> Andrea Moorhead, Sous le signe du totem

Andrea Moorhead, Sous le signe du totem

2017-12-28T15:06:14+00:00

passeur

tu portes un cœur tout en cendres
sec comme les prai­ries d’hiver
doux comme le fil de lumière
que tu tisses des ailes de libel­lule.

 

 

Complicité

Tu m’inventes ain­si
ban­quise de feutre et
pré­ci­pice inon­dé par des micro-ondes.
Quel mys­tère guettes-tu sous mes lèvres
par­mi les muscles et
l’odeur des rives chaudes et som­no­lentes ?
Par quelle nuit par­ti­rons-nous ?
Faut-il ban­nir ce mirage beige
que nous voyons sur­gir
sous notre regard émer­veillé
pour évi­ter l’inévitable
aban­don
des rêves per­dus ?

 

 

Jeu de mort

Je ne com­prends rien de cette musique
qua­si solen­nelle que tu tiens à m’offrir
des cou­chers de soleil inven­tés par des fan­tômes,
ce qu’on dit n’a rien à faire avec toi
tu es far­deau et mys­tère, porte-parole du vide
mon per­mis de conduire aux Enfers,
ce qu’on dit de moi n’a plus de sens
je patine en soli­tude sur les lacs endor­mis
ves­tige du pas­sé à moi­tié sub­mer­gé,
le jour étin­celle et tes pau­pières
s’abaissent de plus en plus,
on dirait que cette musique te tue
t’invente des his­toires invrai­sem­blables
des dis­so­nances enfin libé­rées
ta mélo­die m’agace
me cloue de stu­peur
je ne com­prends rien des cendres
au-des­sus de ton cœur acca­blé.

 

 

Quel corps sera le nôtre

quand la pluie rouge
coule sous le poids
des pierres sou­le­vées
par le vent néfaste ?
Serons-nous de chair et d’eau
ou la nuit nous empor­te­ra-t-elle
vers d’autres royaumes
dans son ventre mauve
où gisent l’ours polaire et
les tou­cans rouges et verts
des grandes forêts incen­diées ?

 

 

précision

les astro­nomes ont déjà mar­qué
l’année où tout a bas­cu­lé
le sens des mots
les liens entre les voyelles et
ton regard effa­ré.

 

 

Sous le signe du Totem

Comme une aile de neige fine
comme une pous­sière gra­ni­tique
fil­trant à tra­vers tes yeux encore ouverts
le vent passe sur nous
met ses longs fila­ments de feu et de froid
tout le long de nos corps gisants.

 

                       *

L’étoile rouge de ta nais­sance
vire­volte au-des­sus du lac
danse autour du totem jaune et bleu
s’accroche dès l’aube à l’écorce du bou­leau
plan­té par le peuple de l’autre rive.

 

                      *

Rive soyeuse et terne
faite d’ombres et de pous­sières
fra­gile mirage incom­plet
où nous retrou­vons
des figures solen­nelles d’animaux sau­vages
aux yeux de cobalt et de lave
il n’y a plus de corps ici
tout scin­tille sous le coup des illu­sions futures.

 

 

apparition

le cerf a gagné les hau­teurs.
nous oublions peu à peu
l’étrangeté de nos regards numé­ri­sés.

 

 

miroirs

tu marches si len­te­ment
que ton regard devient
la pas­soire fugi­tive
des pay­sages abî­més.

 

 

Noyades

La mer me ronge les yeux­dé­vore l’iris avec le sel
de ses miroirs
je ne vois plus que des cris­taux déta­chés
et tu me dis que tout ce silence autour de nous
n’est que rêve et illu­sion
je ne sais pas nager
la terre me hante encore
si mes yeux me trompent
je n’aurai que la voix des sirènes
pour me gui­der aux rives flam­boyantes
de ton asile ima­gi­naire.

 

 

Disparitions

Quand la nuit devient trop friable
et tes mains ne tiennent
que la dis­tance des mots
le silence du sang refu­sé
par la foule indis­crète
nous conti­nuons à sai­gner la lune
extraire de ses silences
la foudre de ton absence.

