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Blanche, De drôles d’oiseaux et autres slams

De drôles d'oiseaux

 

On voit de drôles d’oiseaux échoués sur nos plages
De drôles d’oiseaux !
Ils ont de l’écume plein les plumes
Ils ne bougent plus
Du sel plein les yeux qui ne s’ouvrent plus
...Au moins ils ne souffrent plus

Leur ramage se rapporte à leur plumage
On voit de drôles d’oiseaux
Qui arrivent par vagues
Corps mourants qui dansent
Bal atroce
Ils viennent chanter sans voix
Nous parler d’espoir et d’errance
De leur avenir pris dans des ronces
Ils viennent perdre nos regards dans l’vague
Et Bam ! En réponse
On ferme nos ports
Nos cœurs, nos portes
Ils s’enfoncent

Je revois ce petit rouge gorge
Allongé sur le sable
De loin on dirait la ruine d’un monde qui fait l’mort
Oui mais de près c’est un enfant
Qui dort qui dort
Petit prophète deplumé
Craché par la tempête
Minuscule poète
Petit rêve depouillé

On voit de drôles d’oiseaux échoués sur nos plages
Avant sur la rive
on trouvait des bouteilles et on lisait les messages
Mais les prières roulées dans des flacons de chair
On préfère les laisser couler
On laisse les chagrins se noyer
En pleine mer
Y’a tant de sos qui s’perdent
En pleine merde
D’oiseaux messagers qui viennent se crasher sur nos ombres
Et on oublie qu’dans c’monde
On est tous mi-grands mi-p’tits
Mi-grands mi-p’tits

Nous, On voudrait se reposer de nos soucis
Le plus loin possible des bains d’sang
Et ça s’comprend
Ici on d’vient barges alors comment devenir berges ?
On peut pas voir large
On peut que gamberger, se murger
Et puis, Bâtir des murs qui dissimulent mal le murmure de l’animal
Pour oublier que dans c’monde
On est tous mi grands mi p’tits
Mi grands mi p’tits

En restant mutique on s’mutile
En même temps que dire ?
J’me sens si impuissante c’est épuisant
Comment être utile ?
Ni mystique ni politique
Mon seul pouvoir est poétique
Et ce soir très hypothétique
Peut être que mon premier devoir
C’est juste de voir
Et de dire ce qu’en penserait
La petite fille que j’ai été :
Y’a des hommes à la mer
Des enfants en bas âge à bâbord
Et des mères dont les larmes débordent des canots de sauv’tage
Alors pour rester debout demain, humains
Faudra jeter des bouées
Et tendre des mains
Des mains !

Le cœur en miettes sur la main
C’est la que les oiseaux viennent se mourir
La voix tremble, s’étrangle et demande
Sans plier
Quitte à supplier
« Ouvrez les ports
Laissez nous dev’nir terres d’asile
Je me doute bien qu’ c’est compliqué
Mais on peut plus vivre comme des îles...
L’humanité est en péril
Si elle laisse ne serait-ce qu’un d’ces Hommes périr sans pleurer
Quand des corps coulent à pic
C’est l’urgence on agit
Toi tu prends l’temps d’reflechir
Mais leurs poumons qui s’ remplissent sont le sablier
Leurs poumons sont le sablier !
bordel ce gosse ça pourrait être ton fils
T’as toujours pas pigé ?!
Tu oublies qu’ dans c’monde
On est tous mi grands mi p’tits
Mi grands mi p’tits
...Raisonnement elliptique

Je vois de drôles d’oiseaux échoués
Sur mes pages
J’voudrais leur donner des noms
Des noms d’Hommes
Mais ils restent anonymes
Sans figure et sans âge
Masse informe qui dérive
Comme une tache de pétrole, de chloroform’ et d’bile

J’ai le cœur mazouté
On compte les morts !
Humanité j’écris ton nom
Mais je sais pas où t’es...
Alors les yeux salés
Mi ouverts, mi clos
Je rêve
Je vois de drôles d’oiseaux
Je vois de drôles d’oiseaux qui voguent
Et guident des bateaux qui volent
De drôles d’oiseaux qui voguent et guident des bateaux qui volent...
Je rêve et je me souviens
Que dans cette vie
on est tous
Si p’tits et si grands
Si p’tits mais si grands...
Ensemble

06370

 

