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Le manuscrit de l’Ami

By | 2018-01-22T19:03:27+00:00 12 janvier 2014|Categories: Blog|

 

à Thierry Jolif

Partir d’un grand éclat de vide 
Se perdre
Lecture hau­tu­rière
Résurrectionnelle
Sans reprendre haleine
À tom­beau ouvert
Dans le manus­crit de l’Ami 
Remonter patiem­ment le fleuve
Exsangue de la pen­sée
L’eau amné­sique du Léthé
Jusqu’à l’anamnèse du Verbe
La source amnio­tique de l’Aletheia
La Vérité n’est pas un secret
La croyance au secret pro­duit le pou­voir
Ami déli­vrons-nous de la doxa des livres
Des mil­liers de lignes de forces qui magné­tisent
Nos corps
La pen­sée n’est jamais neuve et fonc­tionne tou­jours
Dans le champ du connu inca­pable d’appréhender
L’inédit que seul le manus­crit peut trans­crire
Ensemble
Crevons l’abcès des cré­pus­cules
Car le moi est haïs­sable
L’orgueil du jour gonfle avec l’aurore et la cel­lule de la nuit
Grouille de nos rêves 
Le moi est une coa­gu­la­tion de rôles que la pen­sée engendre
Sans l’Ami je n’aurais été que cet homme tenant la porte à d’autres
Un por­tier les inci­tant à fran­chir un seuil dont il ne sait rien 
Mais je suis main­te­nant le lisant de l’Ami
Au seuil il faut mou­rir sinon la vie passe outre
Briser le miroir sans tain de l’écriture
Tomber le masque
Donner sa chair à dévo­rer
Se faire être jusqu’à l’omphalos de l’Incréé
En lisant mes yeux suivent
La courbe concave de l’Amour qui trans­fi­gure
Les signes à la source des choses
Il n’est plus le pays qui a per­du sa langue 
Sans pays une langue n’est plus réelle
Le manus­crit de l’Ami tra­duit une langue qui fut par­lée
Jadis dans un pays 
Aujourd’hui plon­gé dans  une obs­cu­ri­té pro­fonde
Dans une une ter­rible noir­ceur
Une langue tra­duite qui doit se lire autre­ment
Ami qui peut seul me dire – car Il parle par nous.