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Sahara

Par | 2018-02-23T21:21:25+00:00 10 mars 2013|Catégories : Blog|

 

Pour Michèle et Pierre Latour,
de Villeneuve/​Lot.

Pour Sylvie Dufranc
de Labrède-Montesquieu.

 

I

Désert !
Par quelle voix divine chan­ter ton nom divin qui se déplie à l’infini
vierge et majes­tueuse lumière d’or enrou­lée comme un tur­ban
éten­due de sable res­plen­dit de l’aube au cré­pus­cule, ô miracle !
l’horizon s’incline dune après dune, les cieux enso­leillent ton soleil.
 
Graine semée :
Il faut tout le silence pos­sible des mots
pour dire ton nom

Désert !
Tu ne t’appelles pas, point n’est besoin de nom­mer le corps de ton âme
le puits spi­ri­tuel dont le cha­meau est la corde a les reliefs de ton nom
le ciel n’a de signe que pour l’esprit visible de tes nuages sans larmes
tu es l’offrande bien­fai­sante, œuvre qui point ne désac­corde le silence.

Graine semée :
Ici, lorsque tu attends Dieu,
tu ne perds pas ton temps.

 

  
II

Désert !
A l’aune des com­men­ce­ments, Dieu créa ton visage noir et blanc
il te nom­ma dès l’instant où la lune, com­blée, se retire dans le soleil
Sahhara, Ténéré, Sahel, ultimes vocables natifs des langues de ton sol
terre des hommes, tu connais l’énigme du silence des pierres.

Graine semée :
Qui ne connaît pas le silence du désert
ne sait pas ce qu’est le silence

Désert !
tu es mère des Garamantes, nos ancêtres maîtres des oueds
tu es mère des mers, océan des pois­sons de sable, mire des mirages
d’oasis aux rives blanches et noires : elles sont au nombre de tes fils
Sahara ! L’âme qui te contemple les yeux fer­més tient de ton sang.

Graine semée :
C’est dès l’aurore que l’on recon­naît
la bonne mati­née

 

III

Désert !
J’ignore le Tifinagh ! Mon chant qui te chante par ta voix l’entend 
qui­conque est né sur ton sol repo­se­ra dans ton sol : me voi­ci !
je m’incline, je t’évoque et j’écoute mon corps en ses veines ensa­blées
songe par­mi les songes : à l’homme bien né, un signe suf­fit, je suis de toi ! 

Graine semée :
Peut-on blâ­mer un homme qui d’instinct
recon­naît sa terre ?

Désert !
Frères nomades des cara­vanes, du lac Tchad, et des loin­tains cam­pe­ments
Donnez-moi la patience d’être Bédouin, Toubou, Touareg, Sahraoui
et vous autres Maures, Haoussas, Arabes, Peuls et Berbères du Mzab
révé­lez la divi­na­tion, faites que chaque trace trouve indice sur le sable.

Graine semée :
L’aveugle qui arrive par­mi les siens
ne cherche pas le che­min. 

 

IV

Désert !
Pas un jour sans le souffle de vie au-des­sus des  mer­veilles du monde
bal­let du siroc­co, tour­billon d’harmattan en bour­rasque du kham­sin
la vipère à cornes trace des ali­zés de sable en vagues de sable
vent du cos­mos au des­tin des guel­tas, mon­tagnes, erg, reg et seb­kas.

Graine semée :
Vent du désert au visage
rend l’homme sage

Désert !
Sous le toit de ton ciel, voi­ci Monod le fou en quête de sa foi
mar­chant par­mi les étoiles, défiant l’inquiétante pas­sion des mirages
Monod désire le soleil, pas l’éclair ! pareille à la sève dans la tige
Monod bao­bab de l’homme dans l’âme du cos­mos, ne bouge plus !

Graine semée :
Le sage sur terre
est comme l'or dans la mine. 

 

V

Désert !
Sahara désert des déserts, ber­ceau des migra­tions sécu­laires
puisque que ton sable est éter­nel, la mémoire du monde est éter­nelle
depuis le Toumaï du Sahel, depuis Lucy, depuis le Ra des pha­raons
tes mon­tagnes qui sou­lèvent la foi délivrent l’espoir aux pèle­rins.

Graine semée :
Celui qui a bonne mémoire
n’est jamais pauvre.

Désert !
Création des Dieux, te voi­là par la main de l’homme deve­nue terre bafouée
d’enlèvements d’otages, de com­bats d’Amgala, de Tombouctou, ô Tibéhirine !
par quel doigt dési­gner cette épave échouée au mas­sif de Termit, ô ma peine !
et qui dira le crime des essais nucléaires sur le sol d’Hamoudia, ô ma tris­tesse !

Graine semée :
Nul ne connaît
l'histoire de la pro­chaine aurore.

 

Bègles, le 19 février 2012