Benjamin Milazzo, Lente agonie aveugle et lumière aspirée

Par |2019-04-07T05:58:45+02:00 4 avril 2019|Catégories : Benjamin Milazzo, Poèmes|

Lente agonie aveugle et lumière aspirée

 

J’arrache au jour l’ennui ; vacant à d’autres nuits. 
Quand voile le soleil une aura adorée,
Plait-il au ciel d’être d’un noir constant ?

Les étoiles sem­blent jail­lir épanouies :
Lente ago­nie aveu­gle et lumière aspirée.

Sous le joug de ces jours, chaque jour se méprend
Comme une forme vive et déraisonnée

De prison arrimée à un triste roui.
Si la nuit se dévoile être libre et rêvée,
Elle m’invite à toi par un mélodieux chant,

Celui de sa rage de vivre au sel qui luit
Aux con­fins inouïs vers d’autres voies lactées.

Tu emplies l’existence, évides l’existant 
Comme un trou noir géant ; ma nuit parachevée.

 

Nos cœurs bâtisseurs peuplés d’incertitude

 

La ligne d’absolue, par­al­lèle à la mienne,
Pour­suit en har­monie sur d’autres latitudes
L’étendu infinie qui sépare nos mondes.

Dans la triste tor­peur d’une règle euclidienne,
Nos cœurs bâtis­seurs peu­plés d’incertitude

Vont au rythme latent qui fond chaque seconde
En caresse du temps lassé de solitude.

L’espace dilaté d’invasions stoïciennes
Pour­suit en har­monie sur d’autres longitudes
L’étendu infinie des larmes qui m’inondent.

L’océan érode jusqu’à ce que survi­enne 
Un vide dans le creux de toute certitude ;

Et la mélan­col­ie me plonge en eau profonde
Quand trem­ble encore au corps ta forte magnitude.

 

Des pollens aiguisés creusent un goût amer

 

Il gèle ce matin sous le soleil doré
D’un print­emps oublié face à cette riv­ière. 
Il coule un courant d’air aus­si clair que fragile.

Dans le vent fébrile, mon souf­fle est rejeté ;
Des pol­lens aigu­isés creusent un goût amer.

La sai­son de l’hiver tourne en monde hostile
Pen­dant que les pis­tils per­cent et me sidèrent.

Par tant de pous­sières qui m’ont fait dévaler,
Désor­mais l’avaler me perd et désespère.
La sai­son out­ran­cière et telle­ment indocile

M’use et rend dif­fi­cile de ne pas oublier
Com­bi­en si éloigné je reste l’éphémère 

Tou­jours en prière qui voudrait pren­dre asile
Auprès de toi, l’exil dirigé vers la mer.

 

 

Au rêve heureux de mon destin ébloui

 

Som­mé de son­ner comme un sin­istre son­net 
Je sif­fle comme un vent étriqué par l’ennui
De devoir atten­dre l’action de déraison !

L’ivre idée de vol­er, en damné, se mêler
Au rêve heureux de mon des­tin ébloui

Pénètre ma vie empor­tant tout par le fond.
Croyez pour­tant qu’il n’y a rien que je ne fuis !

Si même à mes son­nets je mens et les soumets 
Aux tor­tures des césures évanouies,
Sous l’indolente rêver­ie d’une évasion 

Je glisse sur les promess­es de l’aube oublié.
La terre brûlée du gel de mes mots alan­guis 

Se livre par des maux durs comme l’effraction
De tout ce que j’ai construit.
                                                  Je le détruis.

Présentation de l’auteur

Benjamin Milazzo

Né en 1982​, Ben­jamin Milaz­zo dirige le pôle ani­ma­tion, cul­ture et com­mu­ni­ca­tion d’une ville de Moselle, à prox­im­ité des fron­tières avec la Bel­gique, le Lux­em­bourg et l’Alle­magne. Il s’at­tache à créer des ponts entre dif­férentes dis­ci­plines artis­tiques, en fer­vent entremet­teur culturel.

Son par­cours et ses ren­con­tres ont aigu­isé sa pra­tique de l’écriture au cours de ses études de jour­nal­isme et de com­mu­ni­ca­tion mais aus­si ses séjours à l’étranger.

Ben­jamin Milaz­zo écrit pour la presse quo­ti­di­enne régionale une chronique cul­turelle. En 2014 il pub­lie La mélodie d’un sen­ti­ment à l’a­mende, une nou­velle, aux édi­tions Édilivre.

Il tra­vaille actuelle­ment sur un recueil de son­nets qui inter­roge, au-delà de tout académisme, la créa­tiv­ité et la libre réso­nance con­tem­po­raine de la poésie.

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