« Bonnes feuilles » offertes par Al Manar

par : Anonyme

Quatrième de couverture :

 

A l’étale ne cesse de dire son amour pour « elle ». Par vagues, avec ampleur, selon les modulations d’une fugue, « elle » se déploie en sa venue, ses apparitions, ses paysages. Métamorphose de la féminité en ses possibles, « elle » n’est pas seulement « elle », mais, en son intime et secrète présence, un champ de blé, un refrain, la tendresse de la lumière à son aurore, la rencontre, en son invraisemblable justesse, d'une voix, d'un ciel, d'un signe. 

Porté par l’espace de ses silences, la profondeur de son mouvement, lame de fond entrainant toujours au-delà, le poème laisse se déployer les richesses du monde, en leur mystère, toujours plus saisissant. A l’étale, en ce sens, est comme parcouru par une intrigue, nous tenant en haleine, au rythme de l’émerveillement. 

Ainsi, le poème se donne à lire comme un roman, un voyage, une expérience, immense et sereine, mariée à la vie, à sa concentration – jusqu’à en épouser la durée, plénière : A l’étale est le poème d’une vie, en bien des sens – une vie entière, non sans héroïsme, confiée au poème. Et, à sa manière, une réponse – à notre temps : la parole, en son amour infini –  comme ressource essentielle, comme joie, comme avenir.

 

A l'étale (extraits)

 

beaucoup de liberté dans l'air inspirant inspirant
le souvenir en partage comme une joie insensée nous revient
singulière mise de sa personne nous tous l'exceptionnel à son image
tour à tour même léger altier de son visage
impératif de la beauté
en chacun prochaine elle s'est confiée
exigeant l'abandon entier

 

dans l'air de ses mains

 

en méandre elle se sèche au soleil elle se lisse à l'allure

 

sur la peau naissante absorbée à son travail doradée abstraite
peu à peu laissant minutieuse la vie se faire au danger
sans quitter des yeux sa pointe aiguille

 

garder sa trace sensible revenir à son motif sans pouvoir le retenir
tellement elle est joyeuse tellement il est harmonieux tant elle est
vive plus vive

 

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épousant ses formes à merveille
le vent du large lui aussi est en train de tomber

 

épousant mon amour
retour au calme vertigineux princier

 

comme la mer prend le soleil en parenté
cérémonial elle se fait belle
scintille en légèreté elle se fait plus légère en vérité
retournant vivre et mourir sur la plage nous appelant à l'existence
depuis que nous sommes émus

 

depuis que nous sommes amants parmi les amants parmi les amants
jusqu'au vent lui aussi ému tout ainsi dansé enlacé jusqu'au souffle
lui aussi gagné soulevant le voile couleur de joie découvrant le même
entrain

 

passagèrement comme elle devient
aussi visible que la lumière et non moins aveuglante
irrésistible en transparence comme flots et dessous l'exigent

 

 

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s'entrecroisant dans le demi-sommeil ou s'infusant dans la stupeur
quotidienne l'enchantement toi

 

arche de vie tout à son détachement se plie
intensément c'est plus rayonnant c'est plus
soleil somnolent dans nos veines son mutisme s'accentue déborde
l'universel elle se fait suave

 

saveur indispensable chevelure trempée
frondaison souplesse frise pensive
abandon

 

il n'y a pas à chercher c'est instinctif comme elle dénoue cet or fluvial tresse après tresse le trésor à poignées délivre le final
en nous laissant entendre doucement et fermement à la fois
"ce n'est pas fini" "ce n'est pas fini"
elle ne se répète pas elle sourit

 

soyeux sous l'emprise fontaine de jouvence pluie bénie arc-en-ciel
tombée d'amour gardant sa tête à peine inclinée
mesurant notre attente
soulevant tout sans effort blondeur portée au rouge comblée d'émotion
tout étoiles même mouvement

comme le monde entre ses mains chaleureuses
s'accorde à merveille insaisissable portée
je la sais heureuse

 

j'ai beau me retourner je ne la connais pas la nuit le jour sans elle
enfant et mère de cette lignée avec nous si familière

 

ployée à son penchant de vie rayonnante
 

 

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le soir la douceur se multiplie avancée de son égale beauté
dénudée dans l'ombre parfumée revêtant notre amour

 

résolument plus vive que l'éclair mouvant la couleur chair

 

elle aime elle aime elle aime

 

retourné dans ses bras où les étoiles nous font signe instinctives
reprenant à nouveau et à nouveau conscience les sentant familières
fléchi d'amour perdant la notion du temps et voyant dans l'espace un
point de passage qui nous demande la vie sans dévoiler le sens de sa
prière ni l'énigme venue d'un trouble intense inaltérable qui est visé
sous l'insistance du regard entraînant notre accord ainsi obligé
retrouvé dans ses bras que nous lui confions volontiers
abandonnés dans nos rêves
traduits
interdits par l'émotion chargée de n'en rien formuler
par bonheur complice

 

en m'éloignant le visage appuyé sur sa poitrine

 

aval de ta splendeur