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En chaque aspect du monde

By | 2018-01-23T01:27:40+00:00 1 décembre 2015|Categories: Blog|

 

     
         pour Alain Haller

 

 

A toi de déter­rer la nuit
dans l’infini du rêve !
à toi de pré­ser­ver les vagues
de l’amour, afin que tout soit
pur et qu’en chaque des­tin
un peu de joie s’impose !

à toi de reve­nir
sur les pre­miers départs
qui furent cepen­dant
de cruels aban­dons ! à toi
de les revoir éclai­rés
par ta mémoire où chaque sou­ve­nir
est un ciel lumi­neux !

Rien de ce qui fut noir
ne le fut contre toi,
l’image du soleil per­siste,
tu es fier de la voir s’étaler
sur la cam­pagne repo­sée.

À toi ! à ce qui, dans ton cœur,
se des­tine à l’ombre qui se veut
la petit sœur de la lumière,
de ses cas­cades dans le jour !

à toi, la suite des sai­sons,
leurs sou­rires, leurs éclats !
et si tu dois lais­ser
tes regrets der­rière toi,
pense aux terres men­tales
où ils prirent racine,
sans que leur ori­gine
t’ait ren­du l’esclave
des imper­fec­tions de la vie.

 

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La joie n’est pas chi­mé­rique,
même en ce jour plu­vieux de Toussaint,
la joie remonte à la sur­face,
tu la sens, tu l’écoutes
battre avec ton sang,
dans une pro­fon­deur qui ne res­semble
en rien à celle du temps,
mais à celle qui ne cesse,
avec le secours lumi­neux
des sou­ve­nirs, de t’inscrire
dans une aurore éblouis­sante
qui adou­cit la mort
de ceux qui, avec toi,
rêvèrent d’un même hori­zon,

la joie pal­pite dans le silence
qui a la bon­té des mains ten­dues
vers toi, des regards que n’assombrit
aucun regret, puisque l’amour qui fut
est tou­jours celui qui revient,
puisque le pré­sent joue
avec ce qu’on n’oublie pas
et que l’on porte en soi,
comme un flux de lumière
dont le jour ne peut se pas­ser,

la joie, tu la cram­ponnes,
tes chers dis­pa­rus te l’apportent,
ils veulent qu’elle soit inces­sante,
pure comme un ruis­seau, intense
comme un par­fum dans un soir d’été,
tu la cram­ponnes, la joie,
en ce jour de Toussaint plu­vieuse
où chaque sou­ve­nir sou­ligne le nou­vel amour
qui redonne à ton corps le souffle qui t’avait quit­té.

 

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J’aime les mots qui portent
en eux le visage des hommes,
la cha­leur de leur sang, la longue
plainte de leurs espoirs vain­cus,
leurs enthou­siasmes, aus­si,
quand le cré­pus­cule par­fu­mé
se sou­vient des aubes ras­su­rantes.

Les mots, ils sont ma main,
mes doigts, leurs empreintes,
ils gou­vernent l’espace,
ils pro­longent le temps,
ils veillent pour moi,
sur les contrées inex­plo­rées
de mes poèmes à venir.

Je me régale d’un beau matin,
comme d’une phrase éton­née
qui s’éclaircit sur ma page.
Sans cesse, je me demande
qui dort en elle, qui est
ce per­son­nage qui me pos­sède,

me pro­tège, me ras­sure,
parce qu’il est la chair des mots
qui sont, en même temps,
le visage des hommes,
leurs sou­ve­nirs vécus,
leurs sou­ve­nirs rêvés

et l’endroit mater­nel où éclosent
les pro­fondes légendes
où la vie se libère.

 

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Tu es mon feu sacré, mon recours,
ma lente mon­tée vers l’azur, tu es
l’espoir renou­ve­lé, la fenêtre
ouverte sur la soli­di­té du jour,
la stu­peur des roses éblouies
par un matin plus pur
que leur rayon­ne­ment, tu es

l’été chan­gé en chant
cou­leur de vent, en cri d’oiseau
vain­queur, en lumière sou­le­vée
par un regard sou­mis
à la tendre beau­té d’un amour
qui revient, tu es aus­si,

pour que je vive, une soif,
un éclair, une pro­chaine ivresse,
un de ces soirs pui­sés
dans le calme du jour. Je vois
venir à moi l’ombre
farouche des mon­tagnes, non
pour me déso­ler, mais pour me dire
que ta voix est le cœur
ardent de ma parole,

qu’elle ne s’effacera pas,
que le moment pré­cis
où elle couvre la mienne,
est le point de départ
de ma nou­velle vie, l’issue
que je réclame, afin que mon che­min
ne tourne plus sur soi
et ravive les traces
de tout ce qui m’enchante.

 

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Sous les caresses du vent,
quel mes­sage t’émeut ? quelle
parole, sinon celle qui erre
entre le silence et ce que tu n’as
jamais dit ? que peut-être,
tu ne diras jamais, car aucun mot
ne peut vivre de ce qu’il veut dire
s’il n’a pas aban­don­né son écorce,

s’il n’oscille pas jusqu’au ver­tige
de l’absence, entre matin et soir,
entre heure pleine et heure vide,
là où ce que tu frôles
ne s’est pas encore chan­gé
en évi­dence, en traces défi­ni­tives,
en ces espèces de sco­ries
qui arrachent au pré­sent
son indé­fi­nis­sable beau­té,

sur­tout lorsqu’il porte en lui,
ce pré­sent, l’image du pas­sé
fré­mis­sante dans l’avenir,
et qu’il absorbe même ton souffle
pour lais­ser place au cha­toie­ment
d’une feuille de tilleul
qui riva­lise d’élégance
avec l’aile d’un papillon
où la lumière vient fer­mer ses yeux.