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Le Bonhomme

By | 2018-01-17T21:24:28+00:00 29 novembre 2014|Categories: Blog|

 

 

I
De lui, la sil­houette qu'on crai­gnait
comme celle d'un fauve.
Les mêmes mots mâchés dans une bouche
éden­tée.
Les mêmes mots le long des mêmes fos­sés qui
sortent du matin et se recro­que­villent le soir.
Le même recom­men­ce­ment pour le même éton­ne­ment
inquiet des enfants

 

 

II
Il por­tait la vieillesse à même les mains et sur
son dos des gue­nilles. La toile épaisse et qui fut
bleue comme la fron­tière des mon­tagnes. La cas­quette
pour écra­ser son crâne dans les épaules.
Et qui fut bleue encore pour tis­ser les abysses
sans fond de la perte ; une langue glai­reuse de
l'amertume des guerres – sur­tout des sur­vi­vants –

 

 

III
Et tu fis poème pour­tant frère Apollinaire des
peurs per­ma­nentes, des beau­tés soli­daires et des amours
loin­taines
qu'on écrit sur le cœur.
La guerre était jolie comme la lèvre rouge qui te
fen­dit le front d'un sou­rire altier pour t'accompagner d'un
rêve.
Ô mamelles sur-réelles où vous buviez le néant
à pleines gor­gées et cares­siez des nuques dému­nies de
tout espoir sous les nuits réfrac­taires aux draps des
sueurs et suaires liqué­fiés.

 

 

IV
Parfois on se réveille incer­tain. Le regard col­lé
sur l'horizon absent. Le regard col­lé. Sans regard par­fois.
Sans regard pour
voir défi­ni­ti­ve­ment ce qui fut. Jamais plus ce qui sera.
Survivre à hier. S'accuser de main­te­nant.
Comme s'il y avait une autre vie dans la vie.
On a des trous dans la langue. On vou­drait
dire les trous. On n'a plus de langue.

Sur la lèvre le poème du vide dans la vie.
        Le poème du vide
        Le vide
 

 

éd. La Passe du Vent (2014)