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Le bus des cauchemars

By | 2018-01-23T16:29:52+00:00 19 juillet 2013|Categories: Blog|

 

Je les ai vus mettre mes tantes dans des sacs en plas­tique noir
Où leur sang chaud s’accumulait
(Mais je n’ai pas de tante)
J’ai su qu’ils avaient tué Natacha, ma fille de trois ans
(Mais je n’ai pas de fille)
On m’a dit qu’ils avaient vio­lé mon épouse avant de traî­ner son corps dans l’escalier et le lais­ser dans la rue
(Mais je ne suis pas marié)
Ce sont cer­tai­ne­ment mes lunettes qui ont été bri­sées sous leurs bottes
(Mais je ne porte pas de lunettes)

.   .  .

Je dor­mais dans la mai­son de mes parents et rêvais de sa mai­son à elle. Au réveil
j’ai vu mes frères
pen­dus
au toit de l’église de la Résurrection.
Par com­pas­sion, Dieu disait : C’est ma dou­leur.
Je ras­sem­blais l’orgueil des pen­dus et disais : C’est plu­tôt la nôtre !

.   .  .

La dou­leur illu­mine et me devient plus chère que mes cau­che­mars.

.   .  .

Je ne fui­rai pas vers le Nord
Dieu
Ne me compte pas par­mi ceux qui cherchent un refuge.

– nous conti­nue­rons ces comptes plus tard –

Maintenant je dois aller dor­mir :
Je ne veux pas être en retard pour le bus des cau­che­mars qui va à Sabra et Chatila…

 

 

Extrait de Je me lève­rai un jour, antho­lo­gie poé­tique
éta­blie et tra­duite de l’arabe (Palestine) par Antoine Jockey