Une lampe allumée si souvent de A. Dreyfus

 

Ariane Dreyfus, habituée du monde des revues francophones, poète ayant publié des recueils remarqués chez divers éditeurs, dont Flammarion et Le Castor Astral, donne ici une recomposition, une réorganisation, d’une partie de ses textes publiés en revues au sujet des poètes qu’elle aime et de la poésie. En lisant, en écrivant donc. Des textes écrits et publiés entre 1986 et 2011. Un bon moyen de faire connaissance avec son atelier poétique, livre que l’on couplera si on le veut avec le volume consacré par Matthieu Gosztola à la poète dans la collection Présence de la Poésie, livre dont Recours au Poème a parlé ici :

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/ariane-dreyfus-par-matthieu-gosztola/gwen-garnier-duguy

L’ensemble formant une intéressante introduction à l’univers d’Ariane Dreyfus.

Cette « lampe allumée si souvent dans l’ombre », ce peut être la poésie. Ou bien cette lampe concrète que l’on allume afin d’écrire. Ou encore ce fait : la générosité d’écrire sur les autres. Ce que fait justement Ariane Dreyfus. Du moins sur ses autres, choisis. Ainsi James Sacré, dont elle écrit qu’il est pour elle une sorte de rencontre fondatrice de sa propre poésie. Elle multiplie du coup les hommages et les approches, une partie de ses textes autour de James Sacré est d’ailleurs réunie ici, occupant une vingtaine de pages du volume. C’est l’une des six parties du livre, Ariane Dreyfus ayant classé et parfois réécrit ou regroupés ses textes, elle veille cependant à toujours indiquer clairement leur origine. Elle a raison : il convient de rendre en permanence un hommage appuyé aux animateurs des revues, grands défenseurs de la poésie contemporaine. Bien sûr, cela ne va pas sans inégalités. Toutes les revues ne se valant pas. On retrouve ici, liste non exhaustive, des revues comme Théodore Balmoral, Le Nouveau Recueil, Neige d’août, Scherzo, Action Poétique, Triages, remue.net, Europe… Et aussi Poezibao, l’espace créé par Florence Trocmé sur internet, auquel Ariane Dreyfus donne souvent des textes, haut lieu de la défense de la diversité poétique depuis des années, un travail que nous apprécions ici tout particulièrement et que l’on retrouvera en suivant ce lien :

http://poezibao.typepad.com/

Finalement, le livre d’Ariane Dreyfus permet de plonger dans une certaine ambiance du microcosme poétique français actuel.

La poète parle de Colette, Nabokov, Dostoïevski, Valérie Rouzeau, James Sacré bien sûr, Jean-Louis Giovannoni… Elle donne aussi à lire des textes qui sont de véritables études / essais sur la poésie de poètes parfois moins connus et dont elle peut ainsi permettre la découverte (générosité encore et toujours) à des lecteurs moins ou peu au fait de l’écriture poétique contemporaine : Eric Sautou et Stéphane Bouquet par exemple. Ariane Dreyfus écrit aussi sur la façon dont s’écrit en elle la poésie, son rapport à la chorégraphie, autre chose qui nous importe, tant nous pensons que poésie et chorégraphie contemporaine sont inséparables aujourd’hui. On croise l’étrange figure de Rebatet en ses deux étendards, au sujet de l’amour et du sexe, Rebatet dont Ariane Dreyfus cite un extrait, lequel est en réalité une réécriture volontaire de la devise des templiers, non nobis, non nobis domine... Les deux étendards, chef d'oeuvre romanesque de Rebatet édité chez Gallimard, par un écrivain condamné pour cause de collaboration, écrivain profondément antisémite.

Un livre qui fait pénétrer l’univers poétique de Dreyfus, ses amitiés, ses regards sur le « milieu » de la poésie contemporaine. Et qui donne envie de lire des textes de la poète consacrés à de grandes figures de l’histoire poétique récente. Cela viendra sans doute.