> Abdelmajid Benjelloun : dix poèmes proposés par Nasser-Edine Boucheqif

Abdelmajid Benjelloun : dix poèmes proposés par Nasser-Edine Boucheqif

2017-12-30T15:56:43+00:00

 

1

Une mar­chande de menthe verte,
toute dres­seuse de prin­temps et les yeux pleins
d’épis de soleil
m’a appris la poé­sie
un soir sous un réver­bère éteint.
Je me sou­viens encore
qu’un orage rauque
ton­nait pour les voi­tures noires
vides illu­mi­nées de pluie.

2

Un héré­tique quelque part dans le monde pour­rait dire :
les athées n’ont pas d’issue de secours pour l’âme en cas de mort
elle reste affreu­se­ment pri­son­nière
de la der­nière par­ti­cule osseuse
du corps mort trans­for­mé en terre
L’âme non déli­vrée ain­si
souf­fri­ra éter­nel­le­ment avec ce qu’il res­te­ra du corps
quoique sous forme infi­ni­té­si­male .
Durant leur exis­tence ils n’ont pas vou­lu de Dieu
Lui non p lus ne veut• pas d’eux.
Dieu me par­donne.

3

Dans tout gron­de­ment de ton­nerre, il y a la tota­li­té indis­tincte de toutes les paroles toni­truantes pro­non­cées dans les temps recu­lés par l’humanité durant un mil­lième de seconde.

4

Regarde moi bien ma petite fille,
ma petite Houda
regarde tous les êtres humains
tous envoyés de la lumière
mais se bous­cu­lant tous autant qu’ils sont
dans une impasse orga­ni­sée savam­ment en la vie.
Ils se pré­disent tous une mort qui n’est pas la mort.
Mais savent-ils que l’éternité a com­men­cé à sen­tir l’homme
avant le pre­mier homme sur terre ?

5

Savez-vous qu’il y va du salut d’un sou­rire à Dieu
avec un mou­rant, en plein air
qui ouvre les yeux
la cha­ha­da titu­bante, dans la bouche
6
L’homme est cou­pé de ses frères
par de simples corps le sien le leur.
Il en a comme un orage dans le coeur.
Même la Création nous est inté­rieure.
Suprême
Imposture
Cosmique.

7

Le jour est arri­vé déjà abî­mé. Désir de pierre. Je fais sem­blant de res­pi­rer. Je repars à la lune, je construis la souf­france. Angoisse de toc­sin. Si je m’échange contre un singe affreux je ne me repren­drais pas .Appelez moi séance tenante un orage j’ai une confes­sion à faire : l’engrenage char­nel est une épou­vante car il sacri­fie à ciel fer­mé une res­pi­ra­tion sur un désert de hasard. Même avec une femme fami­lière. Surtout avec une femme domes­tique. J’ai une confes­sion à ne pas faire :
le char­nier amou­reux est un petit plai­sir car il sacri­fie à ciel ouvert une res­pi­ra­tion qui court aux quatre coins de l’espace. On s’instaure éva­si­ve­ment en l’autre. A.la fin,  je me repré­sente com­pro­mis à mon ombre accu­sa­trice. J’ai arrê­té le feu hur­lant jusqu’à l’au-delà des choses. Lorsqu’un astre est né à quelques mètres de la terre, deux vieillards se sont don­né ren­dez-vous chez Dieu.
Avec ma petite fille Houda cris­tal­line, la vie est une espla­nade orches­trée dans  le silence par une joie tor­ride.
Les mots m’écrivent infi­dèle au monde.
Je patauge dans l’orage.
Seul l’amour char­nel a un écho dans l’au-delà.
Un homme en par­fait état de mou­rir reprise patiem­ment des poi­gnées de sel.
Je me main­tiens inégal à moi : l’homme ne hait fina­le­ment que lui-même.
Un ruis­seau est mort du fris­son d’un acci­dent de cré­pus­cules.
J’aime char­nel­le­ment mes inter- péné­tra­tions amou­reuses en fran­chise de sexes avec les femmes.
Devant la plu­part des êtres humains on a l’impression qu’il y a mal­donne entre leur âme et leur corps.
Mourir c’est pré­ci­ser pour la pre­mière fois sa pen­sée.
Mourir c’est pen­ser pour la pre­mière fois objec­ti­ve­ment..

8

Espace incon­nu
une femme nue peu vraie
l’orage arrête sa res­pi­ra­tion :
issue char­nelle du cré­pus­cule.

9

Dans des ruines assy­riennes
un couple de tou­ristes aus­tra­liens
sent une odeur sou­dain,
une odeur ter­rible venue on ne sait d’ où.
et aus­si­tôt leur amour mutuel s’évapore ain­si que leur foi
à jamais.

10

 

La femme est belle comme un cré­pus­cule qui se mas­turbe. Id.
Comment ai-je pu écrire une chose aus­si extravagante(30.12.2012).
 

Présentation de l’auteur

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