Présentation de l’auteur

Andrea Moorhead

Andrea Moorhead, de souche alle­mande et nor­mande, est née près des chutes du Niagara en 1947. Elle a pas­sé son enfance dans cette région géo­gra­phique nom­mée Plaine d’Érié et son ado­les­cence dans le Connecticut, près de New York. Elle a étu­dié la phi­lo­so­phie, la théo­lo­gie, la musique et les langues à Chatham University, en Pennsylvanie. En 1972, elle a fon­dé avec son mari Robert, la revue inter­na­tio­nale de poé­sie Osiris, à cette époque la seule revue aux États-Unis à publier les poèmes en langue ori­gi­nale sans tra­duc­tion. Elle col­la­bore à plu­sieurs revues lit­té­raires amé­ri­caines, euro­péennes et qué­bé­coises. Pendant presque quatre décen­nies, elle a ensei­gné le latin et le fran­çais à la Deerfield Academy où elle fut direc­trice de la Deerfield Academy Press. Elle a publié plu­sieurs recueils de poèmes aux Écrits des Forges et aux Éditions du Noroît. Son recueil le plus récent s’intitule À l’ombre de ta voix (Le Noroît, 2017). Elle a fait paraître des tra­duc­tions de poé­sie contem­po­raine, entre autres, Dark Menagerie (Élise Turcotte) chez Guernica Editions et Night Watch (Abderrahmane Djelfaoui) chez Red Dragonfly Press. La poé­sie visuelle la cap­tive éga­le­ment : ses pho­to­gra­phies, qui témoignent de sa connais­sance de la nature, ont été dif­fu­sées notam­ment en Italie aux Éditions Anterem, en France dans la revue Ce qui reste et aux États-Unis dans la revue Abraxas.

© photo Isabelle Poinloup

Son œuvre

En anglais

  • Iris, 1970, poems, pri­va­te­ly prin­ted
  • Morganstall, 1971, poems, Fiddlehead Poetry Books, New Brunswick, Canada
  • Black Rain, 1975, poems, pri­va­te­ly prin­ted
  • The Snows of Troy, 1988, poems, Osiris
  • Winter Light, 1994, prose, Oasis Books, London, England
  • From A Grove Of Aspen, 1997, poems, University of Salzburg Press
  • The Open Gate : Four Deerfield Poets, 1999, antho­lo­gy, pages 109-139, Deerfield Academy Press
  • Deerfield 1797-1997 : A Pictorial History of the Academy, 1997, with Robert Moorhead, Deerfield Academy Press
  • The Hearth, 2003, prose, Deerfield Academy Press
  • The Carver’s Dream, poems, for­th­co­ming 2018, Red Dragonfly Press

En français

  • Entre nous la neige, cor­res­pon­dance qué­bé­ca­mé­ri­caine, 1986, Les Écrits des Forges, Québec
  • Niagara, 1988, poèmes, Écrits des Forges, Québec
  • Le silence nous entoure, 1991, poems, Écrits des Forges
  • La blan­cheur abso­lue, 1995, poems, Écrits des Forges/​​Autres Temps, Québec/​​France
  • Le vert est fra­gile, 1999, poems, Écrits des Forges/​​Autres Temps
  • Présence de la terre, 2004, Écrits des Forges
  • La déchi­rure des mots : poèmes choi­sis de Jean Chapdelaine Gagnon, 2007, Éditions du Noroît
  • De loin, 2010, poems, Éditions du Noroît
  • Terres de mémoire, 2012, poems, Éditions de l’Atlantique
  • Sans miroir, 2013, poems, Encres Vives
  • Géocide, 2013, poems, Éditions du Noroît
  • À l’ombre de ta voix, 2017, poems, Éditions du Noroît

Traductions

  • The Edges of Light, selec­ted poems of Hélène Dorion, 1995, Guernica Editions, Toronto
  • The Caverns of History, poe­tic suite by Hélène Dorion, 1996, Éditions en Forêt/​​Verlag Im Wald, Germany
  • Do Not Disclose This Word, poe­tic suite by Jean Chapdelaine Gagnon, 1997, Spectacular Diseases, England
  • Updates, poems by Françoise Han, 1999, 10 folios, 3-lin­­gual, Éditions en Forêt/​​ Verlag Im Wald
  • Bridges, Dust, poe­tic suite by Hélène Dorion, 2000, Éditions en Forêt/​​Verlag Im Wald
  • Night Watch, poe­tic suite by Abderrahmane Djelfaoui, Red Dragonfly Press, 2009
  • Stone Dream, Madeleine Gagnon, Guernica Editions, Toronto, Canada, 2010
  • Dark Menagerie, Élise Turcotte, Guernica Editions, Toronto, Canada, 2013

 

Sommaires