J’étais là

 

J’étais là et j’attendais.
Qu’il ne se passe rien.
Que cela continue.
N’ai-je pas toujours attendu ?

J’étais là, pour une fois. Je relevais les yeux. Une fille fumait à la fenêtre. La
fumée bleue de cigarette se mélangeait au souffle clair de sa respiration. Il faisait
froid. Tout me semblait au ralenti.
Elle se montrait du quatrième, je distinguais mal son visage. Je lui donnais des
traits d’après ce qu’elle s’offrait à moi. C’est-à-dire pas grand-chose. À peine un
bout de main qui dépassait de temps à autre.

J’étais là et j’espérais.
J’espérais devenir, une seconde ou deux, le filtre orange dans ses lèvres.
M’éteindre dans sa clope, sur le rebord en pierre.
Un mégot.
Mais pas trop.

          À l’angle un peu, je me cachais pour être sûre qu’elle ne me verrait pas, bien
          qu’elle ne regardait qu’en face. Certainement pas moi. Ses cendres éparpillées
          dessinaient dans les airs des flocons minuscules.
          J’étais là, je les imaginais,
          Modifier, colorier,
          La texture de la ville.

J’avais l’idée du temps qui défilait en m’évitant pour n’exister que dans son geste.
J’étais là, je frissonnais. La cigarette s’achevait.

          Puis un camion passa masquant sa vue de moi depuis le bout de rue.
          La fille était partie.
          Ce fût le début de la nuit.

Alors j’ai su,
Comme ça,
Que le monde au coin de la fenêtre,
N’irait plus s’abandonner.