon.

 

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1 - Emmanuel Hocquard, “Taches blanches,” Ma Haie (Paris : POL, 2001) 403.