AU  BORD 

 

Je suis sor­ti dans la rue, les pan­neaux indi­ca­teurs étaient blancs, quelle direc­tion choi­sir ? Suivre cet oiseau qui va d’arbre en arbre ou prendre cette route gou­dron­née ?

Je rêve de fleurs au bout de mes doigts et de feuilles bleues flot­tant sur ma tête, je me nour­ris de pierres pré­cieuses aux mille saveurs.
« Réveille-toi ! »m’a dit dou­ce­ment mon robot ser­veur.
Je m’étais endor­mi sous les ceri­siers prin­ta­niers.

Je me suis levé avec une phrase qui tour­nait comme une valse, sans s’arrêter : « notre beau­té : dan­ser au bord de la mort ! ».

 

 

Photo Eric Jacquelin, Vue de la fenêtre.

LE  GRAND  ARBRE  VOYANT

 

– Nous en sommes à la quatre vingt dix neu­vième Réconciliation, tu sais ce que cela veut dire !
– Euh… Non…
– Comment non ! A la fin de la Centième c’est la fin du monde !
– C’est écrit où ?
– Dans le livre du Grand Arbre Voyant !
– Et les Sept Accords Absolus du Concile des Vingt ?
– C’est fini ! Il y a long­temps, depuis plus d’un an ! La Nouvelle Espérance est le GAV comme s’appelle lui-même le Grand Arbre Voyant ! Le matin à jeun, on boit la sève de sequoia,  puis on s’encrême les mains et le visage d’un onguent à base de lait de coco, à midi on infuse des feuille de hêtre, et au cou­cher on mâche des racines de peu­plier.
– Mais si on en est à la quatre vingt dix neu­vième, la cen­tième arri­ve­ra for­cé­ment…
– Sauf si…
– Si quoi ?
– Si on change les règles.
– Comment ?
– en créant une cen­tième Réconciliation qui fina­le­ment n’aura pas de fin.

 

 

 

L’ÉCHELLE  CÉLESTE

 

« Ce matin, j’ai appuyé mon échelle sur un nuage, et j’ai cueilli l’espoir, l’amour et la fra­ter­ni­té », m’a dit le jar­di­nier en ren­trant dans la cui­sine, et en posant sur la table une mangue, une pomme et une orange.

« De ces trois fruits, naî­tront la véri­té », lui ai-je répon­du, en les éplu­chant et en les cou­pant en quar­tier avant de les savou­rer.