Le froid     

 

Un hiver étrange
veut ron­ger
le fleu­ris­se­ment de mars,

 il blan­chit notre vue
ren­verse les sens
des­cend en nous le froid,

 un virus per­fide
hante  le monde,
fait des ravages,

fait sor­tir de ses gonds
le natu­rel quo­ti­dien,
le fait enra­ger,

il per­turbe
notre  fleu­ris­se­ment pur
de son cri noir de cor­beau.

 

      27.03.2020

 

Échelle fleu­rie

 

Aucun trem­ble­ment
ne peut arrê­ter le bour­geon­ne­ment,  
mys­té­rieux et fra­gile,
il glisse dans notre regard,

 creuse le froid
des os de l’hiver,

 un arbre vert
pousse en nous,

 tend ses rameaux telle une échelle
fleu­rie sur laquelle on grimpe. 

 

         27.03. 2020

 

 

 

Une autre vue

 

Le silence de l’herbe fait trem­bler
la tris­tesse de mars,

il s’écroule dans les rues désertes
ou cache quelque chose, 

dans nos regards, l’herbe fra­gile,
cares­sée par le soleil,

les feuilles vertes des rameaux
éclosent dans nos artères, 

les bour­geons nous tra­versent,
leur fris­son nous crève l’écorce, 

le vert de la feuille, un appel
sur notre rétine,

un oiseau vert-bleu
s’accroche à notre pupille,

nos yeux com­mencent à nous voir
flâ­ner sur d’autres voies,

sur des rives bruis­santes,
l’oiseau-lyre dans le sang.

 

       27.03.2020

 

 

L’arbre enchan­té

 

Dans une chute libre,

par-des­sus des miettes de vie,
des lam­beaux de rêve,

tu rêves peut-être,

tout en t’éloignant de toi,
des hori­zons ron­gés,

tu fran­chis des seuils bas,
tu rentres sous la terre,

mais c’est une terre si  étrange,
les racines te poussent dehors, 

à l’ombre de l’émeraude
de l’arbre enchan­té,

l’oiseau du para­dis
danse.  

 

        26.03.2020

 

 

 

 

 

Sur le sable de mon île 

 

Je veux que le cau­che­mar cesse,
la culbute  de la boule malade
qui nous a  éloi­gnés,

pour te par­ler de mon  île
où j’ai fait un brin de cau­sette
avec la soli­tude et le ciel de dedans,

je priais que tu sois plus près,
que tu nages dans ma mer,

ici, les arbres bleus,
ali­gnés le long du sen­tier,

ondoient le sable colo­ré
de leurs ombres lumi­neuses,

le souffle de l’onde est pur,
le bord de quartz nacré,

le ciel secoue ses étoiles
sur ma chau­mière,

dans le silence, tout autour,
seuls mes mur­mures,

et le sable sur lequel je t’écris,
de l’amour, de la soli­tude,

du silence de mon rivage
où tu arri­ve­ras un jour. 

 

                         25.04.2020

 

 

 

 

 

 

Photo de Marilyne Bertoncini.