06370:
Numéro d’série d’mes souv’nirs d’enfance
Retour en terre sainte
Je me souviens, et mes mots rient
Comme cette petite fille
Dans sa petite ville
Non loin de là j’avais des tresses
Le coeur noué
La rue, le banc
Une bicyclette avec un panier vide devant

Je me souviens...
Le rire bête de la sonnette
Le chant des freins, le refrain
Le guidon qui guide plus rien
Ce dédale de pédales sous mes pieds
Et qu’j’avais même plus peur de tomber...
Suffisait d’passer les vitesses
Pour s’griser, dérailler
Sous mes tempes la vie battait
Comme la pluie qui tombait jamais

Je vois ! Je vois tout ! :
Le cèdre bleu
La silhouette des grands arbres
Qui posaient leur couronne sur ma p’tite tête 
Je vois...
Je suis une grande fille
Dans les belles ruines
De ma vieille ville d’autrefois
J’prends des photos de mes souv’nirs
J’prends ma mémoire dans mes bras

06370, j’avance
Soudain, j’ai dans le nose une odeur naze
Mi eau-d’rose, mi sueur rance
Note de coeur: fleur d’errance
Et dans la bouche...
L’aigre douceur s’enfonce
Celle, de l’ogre bouffeur d’enfance
Qui m’a salie
Qui m’assaillit
Depuis, l’eau d’prose c’est ma salive
Je crache la poésie
A la gueule du temps
J’avale le venin des rimes à venir et des mots d’antan
Et même si le temps peste
Même dans la tempête
J’reste, droite, comme le point sur le i
Debout
Le poing qui fait très mal
Qui fait des Aïe avec des trémas,
Met des tremolos dans ma voix

Je me souviens et mes mots rient
Ils savent bien qu’à l’heure
où les souv’nirs surviennent
Il vaut mieux sourire pour survivre
Mes mots sont tout verts,
Ont les yeux grand ouverts
Ils me regardent et se souviennent
Que j’ai le sang tannique et grave
Le pire gravé au creux d’la nuque
C’est par là qu’la vie m’a tenue
Que j’suis la dernière note de la portée
La Blanche pointée, du doigt
Pour avoir refusé l’silence
Mais...
Petite chatte est devenue grande
Petite Blanche est devenue femme,
Et flamme,
Et slame...
Avec sa langue pour lance
Elle tente t’éteindre le diable qui danse
dans le petit bois mort de l’enfance
d’en face...

06370:
J’taille l’espoir dans l’incendie
J’sais qu’on n’a rien sans dire
Des étincelles plein les cils :
Regard embrasé d’ceux
Qui n’s’embarrassent pas et refusent d’apprendre les règles du feu
Mascara charbonneux :
Oui, j’ouvre les yeux !
Mascarade carbonisée:
30 hectares d’illusions partis en fumée
J’crache de l’au-delà et de l’eau-de-vie
sur les cendriers
Le destin m’a pété les dents !
Qu’en ai-je à foutre, hein ?!
qu’elles soient grises, jaunes ou bien cariées... Rien à carrer !

Je me souviens, je vois tout
Les mots fusent... et j’me sens
mi-détresse mi-Apollo 13
Qu’est ce qui pourra m’arrêter ?!
J’vois ! :
J’boite vite
J’bois pour n’plus oublier
J’bois le vers qui rêvait d’être
à moitié rime
à moitié libre
et toujours ivre, plein d’poésie
Je bois à la santé
de tous les micros aphones
de tous les corps sans personne
qui tentent de susurrer les mots censurés
et d’crier les sens interdits

Retour en terre sainte, enceinte
Sur la terre de mon enfance tachée d’sang
j’ai mis au monde un innocent pour l’quel j’tremble
06370, pour lui j’avance
J’revois mes rêves mourants partout
Je me relève avec mes lèvres
En terre vermeille
Suis à l’heure où je me réveille...
J’pars décrocher l’soleil mais
Suis- je à l’heure pour les merveilles ?
Même dans la tempête
Et même si le temps presse
Je marche, je ne cours pas
Certains ont les mains sales
Moi j’ai ma cadence propre
Ce soir je vais me coucher sur le flanc
Et puis me cacher pour écrire...
J’me mets tell’ment à mal
J’me mets tell’ment à nu
Je n’sais même plus si j’suis un animal à plume, ou à poil...
Peut-être qu’avec le temps je suis un animal à voile...
Qui dérive, tout douc’ment, sur sa tache de mémoire sauvage...
Toujours plus loin du carnage,
Car j’nage à contre courant

06370:
Numéro d’série d’mes souv’nirs d’enfance
Je n’oublie pas l’pire mais...
Je me souviens d’tout:
Non loin d’ici
Le cèdre rouge
Le soleil qui s’lève dans les roues d’mon vélo mauve
Mon frère qui court tout autour
Le chant du vent dans mes cheveux...

