Aragon : « Vous pou­vez brû­ler tous les mots sans expli­quer ce qu’est le feu »

La nuit, sou­dain, est une sirène 
Un ano­nyme dans une ambu­lance
Un char qui file sur un front incon­nu
Seul un gyro­phare fou griffe le silence

La clar­té déme­su­rée du jour, ce bleu 
Un peu trop pur défie­raient-il nos peurs ?

La Mort, par­tout, ânonne sa leçon
Deux canards impro­visent pour­tant 
Un défi­lé devant La Comédie fran­çaise 

Paris n’est plus une fête 
Fallait-il en faire un pur­ga­toire ? 
Encore un pas et c’est l’enfer 
Dante n’en revien­drait pas

Pour toute musique, l’Italie pleure 
Dans sa chambre mais chante au bal­con
La France ne pou­vait qu’applaudir

Nous appre­nons à perdre et cou­rir
Depuis l’Antiquité, la parole des anciens 
S’effrite comme la craie, sans un cri

Artemis bran­dit son arc
Avenue des Champs-Elysées
Sur le Vieux-Port de Marseille 
On guette son arri­vée, en guise 
De gué­ri­son, un badaud bavarde avec
Les baleines qui fai­saient grève et 
Balayent la mer près du Frioul
L’Archipel a des airs d’Arcadie 

Par la fenêtre, des pigeons s’aiment 
La plus haute branche d’un pla­tane 
Fait office de per­choir pour annon­cer
La suite, le feu d’un été déjà bles­sé 

Drôle de sai­son pas­sée à attendre
Un ange, ce couple d’équilibristes 
Qui a le ciel pour témoin et un mes­sage
Prudent : point de pré­lude au para­dis !

 

Photo Nicolas Dutent.