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Il neige et trois autres poèmes

By | 2018-01-20T18:21:35+00:00 17 septembre 2017|Categories: Blog|

 

tra­duc­tion de Marilyne Bertoncini

 

 

Il neige

 

 

Des fla­cons de neige, s'écrie ma fille. Des demi -tasses
fouettent la vitre.
Il neige à gros flo­cons quand je lève les yeux
de mon tas de chaus­settes et che­mises, blanc
et cou­leur. Je suis la tra­jec­toire des flo­cons
dans le ciel, les troncs
d'arbres, de lai­teux lichens
répan­dus sur les chênes. Les lichens, disait ma mère
poussent là où l'air est pur, et la mousse, sur le flanc
nord des arbres. Rappelle-toi cela,
disait-elle, en lisant un conte de Grimm,
si jamais tu es per­due.

C'est étrange comme nos cel­lules n'apprennent pas
que la guerre ne finit jamais bien. La neige
silence qu’on touche. Quand je tourne
la clé trop vite
apeu­rée elle pro­teste : Arrête le men­teur
Je n'ai pas mis ma cein­ture.

 

 

 

Snowing

 

 

It’s no-ing, my girl calls. Half-cup­fuls
whisk across the pane.
It’s sno­wing when I look up
from my load of socks and shirts, white
wash and dark. I track flakes’ paths
across the sky, trunks
of trees, mil­ky lichens
spilled down oaks. Lichens, mother said
grow where air is clean, moss on the north
side of the trees. Remember that,
she said, rea­ding some Grimm tale,
if ever you get lost.

Strange our cells don’t learn
war has no hap­py ends. Snow—
pal­pable the hush. When I turn
the key too soon
my frigh­te­ned child pro­tests : Stop the mur­der
I haven’t got my seat belt on.

 

 

 

 

Première Neige1

 

 

Ce soir au cré­pus­cule quand les col­lines
se dérobent et les flo­cons

com­mencent à tour­noyer
nous regar­dons s'effacer nos fron­tières

avec une per­cep­tion plus vive
de l'inconnu. Quelque chose

de trouble tra­verse notre champ
de vision et pénètre l'angle des arbres,

Trembles et bêtes
sau­vages s’enfuient et le froid

qui tire sa caverne de la mémoire
comme une peau autour de nous

 

 

*

Et que dire
du sor­bier le long de l'allée
dont les baies rouges
sont lus­trées de givre

et pendent
dans un silence sidé­ré
au coeur d'une col­le­rette
de feuilles de papier brun ?

 

*

 

Nos bottes se fraient un che­min
à tra­vers le silence
les pies observent, une

au som­met de chaque épi­céa
dans sa couette de neige.
Les pies—

des oiseaux méca­niques,
trois sil­houettes de fer-blanc
comme des girouettes à la pointe d'un trio

d'épicéas. Violons, alto, vent.
Elégantes
dans leur che­mise ami­don­née

et leur queue bleu métal­lique
elles nous invec­tivent,
nous ou les chiens

où ce monde négli­gé en géné­ral.

 

 

*

 

Une plaque de glace
brille à l'angle de la mai­son et du bois.

Je sors.
Lumière polaire der­rière les col­lines gla­ciales.
Le haut de la nou­velle clô­ture scin­tille.

La neige a effa­cé chaque détail.
Plus besoin

de t'excuser
petit créa­ture par­tie à l'aventure
avant l'aube

nous lais­sant
l'empreinte légère de tes traces.

 

— —  —  —  —  — -

1 – poème ins­pi­ré par “La Grande neige” d’Yves Bonnefoy

 

 

First Snow

 

Tonight at dusk as the hil­ls
shy off and the flakes

start to whirl
we watch our boun­da­ries fade

with a shar­per sense
of the unk­nown. Something

blur­ry crosses our field
of vision and enters the stand of trees,

aspen and wild
ani­mal lope and the cold

that draws its cave of memo­ry
like a skin around us

 

 

*

 

And what to say
about this moun­tain ash along the drive,
whose red ber­ries
are gla­zed in frost

and hang
stun­ned into silence

in a ruff of
brown paper leaf ?

