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Un chercheur de signes

By | 2018-01-19T22:09:34+00:00 23 juillet 2012|Categories: Blog|

 

Je dis­tingue les mois à leurs habits de soleil ou de pluie,
Les midis à leurs formes variées et mul­ti­co­lores ;
Je vois sur­gir les ombres de la nuit,
J’entends les heures mornes son­ner dans l’insouciance.

J’aperçois le soleil enflam­mer au cou­chant
Les col­lines où les pluies du matin ont chuin­té ;
Le visage aveugle et pâle du brouillard
Monter quand sont par­ties les ardeurs de l’été.

J’ai vu le sabre et l’éclair, l’étoile filante,
La cuve de la mer en colère,
J’ai sen­ti mon­ter l’échine de la terre,
Foulé le bra­sier des abîmes et la neige des cimes.

J’ai su pré­dire l’éclipse latente,
L’avènement des sphères excen­triques,
Mesurer la pous­sière ava­lée par le ciel,
Le poids du soleil et le déclin des astres.

J’atteste les efforts de mes ter­restres com­pa­gnons,
Je vois des assem­blées qui se forment, exultent, se séparent ;
Le doigt bru­tal de la mort, la mor­sure du cha­grin,
La mul­ti­tude des labeurs qui sont le propre des vivants.

Mais je vou­drais connaître ce qui m’échappe,
Ces visions dont parlent les vieux pro­phètes,
Ces signes qui disent si bien les lois,
Accordés à cer­tains, refu­sés à ma longue inquié­tude.

Dans l’enclos, gar­dien de ses cendres pâles,
Entrevoir le fan­tôme d’un proche, d’un ami,
Porteur de son sou­rire, et tout doux mur­mu­rant :
« Ce n’est pas la fin ! » Heureuse ini­tia­tion !

Ou si les lèvres d’un amour mort, nées d’un rêve,
Quand, à minuit, les démons du Souverain Déclin
Tentent par ruse de me rendre à la terre,
Me lais­saient les marques d’immatériels bai­sers ;

Si, quand le fort répand le sang du faible,
Quelque gref­fier, comme dans l’Écriture,
Témoin de ce for­fait, pou­vait lais­ser tom­ber
Une plume, pour preuve que le ciel a consi­gné le crime.

Quelques-uns, ravis sur les cimes de l’extase,
Assurent qu’ils ont eu l’expérience de ces signes
Et déchif­fré ces radieuses scènes du futur :
La résur­rec­tion des cœurs en pous­sière.

Je n’aurai, de ma vie, un tel pri­vi­lège…
Je me suis cou­ché dans le lit des morts, j’ai mar­ché
Parmi les tombes de ceux à qui j’avais par­lé,
Implorant la plu­part de m’envoyer des signes.

J’attendis dans l’angoisse. Mais nulle réponse.
Pas le moindre mes­sage, ni quelques doux mur­mures
Qui viennent éloi­gner les limites de mon savoir.
Et l’Ignorance, pen­sive : « Quand un homme tombe,
     c’est pour tou­jours. »