Un poème inédit de Giancarlo Baroni, ins­pi­ré d’un texte d’Enrico Furlotti, poète de Parme né en 1930, tiré du recueil publié chez Mondadori en 1967. Le poète Luca Ariano lit ces textes en V.O et la vidéo de Marilyne Bertoncini pré­sente à la suite leur lec­ture en Français, dans sa tra­duc­tion : tres­sage de voix et de culture.

à lire sur le blog minotaur/​A

 

 

 

Avrei volu­to chie­dere a mio padre

se da gio­vane ave­va conos­ciu­to

il came­riere poe­ta Enrico Furlotti

che gira­va il mon­do sulle navi

e se quel Mario

che Furlotti ave­va nomi­na­to

in una poe­sia sui bor­ghi dove sono nato

era per caso lui. Mi avrebbe ris­pos­to

am ricor­di pu non mi ricor­do. Quelli del’24

por­ta­va­no un far­del­lo sulle spalle

che spes­so gli impe­di­va di par­lare.

 

 

 J’aurais vou­lu deman­der à mon père

s’il avait connu dans sa jeu­nesse

le maître d’hôtel-poète Enrico Furlotti

qui par­cou­rait le monde sur les navires

et si ce Mario

que Furlotti avait cité

dans un poème sur les quar­tiers où je suis né

ce pou­vait être lui. Il m’aurait répon­du

am ricor­di pu j’me sou­viens plus. Ceux de 24*

por­taient un far­deau sur les épaules

qui sou­vent les empê­chait de par­ler.

 

                             ∗∗∗∗∗∗

 

Ho sapu­to che anche Nino il ros­so è

mor­to e gli altri non sono più gli

stes­si di quel lon­ta­no mat­ti­no che

ave­vo gio­ca­to con Mario a rami­no

all’Orientale : ave­va per­so anche lo

spol­ve­ri­no e le lo ero mes­so io. Era

pri­ma­ve­ra e c’era un simile ven­to, il

gior­no pro­met­te­va bene, in piaz­za

c’ero io, lui Okay e Medeo oggi

dot­tore, quel tem­po ami­co moi e il

monu­men­to. Si pas­sa dal rac­con­to alla

risa­ta, ci si incam­mi­na, si fan­no due

pas­si. Passa la bion­da, la salu­tate

con il nome che tut­ti san­no e non la

conos­cete. Si dis­cute da bor­go delle

Colonne fino a via Saffi ; nell’osteria

d’angolo andia­mo tut­ti a sedere.

Mario rac­con­ta : era notte e si vole­ra

bere « for­za » e giù la por­ta del bar

tan­to era di moi padre -. Okay disse

fac­cio pres­to, pri­ma di tor­nare con

due limo­ni, due etti d’olio e due

kili di caval­lo pes­to ; il pane ce

l’aveva l’oste e chine quat­tro teste

man­gia­va­no come le bes­tie.

Enrico Furlotti

 

J’ai appris que Nino le rouge lui aus­si est

mort et les autres ne sont plus les

mêmes qu’en ce loin­tain matin où

j’avais joué au rami avec Mario

à l’Orientale : il avait per­du même

son imper­méable et je me l’étais mis. C’était

le prin­temps et il y avait un tel vent, le

jour s’annonçait bien, sur la place

il y avait moi, lui, Okay et Medeo deve­nu

doc­teur, mon ami à l’époque et le

monu­ment*. On passe du récit au

rire, on marche, on fait deux

pas. Passe la blonde, vous la saluez

avec le nom que tous connaissent sans

la connaître. On dis­cute de bor­go delle

Colonne jusqu’à via Saffi ; au bis­trot

du coin on va tous s’asseoir.

Mario raconte : c’était la nuit, et on vou­lait

boire « allez » et bang la porte du bar

– mais c’était celui de mon père – . Okay dit

je fais vite, avant de reve­nir avec

deux citrons, deux cents grammes d’huile et deux

kilos de che­val haché : le pain on l’avait

sur place et bais­sées quatre têtes

man­geaient comme des bêtes.

Note

  • 1924 : trai­té de Fiume, mon­tée du fas­cisme (élec­tions du 6 avril), enlè­ve­ment et assas­si­nat de Matteotti, secré­taire du par­ti socia­liste et dépu­té d’opposition, par les fas­cistes (juin) , limi­ta­tions de la liber­té de la presse (10 juillet)…

 

 

Photo de une : Giancarlo Baroni