Regard sur les poésies de langues allemandes (1)

Rosemarie Bronikowski est née à Hambourg, en 1922. Pendant la deuxième guerre mondiale, elle a vécu à Berlin où elle étudiait. A l’âge de 19 ans, elle s’est retrouvée veuve. Elle a travaillé aussi comme infirmière, dans les hôpitaux où se trouvaient les victimes des bombardements. Un second mariage l’a rendue mère de sept enfants dont elle a de nombreux petits enfants et arrière petits enfants. Aujourd’hui elle vit dans un petit village près de Freiburg (en Brisgau).

Rosemarie Bronikowski a commencé à publier aux alentours de 1970, principalement de la poésie et de courtes proses poétiques. Elle a également écrit une trilogie sur sa jeunesse en Allemagne nazie et un livre relatant son expérience durant l’année passée avec des prisonniers. Elle a pris une part active au mouvement anti-nucléaire et obtenu la Croix Fédérale du Mérite Allemand pour son travail en tant que volontaire dans les prisons. Sa poésie et ses nouvelles lui ont valu un large succès et plusieurs prix. Rosemarie Bronikowski continue à faire des lectures publiques et à publier des livres. Son dernier livre de poèmes « Geistertreiben » a été publié en 2011. 

Cinq poèmes de Rosemarie Bronikowski

Tous les poèmes sont extraits du livre de Rosemarie Bronikowski, Kopfstand auf schwarzem Roß, Edition Fürsatz, Trescherverlag, Berlin, 2005.

La traduction française est due à Brigitte Gyr, celle en anglais est due à Bettina Heintges : qu'elles en soient chaleureusement remerciées.

En guise d’ouverture

Zur Eröffnung (Kopfstand S.6)

Eröffnet ist der Raum
in dem alles einmalig ist

Die Jahreszahlen davonfliegen
wie Staub vorm Besen

Die Hallelujas
sich selber singen

Großmäulig sich
aus Wolken Worte bilden

Ein Messer blitzt
Ein Fisch wird aufgeschlitzt

Im Mutterleib
wächst die Verwunderung

 

En guise d’ouverture (Kopfstand p. 6)

Ouvert est l’espace
dans lequel toute chose est unique

Les années s’envolent
comme poussière devant un balai

Les alléluias 
s’auto célèbrent par le chant

Bouche béante
les mots se forgent à partir des nuages

Un couteau étincelle
un poisson est étripé

Dans le giron maternel
croît l’étonnement

 

Opening (Kopfstand p.6)

Open is the room
where all things are unique

Decades fly away
like dust off a broom

Hallelujas
sing themselves

Words are forged
from big-mouthed clouds

A knife is flashed
and guts the fish 

In a mother’s womb
Wonder arises

 

Monde risqué (Kopfstand p. 8)

 

Riskante Welt (Kopfstand p.8)

Ein Schirm
durch den es tropft

Eine Mauer
durch die der Wind pfeift

Schwärme von Sprechblasen
bei der geringsten Lippenbewegung

Versuch des Verschwindens
unter der eigenen Haut

Zahlen
kopfüber
kopfunter

Monde risqué (Kopfstand p. 8)

Un parapluie
troué de gouttes de pluie

Un mur traversé
par le sifflement du vent

Un essaim de bulles textuelles
au plus léger mouvement de lèvres

Tentative de disparition
sous sa propre peau

Nombres
tête haute
tête basse

Risky world (Kopfstand p.8)

An umbrella
pierced by raindrops

A wall
through which the the wind howls

Emergence of text bubbles
at the slightest movement of lips

Attempt to vanish
underneath your own skin

Numbers
head-first
upside down
 

Que pèse l’air (Kopfstand p. 11)

 

Was wiegt die Luft (Kopfstand S.11)                                          

Was wiegt die Luft
auf einer Fingerkuppe
und wieviel Zeit
bewegt sich um ein Haar

Zu schnell für uns
der Raum dehnt sich  ins Weite
je ferner einer ruft
der eben  hier war

