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Le Chant de La Vieille

Par |2018-10-18T22:34:10+00:00 16 janvier 2014|Catégories : Blog|

Corps tor­du
Incendie
Calcinée
Je suis

Soumise
Tel fut mon sato­ri
Ma beau­té demeure
Hors de ta por­tée

Vie et mort
J’ai la connais­sance
Des pro­fon­deurs
C’est pour cela
Que le ser­pent m’a aimée

Toutes les bêtes
M’ont appri­voi­sée
Pattes griffes
Plumes toi­sons
Je règne ani­male
Sur toute la créa­tion
Ma flèche touche au cœur
Tout pré­da­teur nom­mé homme

J’ai ini­tié bien des peuples
Qui m’ont nom­mé lunaire
De la génisse à la bre­bis
Pour m’asservir
Nombres de lois
Ont été dic­tées
Mais joug après joug
Je demeure l’Indomptée.

Je parle la langue des oiseaux
Qui lisent dans mon cœur
Les mau­vais augures
Ne portent pas de plumes
Mais des bâtons cra­cheurs de feu
Des cou­teaux et des bombes

Au com­men­ce­ment des temps
J’étais déjà pen­chée
Sur le ber­ceau de l’humanité
En moi était conte­nue
L’empreinte de toute forme
Et la mémoire des abysses

Ma puis­sance est immense
Je suis la porte des mondes
Je suis le cobra
Prends garde humain
Si tu ne res­pectes pas l’équilibre
Tu seras balayé pul­vé­ri­sé

A genoux homme
Ferme les yeux
Ouvre ton cœur
Ton sexe est sacré
L’as-tu donc oublié ?

Allez viens dan­ser avec moi
Sens-tu sous tes pieds
Le fris­son des racines ?
Sens-tu le rythme du vent
Les tour­billons de la sève ?
Viens dan­ser avec moi
Viens sen­tir l’étreinte
Et la lune dans nos veines

Je connais les par­ti­tions du fris­son
Et les passes secrètes
Qui font du plai­sir
Un art sacré

Je connais les pay­sages inté­rieurs
Des quêtes et des illu­mi­na­tions
Vers le nord hypo­thé­tique
Je vois au loin sur les plaines
La lente péré­gri­na­tion des hommes

Pour se connaître
Il leur faut péné­trer la terre
Eriger des totems
Pour ense­men­cer les cieux
Mais ils se trompent
Et n’encensent
Que faux dieux.
Pour me connaître
Qu’ils suivent la piste
Féline.

Ils pour­ront me trou­ver aus­si
Nue et lisse au creux des pierres
S’ils posent leur oreille
Contre les os de la terre
Ils enten­dront battre
Mon cœur

Je suis l’innocence faite chair
Mais ne te laisse pas ber­cer
Par la dou­ceur de mes courbes
Une part de moi ne dort jamais
Sous le regard de l’Eveillée
Tu es nu comme un nou­veau né

Mystère et magie
Art des sal­tim­banques
Depuis le début des temps
J’accompagne les nomades
Car mon nom est mou­ve­ment.

Je suis la pre­mière et la der­nière
Sœur amante mère épouse
Je suis toutes en Une
Et Une en toutes
Je suis la Voie du cœur
La voix enchan­te­resse

J’ai pou­voir de vie et de mort
Tant de fois j’ai enfan­té les ténèbres
Huilé la nuit de mon corps
Je suis le ser­pent pri­mor­dial
Qui enla­ce­ra le monde.

Après tant de siècles à m’humilier
Comprendras-tu enfin ?

 

Inédit 2009

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