1.

 

Cette année les héli­co­ptères
Au-des­sus des oyats,
Bruit des pales sur le souffle du vent,
Vont balayer la jog­geuse,
La terre à terre, le poète au regard franc,
Les soli­taires éga­rés dans les dunes
À la hau­teur de l’horizon – fin des marines.

Cette année, mon vieux prin­temps,
Tu l’attendras impa­tient,
Le retour de tes enfants,
Car il a dit, le Président :
“Point de chants, points de cerises,
Point de danses sous les arbres,
Point de bleus dans les magno­lias – c’est la crise.”

Cette année, non, ce ne sera pas leurs pas,
Mais bien l’ordre des machines
Qui for­ce­ra les sternes à par­tir,
Les gorges à rou­gir, et les pauvres n’auront qu’à mou­rir>
Dans le désert des rues
Ou l’absence des lits
Qu’un jour nul n’a plus vou­lu payer.

Cette année c’est le mot guerre
Qui a refer­mé le bois
Sur la peau des pan­tins,
Percuté de son écho le noir tis­su des ombres
Et le théâtre des gestes bar­rières ;
À l’envi dans la volière
Les pigeons vous le répètent :

Au nom du père et de l’alma mater,
Cette année pro­té­gez-vous,
Le virus est l’ennemi, l’adversaire est l’invisible.
Mais la Science et l’État vous pro­tègent,
Dormez, res­tez chez vous !
Pour vous nous comp­te­rons les jours
En même temps que le nombre des morts”.

Alors, tous les soirs à la même heure,
Des per­ruches aux regards macabres
Applaudissent à la fenêtre
L’écroulement de la démo­cra­tie,
Élèvent au-des­sus de l’Amazonie
L’enfeu du ciel
Et les cla­meurs de la mer – pol­luée !

Elles assistent, impuis­santes,
Au bra­sier des liber­tés,
Au cré­do de la jouis­sance
Et du pseu­do-pou­voir
De consom­mer sans limites,
Sans souf­france,
Le suc de la Putain Lactée.

Le monde est deve­nu pauvre
Et pour­tant riche est la terre,
Peuplée de légendes,
Gonflée de mines,
Gorgée de fou­gères et de grands fleuves.
Mais des babouins vêtus de blouses
Ont repeint les murs en blanc.

Leurs yeux te dealent un gros cal­mant,
Un uni­forme uni­ver­sel,
Car tu n’as plus le droit d’apprendre
Ou de mar­cher sans diplôme,
Sans un papier dans ta poche
Et la pro­tec­tion sacrée
D’une prise en charge indi­vi­duelle.

Tu sens dans l’air brun
Ce je ne sais quoi de mor­bide.
Telle odeur d’épave ou tel sem­blant de rhum
T’évoquent le par­fum têtu de la pira­te­rie
Cependant que flotte une chose
Qui serait l’oubli de la résis­tance
Et le triomphe de la dic­ta­ture.

Car le virus n’est pas l’ennemi,
Ce n’est ni la mort,
Ni la vie –
Sur la branche, si beau
Tu joues les équi­li­bristes, éprou­vant les cou­leurs
Sur les ronds de tes jambes
Et les plis de tes hanches.

 

à suivre…

 

 

 

 

Photo Thomas Demoulin.