 

*

 

Our boots tromp a path
through silence
the mag­pies watch, one

from the top of each spruce
in its quilt of snow.
Magpies—

mecha­ni­cal birds,
three tin cut-outs
like vanes on the peaks of a trio

of spruce. Violin, alto, wind.
Dapper
in their star­ched shirts

and metal­lic blue tails
they rail at us,
us or the dogs

or the unti­dy world at large.

 

*

 

A patch of ice
shines at the edge of house and wood.

I go out.
Polar light behind the gla­cial hil­ls.
The top rail of the new fence glit­ters.

Snow has era­sed each acci­dent.
No need

to apo­lo­gize now
small crea­ture who ven­tu­red forth
before dawn

and left us
the small print of your tracks.

 

 

 

 

Madame Martin et moi

 

 

Madame Martin ouvri­ra ses volets à huit heures
un bras pren­dra le soleil
elle bros­se­ra ses che­veux sur le per­ron et un petit car­reau 
           ser­vi­ra de miroir
casque de che­veux en mar­mite bien déca­pée
se balan­çant un peu
comme la branche à peine quit­tée par le char­don­ne­ret

Monsieur Martin est mort l'été der­nier non
l'été avant l'été der­nier
un homme tran­quille
qui aimait bri­co­ler dans le jar­din
arro­ser les roses
qui aimait peindre en vert la porte de son jar­din
chaque été
un vert forêt bien dense

Elle ratel­le­ra le gra­vier —lui le fai­sait — et arra­che­ra quelques mau­vaises herbes
éten­dra des draps blancs dans le jar­din
comme un pay­sage marin avec voiles
           pour cap­ter le regard plus loin vers la pro­fon­deur
elle noue­ra un tablier autour de sa taille
ses doigts dan­sant briè­ve­ment en couple
par-des­sus par-des­sous et saluez votre par­te­naire

Il était tom­bé malade bru­ta­le­ment
il était mort
et main­te­nant il est par­ti
elle dit qu'elle pense l'avoir à peine connu.

 

 

 

Madame Martin and I

 

 

Madame Martin will throw back her shut­ters at eight
one arm will scoop up sun
she will brush her hair on the stoop using a small pane
           as a mir­ror
cap of hair like a well-scou­red pot
bob­bing a lit­tle
like the branch the gold­finch swoo­ped off

Monsieur Martin died last sum­mer no
last last sum­mer
a quiet man
who liked to do chores round the yard
spray the roses
who liked to paint his gar­den gate green
eve­ry sum­mer
lea­fy lea­fy forest green

She’ll rake the gra­vel—he would do that — and pull some weeds
peg white sheets across the yard
like a seas­cape with sails
          to pull the eye dee­per in
she’ll tie an apron about her waist
fin­gers doing that brief couple dance
over and under and bow to your part­ner

He was sick all of a sud­den
he was dead
and now he's gone
she says she thinks she hard­ly knew him. 

 

 

 

 

L'Hôtel Eden

d'après Joseph Cornell

 

Contre la sur­vie. Contre les plumes. Contre les bou­chons de liège.
Contre le pathos des oiseaux empaillés. Contre contre.

Profondément silen­cieuse, la bou­tique du taxi­der­miste.

Si seule­ment”, pense l'oiseau. Si seule­ment quoi ?

Pour son sou­tien-gorge à bal­con­net cou­leur abri­cot. L'odeur de pois­son de son sexe.
Les fabu­leuses érec­tions.

Accidentelles mais il faut per­sé­vè­rer.
Il y a une clé quelque part. Briser la vitre ?

De rire en crime la mai­son des objets
Est sai­sie —table, chaise, cuiller, bou­chon — l'éclat de silex se sou­vient du cou­teau.

C'est pour­quoi nous dor­mons la lumière allu­mée.

 

 

 

The Hotel Eden

after Joseph Cornell

 

 

Against sur­vi­val. Against fea­thers. Against corks-in-bot­tles. Against the pathos of stuf­fed birds. Against against.

Profoundly silent, the taxidermist’s shop.

If only,” thinks the bird. If only what ?

For her apri­cot-colo­red push-up bra. The fish smell of her sex. The fabu­lous erec­tions.

Contingent but press on.

There’s a key to it somew­here. Break the glass ?

From laugh­ter to slaugh­ter the house of objects
is repos­ses­sed — table, chair, spoon, cork — the flint flakes remem­ber the knife.

Why we sleep with the light on.