Retour en terre peinte:
J’dis : 06370, numéro d’série d’mes sourires d’enfance

Poids lourd

 

La
J’ai un poids lourd sur l’coeur
Un semi-r’mord
Et dans la r’morque j’me trimbale
Trois tonnes de tristesse de détresse de...

J’me r’garde dans l’miroir et il m’semble
Que j’ressemble à cet angle
Mort
Eh attend ! Temps mort

Dis moi
Dis moi qu c’était pas ton sang sous le blouson de cuir
Dis moi qu j’avais pas les mains sur l’volant avant d’m’endormir
Dis moi que ce n’est
Que de la tôle froissée
Qu’tu r’passeras
Pour l’constat
Qu’on n’est pas pressé
Dis moi qu’ tout roule s’il te plaît

Mais putain qu’est ce qu’il s’est passé ?!
Tout y est
La route y est
Mon camion y est
Ta bécane y est
Et toi t’y es... resté

T’es cané...
T’es qu’un égoïste
T’es qu’un inconscient
T’es qu’un salopard
Qui... qui passait par la
Qui m’est passé d’vant
Pour... pourrir ma vie
T’es qu’un abruti!

...t’es qu’un innocent
T’étais qu’un enfant...
Un petit motard
Un petit fetard
Un petit veinard
Un petit connard !

Toi tu pars à vie
C’est le paradis
T’iras pas en taule
Tu seras aux anges
Tu s’ras une étoile
Ou bien une mésange
Mais moi...
Moi je suis foutu !
Moi j’suis plus personne
Si, j’ai mes papiers...
Mais j’sais plus qui j’suis
J’ai tout oublié
La sur le klaxon
Je sais pas qui t’es
Mais mon new reflet c’est ta face à toi !
Qu’est ce qu’elle a ma gueule ?!
Elle ne me revient pas...
Elle est restée sur la chaussée
Dans le fracas dans les éclats
Mais putain qu’est ce qu’il s’est passé ?!

Et ma voix vrille, s’tord
Elle grille les stop les virgules
Elle sent ma vie qui bascule entre ses cordes
Je revois ton corps
Valser dans l’decor
J’regarde dans l’retro
Main sur le pommeau
Y’a plus d’marche arrière
Y’a plus de barrière
J’suis en roue libre
Comme un cretin
Sur l’autoroute de la misère
J’conduis ma vie sans les mains
Les yeux un peu trop ouverts
Gare de péage du destin: on a payé un peu trop cher

Le soir c’est comme si...
J’sais pas...,
C’est bien ma tête sur l’oreiller
Mais sous les draps j’crois qu’c’est tes pieds...
Je sais pas si tu baises ma femme...
En tout cas moi j’l’ai plus touchée
Parce que quand j’rentre
j’m’allonge dans la canopée
Je mate ma vie en HD
Depuis mon arbre déraciné
Je mate ma vie sans l’son
Je n’comprends plus le français
Ma BO c’est l’bourdon
Le criss’ment d’mon pied au plancher

Mais putain qu est ce qu’il s’est passé ?
qu’est ce qu’il s’est passé ?!
J’suis pas chauffard moi
J’suis pas un faucheur, non !
J’suis pas un chauffard !
J’suis pas un faucheur...non !

Présentation de l’auteur

Blanche

Blanche, née à Cannes en 1986, est slameuse, plasticienne et street artiste.
Autodidacte, elle puise sa rage de l’expression dans son parcours de vie et son regard singulier.

Blanche écrit depuis l’enfance. La découverte du slam va bouleverser son écriture et libérer sa parole. En replaçant le corps au coeur de sa poésie elle la surprend dans sa dimension la plus vibrante et décide de la suivre, dans le jeu, l’image, la musique...

Invitée des rencontres littéraires du 06 et membre actif de la scène slam (France, Québec..), formée à l’animation d’ateliers par la Ligue slam de France, elle nourrit actuellement plusieurs projets transdisciplinaires.

 

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