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LA FOURCHE

By | 2018-01-18T08:53:21+00:00 16 février 2013|Categories: Blog|

 

I

 

Il dor­mait
là si près si seul
moi dres­sée ten­due
un arc. C'est la
fourche on ne sait
pas dans ces moments
un bloc voi­là
ça vous tra­verse.
La vieille folle remet
ça Maman Maman
quatre-vingts ans et
plus mal­heu­reux.
On sent bien quand
même. Pas un bruit
à peine un sif­fle­ment
dû res­pi­rer plus
vite brus­que­ment
les pou­mons
molle résis­tance corps
per­cé rien geste
ralen­ti jusqu'à la
terre la fourche
comme dans
l'eau.

 

 

II

 

À la rivière on se
bai­gnait coude pro­fond
les pois­sons se cachent.
L'herbe sèche piquait
les orteils gigo­taient
cour­ti­lières affo­lées
sur une patte des
oiseaux tirer jupe
et culotte à l'abri
des saules vête­ments
éta­lés chu­cho­ter des
secrets. Grimpés sur
le rocher des pêcheurs
sandres et gou­jons
restes d'asticots secs
col­lés. Les mouches
aga­çaient on se don­nait
des claques reve­naient
reve­naient. La peau goût
de foin chaud à
cra­quer. On se jetait
en criant moins froid
nez pin­cé les yeux
la bouche fer­més
escar­gots enfouis
dans le noir
la fraî­cheur.

 

 

V

 

On res­sor­tait de
l'eau lèvres bleues
vio­lettes le bout des
doigts plis­sé pâle
petits mor­ceaux de
feuilles brins de paille
col­lés sur le dos les
fesses les cuisses la
peau brillait séchait
gouttes des che­veux
rou­laient en sillons
tor­dus les yeux
rouges. On se secouait
comme les chiens. Jésus
du petit Paul une
olive il tirait des­sus
allez sors la noi­sette
sors la noi­sette on
riait il pleu­rait
je n'aime pas les
enfants qui pleurent
jamais eu jamais
vou­lu tout mais
pas ça.

 

 

XVI

 

Fer mouillé ça sent mais
j'ai moins mal pas grave.
Parfois la rivière si froide
en mai plus de peau gla­cé
à l'os puis rien sur le bord
des épaules aux genoux
trem­bler lèvres vio­lettes
pâles tétons perles bras
de pou­let sur la car­casse
che­veux poin­tus.
Doucement mer­ci en me
séchant dures les ser­viettes
oui me lever au fau­teuil la
rayée bleue et le tri­cot noir
le doc­teur ? pas avant ?
le monde s'en fiche bien
cre­ver les cachets ? ni folle
ni men­teuse et l'autre les a
eus deman­dez-lui l'armoire
quelle armoire ? Arrêtez de
prendre des airs de des­sous.

 

 

XVII

 

J'aime le fau­teuil ciel
nuages oiseaux voi­là
un oiseau sac de paille
son nid m'a regar­dée
la fourche reti­rée
petits sauts queue
de lézard tor­du muet cris
bizarres les piques noires
col­laient aux doigts plan­tée
dans le foin l'ai pris par
les épaules secoué le
caillou tom­bé de la
bouche le sol vibrait tout
plus petit plus jaune l'ai
lâché. Jean fer­mait la
porte m'a cher­chée des
yeux visage brû­lé par
l'enfer s'est appro­ché
cha­peau en main regard
ter­rible. Après cha­leur
mau­vais jour pas d'air
rien pous­sière de blé.

 

Poèmes extraits de Destin d’un ange sui­vi de La fourche, édi­tions du Cygne, 2012.
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