Leandro CALLE, Une Lumière venue du fleuve

par : M-C Masset

 

 

Poète argentin, Leandro Calle est né en 1969. Il a publié à ce jour huit recueils de poésie. Une lumière venue du fleuve, Les Eléments, Alors, et Passer composent ce recueil. Une édition numérique a initialement paru en 2015 chez Recours au poème éditeurs.

Dans sa préface, Yves Roullière met en évidence le lien intrinsèque entre l’écriture juarrozienne et celle de Calle. Le poème devient son propre art poétique dans un battement où percent présence et réalité. La séparation entre le céleste et le terrestre n’a jamais eu de contours bien définis affirme Calle. Ces suites poétiques sont le récit de cette quête tragique, prométhéenne, de l’homme qui se croit condamné à ne compter que sur ses propres forces écrit Yves Roullière dans sa présentation, Une Lumière venue du fleuve lie le céleste au terrestre, le charnel à la déité. Calle chevauche la force des mythes, sacralise jusqu’à sa fragilité d’homme, ne survit de lui que la poésie incarnée, illuminée : Je suis au milieu du feu/ et je ne brûle pas. On serait tenté de rêver (peut-être à juste titre) qu’il ait résolu cette énigme soufie : Lorsque vous soufflez sur une flamme, dites-moi où elle est allée et je vous dirai d’où elle est venue. Lire Calle, c’est se dénuder, se libérer de ses oripeaux et illusions, le poème ne vaut que lui, il vibre, non comme un objet séparé du monde mais tel un fragment pur du passage fugace de l’homme sur terre. La brûlure est un enfant abandonné écrit le poète dans Annonciation du feu. Chute, errance, perte, le poète pourrait s’engluer dans un lamento sans fin : quittant toujours le lieu d’où je ne suis pas parti// Soudain ta main me retourna/et tel Adam je suis allé me cacher parmi les plantes, son souffle fort de minotaure pourrait buter sans fin sur la pierre privée de failles, mais les images percent et gravent des indispensables ciselures dans la transparence même du monde qui, sans elles, ne serait qu’opacité dérivante.

Calle résiste au tragique cousu d’un fil de feu/gît dans la pierre/ un immobile Prométhée. Dans ces suites poétiques, le fil est  cependant moins le signe d’une lutte que celui d’une nécessaire acceptation de la condition humaine. La poésie de Calle, aussi douloureuse soit-elle parfois, fait se mouvoir et irradier ce fil-passage tel un dieu liant la terre et le ciel. Le père peut partir (Passer) la femme aimée se faire écureuil (Alors) Comme l’écureuil dans le bois/apparaît et disparaît/ainsi ta chaleur// Une ligne de soleil sur tellement d’ombre/. Poésie où convergent les éléments, le poète est le réceptacle de ces alliances, il fait corps et langue avec le monde. Les mythes n’auront pas été prétextes à dire ni vains reflets des tentatives humaines perdues. Captés par la beauté et la force des poèmes, ils se dissolvent dans l’écriture, l’éclairent, l’entraînent, ils se muent en fil dont l’éclat salutaire nous est transmis par cette essentielle écriture. L’antre isolé du labyrinthe est pulvérisé. Poésie des profondeurs-célestes, une lumière venue du fleuve nous guide.

 

 

Les eaux du névé descendent
                        et viennent jusqu’à moi
                                  dans le silence

                        Elles viennent la nuit
                        pour brûler la soif
                       pour courir toujours
                                plus profond

 

*