Le blues du blues

 

Avez-vous des problèmes sur le trottoir gris bétonné
dans la fin de saison
espérant acheter les dernières mandarines 
il y a du vent
du vent sous les arcades
je pense à la ville rouge en Italie
qui proposait dans chaque pas
un certain parfum de cinéma
il fait froid sur les terrasses entre les tasses de café
c’est plutôt série B
j’aimerais voler tous les sucres
pour les jeter sur les murs de ces immeubles anciens
encore une fois la ville
devient l’humidité d’un papier peint
il y a les bandes blanches sur le goudron noir clair
les voitures les vélos la chaussure d’un enfant
qui n’attend plus sa mère pour traverser
pour traverser la vie le plus vite possible
en courant d’air et que ça dure longtemps
dans la fin de saison
il y a du temps
du temps sous les feux rouges
comme dans cette ville en Italie
je me suis perdue dans une allée unique
d’un marché trop petit
je voulais acheter les dernières mandarines
sucrées sans les jeter
sur les gens de l’arrondissement
encore une fois la vitre
vient nous stopper de tout
je regarde les vitrines
je ne suis plus cette fille-là qui n’osait pas
rentrer dans les magasins pour dévoiler les choses qui me plaisent
comme les mandarines et les vestes en velours
ce n’est plus la saison
 

il y a encore du vent
il y a encore du temps
il y a la vie et puis
merci de patienter quelques instants sur le trottoir gris bétonné
le monsieur de la rue voudrait chanter le blues du blues.