Estelle Fenzy, Norwegian Wood

2017-12-28T00:10:50+01:00

La forêt en son som­meil se rassem­ble après toi. Son œil fugi­tif mord les cimes. Super­pose les rayons.
Ce sont de muettes effu­sions. Dans une lumière en sourdine.
Et tout à coup – la nuit.
La forêt pleine à nou­veau. Unie, mousse et rideau. Espace éper­du, éche­veau de légendes.
Comme, au fond de soi, l’entière orig­ine du cœur ani­mal. Délesté de ses peurs.

 

*  *  *

 

Automne indi­en.
Comme elles sont hautes les fougères. Vagues rouss­es, mille doigts. Danse du sang.
Comme tu es petite mon enfant. Naufragée docile dans ton châle de laine. Tu n’es pas per­due – ou c’est sans un cri.
Tu as la forêt à vivre. Qui douce­ment te mange.

 

*  *  *

 

Tu te caches les yeux avec les mains. Existe-t-il un mot pour ce geste ?
Tu gardes le monde à l’intérieur. Bleus, les yeux le monde, sous les mèch­es de cheveux qui bougent.
Tu sais déjà les défauts de présence. Le vent qui court à sa perte. La lumière arrêtée dans les choses. Les longs abîmes où le corps tombe en s’endormant.
Tu dis c’est dans le noir les plus belles ren­con­tres. Puisque tout est frag­ile à présent. 

 

*  *  *

 

Après la neige – à peine.
A vingt cen­timètres du sol, des champs de lunes con­sumées. Cré­pus­cule accroché aux aigrettes.
Déjà les prés bruis­sent. Les petites bêtes de la nuit s’ébrouent.
Patrie du souf­fle au bout des doigts, tu fais des vœux d’étoiles filantes. De bou­tons d’or.
L’asile, la fête. Une explo­sion de luci­oles, de fleurs traversées.

 

*  *  *

 

Ma douce ma joli­ette, pourquoi couds-tu ta robe sur ta peau trans­par­ente ? Tu te tiens close. Ton vis­age se tait.
Il y a pour­tant comme un bruit de porce­laine. De tasse ébréchée dans l’évier. Est-ce ta col­lec­tion de coquil­lages, remuée sur le cou­vre-pieds de laine ?
Ou tes plumes d’argile blanche, tombées une à une sur le car­relage et tes pieds nus.

 

*  *  *

 

Présentation de l’auteur

Estelle Fenzy

 Estelle Fen­zy est née en 1969. Après avoir vécu près de Lille puis à Brest, elle habite Arles où elle enseigne. Elle écrit depuis 2013, des poèmes et des textes courts.

Pub­li­ca­tions en revues : Europe, Sec­ousse, Remue.net, Ce qui Reste, Écrits du Nord (édi­tions Hen­ry), Microbe, Les Car­nets d’Eucharis, Terre à Ciel, Recours au Poème, Décharge, Pos­si­bles, FPM, Revu, Teste.

Publications

  • CHUT (le mon­stre dort) aux édi­tions La Part Com­mune (2015)
  • SANS aux édi­tions La Porte (2015)
  • ROUGE VIVE aux édi­tions Al Man­ar (2016)
  • JUSTE APRÈS aux édi­tions La Porte (2016)
  • L’ENTAILLE et LA COUTURE aux édi­tions Hen­ry (2016)
  • PAPILLON aux édi­tions Le Petit Flou (2017)
  • MÈRE aux édi­tions La Boucherie Lit­téraire (2017)
© photo Isabelle Poinloup

Anthologies

  • SAXIFRAGE, dans Terre à Ciel, ini­tiée par Sabine Huynh
  • MARLÈNE TISSOT & CO, édi­tions mgv2>publishing
  • DEHORS, édi­tions Janus (juin 2016)
  • LESSIVES ÉTENDUES, dans Terre à Ciel, ini­tiée par Rose­lyne Sibille

Livre d’artiste

  • PETITE MANHATTAN, dans Le Monde des Villes, Brest 2, avec André Jolivet, édi­tions Volti­je

Revue d’artiste

  • CONNIVENCES 6, édi­tions de La Marg­eride, avec aus­si des poèmes d’Alain Freixe, des pho­togra­phies de Rémy Fen­zy et des pein­tures de Robert Lobet

Poèmes choi­sis

 

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