> Mardi 4 juillet, hommage à Jocelyne CURTIL

Mardi 4 juillet, hommage à Jocelyne CURTIL

Par | 2018-01-11T12:07:44+00:00 2 juillet 2017|Catégories : Actualités, Blog|

COMMUNIQUÉ : HOMMAGE À JOCELYNE CURTIL

 

 

Homme sans Épaules, ou plu­tôt Femme sans Épaules, Jocelyne Curtil fut plei­ne­ment poète de la Poésie pour vivre, poète de l’émotion ; notre aînée, notre amie. Elle a notam­ment signé un dos­sier impor­tant, avec Alice Colanis, « Écritures de femmes », (in Les HSE n°8, 2ème série, 1993). Jocelyne Curtil, certes dis­crète, mais très atta­chante, simple et humble, mais intran­si­geante, est et demeu­re­ra l’une des voix mar­quantes de la poé­sie contem­po­raine. Henri Rode, l’un des Hommes sans Épaules les plus exi­geants, n’a pas écrit en vain : « Les poèmes de Jocelyne Curtil sont très bons. Il n’y a sur­tout aucune com­plai­sance bas-bleu. Ce n’est pas du tout le ren­dez-vous des anges et du frou-frou. Il y a une iden­ti­fi­ca­tion d’elle et du cos­mos des plus inté­res­santes avec, à fleur des choses, objets, herbe, soleil – un petit lise­ré de sang qui en dit long sur beau­coup de souf­frances gon­flant son voca­bu­laire. »

Jocelyne Curtil, née en juin 1935, à Rousson (Yonne), a été ensei­gnante jusqu’en 1971. Elle a vécu à Nouméa en Nouvelle-Calédonie « Îles hilotes – la mer boucle bou­clée – gratte sa langue au râte­lier du récif »), puis en Inde dans dif­fé­rents ash­rams, ain­si qu’au Japon, avant, pro­fes­seur diplô­mé de yoga, de reve­nir vivre en Bourgogne. Jocelyne est décé­dée à Sens, mar­di 27 juin 2017. Ses obsèques auront lieu en l’église de Rousson le mar­di 4 juillet à 15h15. Jocelyne avait écrit : « L’oiseau – qui m’apporte le ciel – une forêt – saigne encore – dans ses ailes », ou encore : « Quel poi­son a figé les veines de la pierre ? – Dans l’eau dure – et confuse – je suis ce galet – qui cherche la Source. »

Poète, dès son pre­mier livre, Le Soleil sous la peau, dont Raymond Queneau célèbre « les poèmes pleins d’alacrité, d’allégresse et d’énergie » ; Jocelyne Curtil a, comme l’a écrit Jean Breton, mélan­gé l’érotisme d’amour à la réa­li­té ger­mi­na­tive de la terre, non sans tailla­der d’humour son poème, afin qu’il reste res­pi­rable. Pour Jocelyne Curtil, la poé­sie a tou­jours par­ti­ci­pé de la même obses­sion : se décou­vrir et décou­vrir le monde à tra­vers un lan­gage par­ti­cu­lier : « La poé­sie est révo­lu­tion­naire car espace de liber­té, émer­gence d’une conscience. Elle dérange, ses auto­routes sont ver­ti­cales, ses armes à retar­de­ment. » Il y a chez Jocelyne Curtil de nom­breux thèmes de révolte, d’« enga­ge­ment ». Le poète se dresse contre « les classes mâchées par les ver­rous », contre les humi­lia­tions et les guerres, contre les cen­trales nucléaires et la des­truc­tion de la pla­nète, et, très sub­ti­le­ment, contre la dépen­dance de la femme, dans un monde domi­né par le patriar­cat. Jocelyne Curtil n’a pas été en vain l’amie de la chère et grande Thérèse Plantier. Jocelyne Curtil, n’a ces­sé, dans son œuvre poé­tique, d’approcher la réa­li­té glo­bale à par­tir d’un signe déri­soire : un arbre, une goutte d’eau.  Jocelyne Curtil nous dit : « Un poème est une dyna­mique (dyna­mite sou­hai­table), il fonc­tionne par sys­tème d’engrenages, cordes et pou­lies invi­sibles comme… la res­pi­ra­tion, la ger­mi­na­tion, la mer et les cou­rants d’air. Pas facile d’apprécier un poème si ce n’est au nombre et à la pro­fon­deur des har­mo­niques qu’il déve­loppe. »

 

Le comi­té de rédac­tion des Hommes sans Épaules

 

À lire : Le Soleil sous la peau (éd. Chambelland, 1967), Visages pour un lépreux (éd. Chambelland, 1970), L’Herbe du puits (éd. Saint-Germain-des-Prés, 1974), Le Point de non-retour (éd. Saint-Germain-des-Prés, 1975), Paroles du matin clair (L’École des loi­sirs, 1977), Lumière oblige (éd. Chambelland, 1988), Les Vitamines du ciel (éd. Librairie-Galerie Racine, 2001), Sous le roc, le miel (éd. Librairie-Galerie Racine, 2012).

 

 

Quel poi­son a figé les veines de la pierre ?

Dans l’eau dure

et confuse

je suis galet

qui cherche la Source.

 

*

 

Quand la mer mon­te­ra l’escalier

pour décou­per tes épaules

suf­fi­ra-t-il d’un regard

sans peur

pour qu’à tes rives sen­sibles

s’apaise la vague ?

 

 

Jocelyne CURTIL

 

© Les Hommes sans Épaules.

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