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Annie Lulu, FOSFOR et autres poèmes

Par |2019-09-06T04:41:28+02:00 6 septembre 2019|Catégories : Poèmes|

tra­jet de sor­tie ultime
étroi­tesse d’une parole tis­sée avec les noms de tous les oubliés
fos­for étin­ce­lant du del­ta de ta langue
mâchoire de l’ouverture
et frot­te­ment du peu­plier lumi­neux
umbra mea cade din spate

 je t’ai tant de fois appe­lé
puis gar­dé caché au céru­men du secret

tré­sor inso­nore
mon butin de nuit

l’ombre me tombe du dos
et l’enfant renou­ve­lée vient au seuil avec le feu
in mij­loc, au milieu
la tête
la racine

c’est la guerre aux fan­tômes

 

DANS L’EXIL LA MAISON

J’ai cher­ché une mai­son, à l’abri de toutes les sortes de bra­con­niers qu’héberge le jour tri­vial. Depuis laquelle dif­fu­ser le spectre d’une langue propre, les jets d’envergure de la vie. J’entends par­fois, je pense aus­si par­fois :
« Dans l’exil la mai­son c’est la langue. »
Nous nous trom­pons : sabir du ban, langue-sépa­ra­tion, parole-un, l’exil est la mai­son.
Fuite par­ta­gée de l’infinité for­mu­lable.
Maison sans murs et sans cui­sine que des pié­geurs bru­taux enfreignent.

 

IL SE PEUT MÊME

il se peut même que tout bien réin­ven­té rien n’ait d’autre ordre que cet agen­ce­ment pri­mor­dial du
souffle avec la nuit
je ne dis pas qu’on va réin­ven­ter l’amour, non
mais écar­ter tout ce qui ne sert pas à sa lec­ture en rap­pro­che­ment répé­té
comme par exemple : le monde de tout ce qui s’échange, la pour­suite de la maté­ria­li­té pour elle-
même, la parole super­flue et vieillir…
annu­lons tout ce qui peut l’être qui nous éloigne du bra­sier de l’aube

 

CHAM

j’irai cher­cher le der­nier enfant der­rière les Lacs
l’avant-mort dans les bas­sins d’émeraudes
je lui dirai Muké, Muké,tu es le fils de ma grand-mère tu es mon père
que la res­pi­ra­tion des morts ne réchauffe plus les tun­nels de l’or les tun­nels du zinc les terres rares
de Cham

 

NOUS NE SERONS PLUS NOIRS

 

Tu ne vois pas
pri­son­nier des teintes alter­nantes

il y a
la joie l’infini indé­ter­mi­né le Retrait

la colo­ri­mé­trie du futur
réin­ven­tion de la dis­pa­ri­tion

nous ne serons plus Noirs
nous serons des alpha­bets.

Du calme.

 

 

 

 

Présentation de l’auteur

Annie Lulu

Annie Lulu est née à Iaşi, en Roumanie, d’un père congo­lais et d’une mère rou­maine. Elle enseigne la phi­lo­so­phie en région pari­sienne. Sa recherche poé­tique tend à faire coïn­ci­der tous ses peuples au ter­ri­toire de l’écriture, invi­tant diverses langues (rou­main, rro­ma­ni, lin­ga­la, hébreu) dans la char­pente d’un fran­çais à la fois raci­nal et exi­lé, qu’elle appelle son Inimă (“coeur” en rou­main, organe et souffle). 

Inimă est ain­si une ten­ta­tive de ras­sem­ble­ment pro­téi­forme des exils bal­ka­nique et afri­cain concen­trée dans un poème. L’instrument fran­co­phone, qui n’est pas sa langue mater­nelle, y est pen­sé à la fois comme sour­dine et des­ti­na­tion ima­gi­naire d’exolangues en per­ma­nente incur­sion.

Chanteuse, ayant gran­di dans la pas­sion du blues, du spi­ri­tual et celle des chants tra­di­tion­nels des Balkans, Annie Lulu est aujourd’hui voca­liste et ins­tru­men­tiste.

cré­dit pho­to Richard Darmon

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