Und wir im Chaos
des Alleingangs wissen
nicht ob wir fallen
oder aufwärts stürzen

Im Gleichgewicht
am eigenen Faden schweben
der Spinne
gelingt’s

Que pèse l’air (Kopfstand p. 11)

Que pèse l’air
à la pointe du doigt
et quelle quantité
de temps 
se meut autour d’un cheveu

Trop rapide pour nous
l’espace s’étend à l’infini
de  loin quelqu’un appelle
il était ici à l’instant même

Et nous dans le chaos
de notre avancée solitaire nous ne
savons pas si nous tombons
ou nous nous élevons

Planer 
en équilibre sur son fil
l’araignée
sait faire cela

The gravity of air (Kopfstand S.11)

What is the weight of the air
on a finger’s tip?
And how much time
passes by a hair’s breadth?

Too fast for us
space expands into infinity
when someone is calling from far away
who was here just a moment ago

And we in chaos
on our solitary walk
Do not know if we are falling down
or fall upwards

To stay poised in balance
on the silk of it’s web
Only the spider
succeeds

Ici, où suis-je ? (Kopfstand p. 27)

 

Wo bin ich hier? (Kopfstand S.27)

Wo bin ich hier

Fern der bewohnten Welt
im Innern meines Körpers

Welch ein Raum ist dies
ich müsste fragen
welche Sprache man hier spricht

Vom Altern verstehe ich wenig

Wenn ich mit der Hand
über mein Gesicht fahre
ist es ein früheres

Im Koffer vom letzten Urlaub
noch Sand in den Badesachen

Ici, où suis-je ? (Kopfstand p. 27)

Ici, où suis-je?
Loin du monde habité
à l’intérieur de mon corps

Qu’est-ce donc que cet endroit
je devrais plutôt demander
quelle langue on y parle

Je ne comprends pas grand-chose à la vieillesse

Si je promène une main
sur mon visage
c’est un de ceux d’avant qui se trouve là

Et dans la valise rapportée des dernières vacances
il y a encore du sable dans les affaires de bain 

Where do I find myself? (Kopfstand p.27)

Where do I find myself

Far from the inhabited world
inside my body

What room is this
I should ask what language
is spoken here

About growing old
I understand nearly nothing

If I brush my hand
over the face
it is my previous one

In the suitcase from the last holiday
there is still sand in the bathing towels

Souvenir d’eau (Kopfstand p. 34)

 

Erinnerung an Wasser (Kopfstand S.34)

Erinnerung an Wasser:
Wie Wasser riecht und schmeckt.
Wasser vom Brunnen, biblisch.
Wasser vom Hahn, der vielzüngige Strahl.
Das Wummern in die Gießkanne im Sommer.
Wasser, überschwappend aus vollen Eimern.
Wasser essen und trinken.
In Wasser baden tauchen
Wunden kühlen.

Erinnerung an Wasser:
Als die Not des Durstes
den Fels zu Tränen rührte
sprang’s hervor.

Souvenir d’eau (Kopfstand p. 34)

Souvenir d’eau :
Comme l’eau sent bon, comme elle a bon goût
L’eau de la fontaine, biblique
L’eau du robinet, et ses myriades de langues
Tonnante dans l’arrosoir en été
L’eau débordant à pleins seaux
L’eau à boire et à manger
L’eau où se baigner  plonger
Rafraîchir ses blessures

Souvenir d’eau :
Lorsque la soif a été  pressante
qu’elle a ému aux larmes le rocher
elle a jailli

 

Remember water (Kopfstand S.34)

Remember water
The smell and the taste
Water cascading from a well, biblical 
Water from a tap with its
Myriads of pouring tongues
Water in summertime:
Thundering into a watering can
Water abundant, overflowing
Eat and drink water
Bathe in it, all the way under
Heal your wounds

Remember water:
When the pain of your throat running dry
made the rocks shed tears
It sprang out