Germain Roesz, La collerette était rouge

Germain Roesz est plasticien, il sait donner du corps à la langue ; ici égrenée sous forme de distiques dans un format à l’italienne, 6 centimètres de haut, 20 de large, que l’on feuillette et c’est comme un kaléidoscope. Soit le récit d’une agonie à peine suggérée.

Ce qui en est dit :

La main tremble
Dans la main qui tremble

L’un s’en va, l’autre ne sait plus s’il a froid, faim…

Je vois flou
Ce sont tes larmes

Germain Roesz, La collerette était rouge, coll. Bas de page, éd. Les Lieux-Dits, 50 pages, 6 €.

La confusion est une fusion. L’un s’en va, l’autre ne sait plus où il en est… L’ensemble énoncé avec pudeur : cette intimité a une valeur universelle. La mort d’un proche a pour effet de nous décaper, ne subsistent que les mots clés, juste le nécessaire ; sauf à jouer les pleureuses, les pleureurs, ce n’est pas le genre de Germain Roesz, qui connaît une curieuse inversion des rôles :

La main tient les barreaux
D’un berceau de vieillard

En position de soignant, même si nous sommes cantonnés au rôle d’un accompagnateur impuissant, nous nous retrouvons en position parentale. Est-ce nous, redevenus petit enfant, qui partons avec lui ? Sans doute quelque chose de nous s’évanouit avec lui. Déjà, nous ne sommes plus dans son regard. Et puis…

Je caresse la joue
chaude encore

Le lecteur n’a pas à redouter un texte triste, qui mettrait le bourdon. Nous sommes au-delà de ça…

Présentation de l’auteur

Germain Roesz

Germain Roesz est peintre et écrivain. Professeur émérite de l’université de Strasbourg. Il vit et travaille à Paris et Strasbourg.
Son travail plastique cherche aujourd’hui un lieu entre chaos et organisation, entre origine matricielle et projections à venir. Depuis plus de 30 ans un protocole coloristique est à l’oeuvre qui produit une continuité dans les ruptures formelles et stylistiques engagées. C’est toujours la peinture qui est visée dans ses liens à toute l’histoire de la peinture, dans son sens politique face au monde contemporain. Faire monde face au monde, écart, pas de côté.
Comme auteur il a publié une trentaine d’ouvrages théoriques, poétiques. Il est représenté à Paris par la Galerie Cour Carrée. De nombreuses expositions personnelles et collectives dans le monde entier.

Bibliographie

Parmi les publications de G. Roesz on peut citer Paysages discontinus, textes de J.-P. Brigaudiot, J.-F. Robic et G. Roesz, Publ. Université des Sciences humaines de Strasbourg, 1996; Le jeu de l’exposition, actes du colloque de Beaulieu en Rouergue, septembre 1997, ouv. collectif sous la dir. de P.-D. Huyghe et J.-L. Déotte ; Sculptures trouvées, espace public et invention du regard, en collab. avec J.-F. Robic, l’Harmattan, 2003, 155 p. ; Pas de deux, avec Sabine Brand-Scheffel, publ. du Centre culturel franco-allemand, Karlsruhe, 2004, 56 p. ; Il dit c’est une poème d’amour, éditions Ipsa facta, Paris, 2005, 76 p.

Parmi les catalogues et les présentations de l’œuvre, mentionnons: Germain Roesz, Secret, catalogue pour l’exposition au Centre régional d’Art contemporain et au musée d’Altkirch, 1991; Germain Roesz, Stries Sites, textes d’A. Pignol et de G. Roesz, Carnets d’instants, n° 4, 2006: L’épongistes, L’année prochaine ça ira mieux, éditions Apollonia, 2007.

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Germain Rœsz est peintre, poète, enseignant chercheur à l’université de Strasbourg, et éditeur. A la pratique des arts plastiques, il joint, donc, la poésie et de la recherche théorique. Son expérience, ses publications [...]