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Poèmes (extraits), Toiton

Par | 2018-02-24T01:23:53+00:00 5 avril 2016|Catégories : Blog|

 

 

LA DERNIERE OEUVRE DE PHIDIAS

 

(publi­ca­tion pré­vue en mai, chez Encres Vives)

 

Phi-dias

 

Dans l'îlot clair décou­pé par la lampe

au creux de la ténèbre où ma pen­sée te cherche

Je trace       la caresse

de ton nom

 

Ombre face à la mer

chaque fois que je t'aperçois

dans le ciel pal­pi­tant

tu es le cœur d'une rose immense

qui s'abreuve dans l'eau

puis s'engloutit

 

Les ombres s'allongent et la sourde rumeur

des vagues

ron­flant comme à l'oreille émer­veillée

contre la bouche de por­ce­laine

marine

est réson­nante tem­pête au creux

de ma tête

 

Puis un vacarme de son­nailles

les aigus cris des pâtres

      oiseaux ébou­rif­fés

s'envolant en rires d'hirondelles

par-des­sus le sec mar­tè­le­ment

des cailloux       du che­min

 

A l'heure où rentrent les trou­peaux

Phidias

Tu es cette ombre immense

qui sub­merge le ciel

puis la mer

et mon âme

 

 

 

#

 

 

Phi-dias ! Phi-dias !

 

Chantante et pure et claire

la voix d'un enfant s'élève dans le soir

 

et les deux syl­labes de ton nom s'élancent  –

glis­se­ment de plumes sem­blable aux ondes

en sur­face des eaux

que cingle la mouette en son vol pré­da­teur.

 

Phi-dias ! Phi-dias !

 

Au fil de la voix qui chan­tonne

enfin tu t'es pris

et lent        len­te­ment        tu remontes

de l'ombre       de la mer

vers la mai­son

 

 

 

#

 

 

 

Phidias

 

Te pren­dras-tu au piège

des signes que je trace

mailles d'encre tis­sées à l'heure où je

dis­pa­rais

han­tée de choses indis­tinctes

qui s'entremêlent      se confondent

– dia­phanes et poreuses

avant d'absorber les marges

de la nuit

qui peu à peu             les alour­dit

et ferme       sa pau­pière

 

 

 

#

 

 

 

LES NOMS D'ISIS (extrait)

 

Dans les limbes du temps

sui­vant

le vain et flu­vial ondoie­ment

du Nil

elle cher­chait

spar­siles graines étoi­lées dans le chaos des mondes

ses membres

dis­per­sés

 

*

 

Au limon où vacantes

les formes s'anihilent

elle inven­ta alors

ce qui man­quait au nom

 

O

siris

 

la ronde outre d'où croît

filial et coa­les­cent

le grêle iris

 

ou

 

Rien

 

signe à l'état pur

 

Abîme

sans prin­cipe ni fin

miroir au fond duquel

 

oiseau-péle­rin

 

tu com­prends que ce nom

était déjà

 

le Tien

 

 

 

*

 

 

 

TOITON

 

Juin

 

Un éclair scin­tille chaque soir vers le cou­chant

chaque fois dif­fé­rent

 

Avant l'arrêt du train

je guette la balise

en sur­plomb

le pin au tronc tor­du sou­li­gnant l'horizon

l'ourlet des tuiles rondes et rousses au pan de mur déli­mi­tant l'apparition.

 

Parfois le train dépasse le toi­ton

reste à le devi­ner

recom­po­ser les ligne radiées qui enserrent le lieu  

dont il est le moyeu

à tra­vers la fron­dai­son d'ombre des buis­sons.

 

D'autres fois la vitesse laisse à peine le temps

d’une impres­sion de tache plus claire à peine

que la mer sur laquelle miroite le zinc

de ses tuiles

 

Est-ce le toi­ton

ou papillo­tant à tra­vers les branches

un reste des braises du cou­chant ?

 

Fantasque et inac­ces­sible

est-ce lui sous l'arbre demi-mort

où tremblent les ombres d’argent des oli­viers

leurs rejets jaillis­sant sur le mur gris

où s'agrippe la ronce ?

 

Si je le voyais par­fai­te­ment  

je pour­rais décrire la forme

– que j’imagine ronde –

de son toit métal­lique

Les tuiles mates et plates semblent

– de la dis­tance où je suis –

pro­lon­ger l’alignement d'écarlate syn­thé­tique

du muret

qui le cache  

 

regret des tuiles ver­nis­sées qui ont d'abord ber­cé mon

ima­gi­na­tion.

 

Au som­met du toi­ton

un petit vais­seau de métal décou­pé girouette

tour­né vers le large

infime détail sou­vent caché par le pin para­sol

et dont je me demande com­ment

il ne s'est pas encore réso­lu à rejoindre le large

qu'il pointe déses­pé­ré­ment.

 

 

 

*

 

 

 

Septembre

 

Le toi­ton me fait défaut

 

Derrière les fron­dai­sons luxu­riantes

hap­pé par l'excès de lumière

qui fait cli­gner les yeux au miroir de la mer

sur laquelle tout réflé­chit et se perd

 

je tente en vain de le

sai­sir

il m'échappe

autant

que le vire­vol­tant navire

 

A-t-il enfin rejoint le large ?

 

 

 

*

 

 

 

Novembre

 

Sur l'étal d'un bro­can­teur

un bateau de zinc me fait signe

 

Qu'il est petit

empen­né sur sa flèche de fer

misé­ra­ble­ment loin de la mer et du vent

 

Est-ce lui ?

.

Arraché au toi­ton – par quelle bour­rasque ?

 

Echoué dans le vétuste bric-à-brac

sous le froid soleil du matin qui givre l'haleine

et les doigts

 

est-ce moi qu'il attend     ?