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Entreprises mortes

By | 2018-01-23T19:05:42+00:00 23 juin 2017|Categories: Blog|

tra­duc­tion Marilyne Bertoncini

 

ENTREPRISES MORTES

 

ins­pi­ré par “La mort est une entre­prise soli­taire ”, pho­to-col­lage de com­merces fer­més dans le vil­lage de Marnay, en  France, par Guedalia Naveh

 

Les entre­prises mortes sont bonnes pour les vivants :
Davantage de place pour se déployer dans le vaste
espace, le soleil irrem­pla­çable,
la terre inépui­sable ! Davantage de liquide
dans les flots de la Seine, des barques per­cées
tou­jours dis­po­nibles pour une excur­sion
vers le  fond de la rivière. Quelle chance !
Personne n'utilise la cabine télé­pho­nique
devant la mai­rie : pas­sez autant
d'appels que vous le dési­rez. Pas local,
bien sûr, puisqu'il n'y a pas d'entreprises
ni  per­sonne pour répondre à l'appel.
C'est à peine si l'hôtel auquel il manque le “H”
nous rap­pelle son carac­tère silen­cieux. La page
vierge et la vitrine bri­sée du kiosque
d'informations nous rap­pelle que  les jours
sont tous des pré­sences fan­tômes libres
de sor­tir au pays des exsangues,
des irré­so­nants, des non-dits. Que de joie
dans les absences autant que des pré­sences, les absences étant
plus vastes, avec plus de place à rem­plir, nos ima­gi­na­tions
sans entraves sur le sujet et son constant mar­quage,
soit taguer un Rambouillet fran­çais ou plan­ter
un clou de langue dans notre chair ou se faire tatouer
l'immatriculation de ceux des­ti­nés
à l'extinction. Oui, les toiles d'araignée
sur la porte du fleu­riste qui n'a pas été ouverte
depuis que l'araignée était oeuf requiert notre authen­tique
fixa­tion. Pas de temps pour les crêpes à la crê­pe­rie décré­pite.
Pas de temps pour des kir royal à la bras­se­rie pay­sanne.
Juste le temps d'observer les lan­ternes de cuivre oxy­dées
sur les murs de l'auberge rui­née, se cor­ro­dant d'abord
en noir, puis len­te­ment deve­nant vertes, comme si la mort
réin­suf­flait la vie.

 

*

 

 

DEAD BUSINESSES

 

-ins­pi­red by Guedalia Naveh’s “Dead Is a Lonely Business,”
pho­to col­lage of clo­sed busi­nesses in the vil­lage of Marnay, France  

 

Dead busi­nesses are good for the living !
More room to expand into the ample
air, the unex­pen­dable sun­light,
the uncon­su­mable earth ! More cur­ren­cy
in the cur­rents of the Seine, lea­ky row­boats
always avai­lable for an excur­sion
to the bot­tom of the river. Ah, for­tune !
No one’s using the phone booth
in front of the mai­rie. Make as many
calls as you desire. Nothing local,
of course, since there are no busi­nesses
and no one willing to ans­wer the call.
The hotel with the mis­sing “H” mere­ly
reminds us of its silent dis­po­si­tion. The blank
page and bro­ken glass on the town’s
kiosk-of-events remind us that all days
are ghost­ly pre­sences and avai­lable
for sor­ties to the land of the exsan­gui­nous,
the unre­ver­be­rant, the unver­bed. What joy
in absences as well as pre­sences, absences being
lar­ger, with more room to fill, our ima­gi­na­tions
unim­pe­ded by mat­ter and its constant bran­ding,
whe­ther tag­ging a French Rambouillet or plan­ting
a tongue-stud in our flesh or having tat­tooed
the iden­ti­fying num­bers of those des­ti­ned
for extinc­tion. Yes, the cob­webs
on the florist’s door that has not been ope­ned
since the spi­der was an egg require our echt-
fixa­tion. No time for crepes at the decre­pit cre­pe­rie.
No time for kir royales at the pay­san bras­se­rie.
Time only to consi­der the oxi­di­zed brass lan­terns
on the wall of the ban­krupt auberge, cor­ro­ding first
to black, then gro­wing slow­ly green, as if death
brea­thed back life.

 

*