Le temps paraît en sus­pens, hési­tant entre l’hiver de glace et un prin­temps qui tarde à naître. Les arbres semblent éti­rer leurs bran­chages en sup­pli­ca­tion au ciel d’un peu plus de clé­mence pour les frères humains, à l’épreuve de cet entre-deux, entre deux sai­sons, entre deux mondes, celui déjà ancien d’une civi­li­sa­tion arro­gante en perte de repères et celui à venir, d’un autre ave­nir à abor­der, par de nou­velles manières de vivre, à bri­ser le car­can de nos vieilles habi­tudes égoïstes ayant conduit aux impasses que nous vivons désor­mais, et à tra­cer des modes d’êtres atten­tion­nés, des rela­tions plus authen­tiques qui repla­ce­raient l’humain dans son rôle cru­cial de gar­dien vigi­lant, veillant alors à évi­ter la chute en cours, seule­ment dépo­si­taire de la vie, de tant de vies, de tant d’autres vies à sau­ver de cet épi­sode infer­nal qui ne sur­prend plus per­sonne tant les thèmes des médias semblent rabâ­cher l’alerte : « réchauf­fe­ment pla­né­taire », « dis­pa­ri­tion des espèces », « pan­dé­mie » ? Dans ce laps inter­mé­diaire, retrou­ve­rons-nous la clar­té ? Que telle visée demeure la lueur de nos gestes, le nerf de nos pen­sées, en pré­lude ardent à la méta­mor­phose tant sou­hai­tée…

 

Clarté,
clar­té de l’aube,
clar­té de l’aube nais­sante,
soleil levé sur une terre vibrante
où sur la pierre
la révolte
se trouve
gra­vée.

Les rayons appa­raissent
et tout autour demeure
le car­can des heures
mais au fond de l’être
s’illumine
l’aspiration
à une vie plus digne.

Clarté,
clar­té de l’aube,
clar­té de l’aube nais­sante,
jour sou­ve­rain
à même de tra­cer ses contours sal­va­teurs.

Clarté du mur qui se fend,
clar­té de l’instant,
clar­té du temps,
clar­té de chaque seconde,
clar­té de l’air vif,
clar­té du ciel bleu.

La tié­deur du matin
augure d’âpres luttes
contre tout ce qui humi­lie,
mais en toi, en moi,
se loge la flamme
à conju­rer l’horreur.

La terre a recon­quis
la pré­cieuse incise
conviant
à écar­ter le sort.

La rosée annonce
le ruis­sel­le­ment des eaux
qui irri­gue­ront les val­lées sau­vages
pour que germe la graine de la liber­té.

Clarté du che­min,
clar­té de l’étoile,
clar­té de la cha­leur,
clar­té de la joie,
clar­té de l’ami,
clar­té de l’aimée.

La lueur retrou­vée
est ce noyau de sens
à gar­der au fond de soi
comme un éclat.

 

 

Photo Marilyne Bertoncini

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Rémy Soual

Rémy Soual, ensei­gnant de lettres clas­siques et écri­vain, ayant contri­bué dans des revues lit­té­raires comme Souffles, Le Capital des Mots, Kahel, Mange Monde, La Main Millénaire, ayant col­la­bo­ré avec des artistes plas­ti­ciens et rédi­gé des chro­niques d'art pour Olé Magazine, à suivre sur son blog d'écriture : La rive des mots, www​.lari​ve​des​mots​.com Parutions : L'esquisse du geste sui­vi de Linéaments, 2013. La nuit sou­ve­raine, 2014. Parcours, ouvrage col­lec­tif à la croi­sée d'artistes plas­ti­ciens, co-édi­té par l'association « Les oiseaux de pas­sage », 2017.