> Revue Alsacienne de Littérature, Elsässische Literaturzeitchrift, “Le Temps”

Revue Alsacienne de Littérature, Elsässische Literaturzeitchrift, “Le Temps”

By | 2017-12-26T23:11:27+00:00 20 novembre 2017|Categories: Revue des revues|

Je dois à l’amitié d’Eva-Maria Berg, poète huma­niste dont plu­sieurs textes figurent dans cette livrai­son, de décou­vrir,  avec beau­coup d’intérêt, cette revue tri­lingue 1 (fran­çais, alle­mand dia­lec­tal et haut-alle­mand) dont je ne puis appré­cier l’intégralité des textes offerts, mais dont l’esprit résu­mé dans la pré­sen­ta­tion : “défense et illus­tra­tion d’une iden­ti­té ouverte. Elle affirme sa spé­ci­fi­ci­té régio­nale pour d’autant mieux assu­rer sa voca­tion trans­fron­ta­lière, notam­ment dans l’espace rhé­nan”, ne peut que séduire un lec­teur de Recours au Poème.

 

Revue Alsacienne de Littérature, Elsässische Literaturzeitchrift, "Le Temps", n. 127

Revue Alsacienne de Littérature, Elsässische Literaturzeitchrift, “Le Temps”, n. 127,
1er semestre 2017, 152 p., 22 euros

Abonnement à l’adresse de l’association :
Les Amis de la Revue Alsacienne de Littérature,
BP 30210, 67005 – Strasbourg cedex

On y trouve en effet, regrou­pés dans les 5 volets qui la consti­tuent, et que ponc­tuent les pho­tos en noir et blanc prises en Chine par Anne-Marie Soulier, des textes pas­sion­nants. Dans la par­tie “Patrimoine”, 4 articles sur Réforme et Contre-Réforme com­plé­tant la pré­cé­dente livrai­son, consa­crée à la Réforme en Alsace dont on peut ima­gi­ner l’intérêt, à la lec­ture des textes de Bernard Xibaut, Rémy Valléjo, Jérôme Schweitzer et Gabriel Brauener, qui retracent aus­si les sources de ce mou­ve­ment reli­gieux, capi­tal dans la consti­tu­tion de l’identité euro­péenne.

Des poèmes tri­lingues (pas tous tra­duits, beaux à voir, mais quel dom­mage de n’en pou­voir sai­sir le suc) déclinent le thème du temps dans le “dos­sier cen­tral”, pré­sen­té par Anne-Marie Soulier – thème qui imprime aus­si sa teinte aux poèmes réunis dans les “voix mul­tiples”, ampli­fiant encore ce que le regrou­pe­ment donne à lire : l’impossible sai­sie d’un concept, la vic­toire jamais acquise sur le temps, que les mots piègent par­fois, dans ce qu’Anne-Marie Soulier défi­nit si joli­ment comme “les ruses inat­ten­dues du lan­gage, la danse des conju­gai­sons, l’improbable futur anté­rieur d’un bal chez Temporel”. A défaut de pou­voir tout citer, je retiens le “temps dévo­rant” d’Alain Fabre-Catalan, une série de petites proses de Jean-Claude Walter consa­crée aux sai­sons, les trains de Claire Krähenbühl, et le “temps de neige au bord de la nuit” de Roselyne Sibille, la beau­té gra­phique des poèmes – pour moi illi­sibles – en nor­vé­gien de Hanne Bramness, page 56, tra­duits par A-M Soulier sur la page sui­vante, où l’on découvre la beau­té des traces sur la neige-mémoire… 25 poètes réunis pour cette ode au temps mutiple.

Parmi les “voix mul­tiples”, on repère six poèmes de Denise Mützenberger, des proses de Marie-Yvonne Munch sous le titre “J comme jours”, l’émouvant récit bilingue du “Petit Fritz” évo­quant les morts de la pre­mière Guerre Mondiale, par Jean-Christophe Meyer, et “Le Corps du silence”, d’Yvan de Montbrison, nous entraî­nant avec lui et toute la charge d’émotion sus­ci­tée par sa vision baroque – réponse poé­tique aux thèmes de la Contre-Réforme évo­quée dans le volet his­to­rique de la revue :

A la sur­face de la mort
il y a posée la cita­delle du désastre
et ton corps éplu­ché
comme un fruit de sa peau
laisse entre­voir son cœur

(…)

mes deux jambes et la mul­ti­tude des autres jambes cou­pées
ont par ailleurs pour finir atteint le rivage
et s’enfoncent sans plus attendre silen­cieu­se­ment dans la mer
pour que nous y dis­pa­rais­sions à jamais noyés dans notre sang

Le numé­ro pré­sente aus­si, dans la rubrique fixe “chro­niques”, outre des textes en langue ger­ma­nique, un article de Jean-Claude Walter sur Nicolas de Staël, une pas­sion­nante note de Jean-François Biellmann sur le sens caché du mono­gramme d’Albrecht Dürer, ou une pré­sen­ta­tion de l’écrivain lor­rain qua­dri­lingue Eugène Jolas par Claude Fisera. Des “notes de lec­tures” abon­dantes et soi­gnées com­plètent la livrai­son, lar­ge­ment ouverte sur le monde.


Notes

  1. des infor­ma­tions à l’adresse sui­vante – http://​lare​vue​-ral​.blog​spot​.fr/[]

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Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, cores­pon­sable de la revue Recours au Poème, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, col­la­bore avec des artistes, vit, écrit et tra­duit.
Ses textes et pho­tos paraissent dans diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, et sur son blog mino​tau​ra​.unblog​.fr.

Ses tra­duc­tions de poètes anglais et aus­tra­liens et son recueil, Labyrinthe des Nuits, sont parus chez Recours au Poème édi­teurs, comme sa tra­duc­tion des poèmes de Ming Di, Livre des 7 Vies, et Histoire de Famille, illus­trés par Wanda Mihuleac, aux édi­tions Transignum en mars 2015.

Une pre­mière ver­sion de La Dernière Oeuvre de Phidias est parue en 2016 chez Encres Vives.

Dernières publications

  • Æncre de Chine, livre ardoise avec Wanda Mihuleac, édi­tions Transignum, 2016
  • La Dernière œuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence, Jacques André édi­teur, 2017
  • Aeonde, La Porte, 2017,
  • Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017