> Brigitte Broc, Ne cherche pas à dire, réfuter, expliquer et autres poèmes

Brigitte Broc, Ne cherche pas à dire, réfuter, expliquer et autres poèmes

Par |2018-11-05T18:20:18+00:00 3 novembre 2018|Catégories : Brigitte Broc, Poèmes|

 

Ne cherche pas à dire,
réfu­ter, expli­quer.

 

C’est lorsque tu es sans visage
que t’inonde le vrai feu.
Matin de bouches,
matin de neiges, vierges.
Un halè­te­ment,
venu de très loin,
dénoue les appa­rences.
Le grand large titube,
saoul de la fonte des ombres.
Un cerne de sueur s’agrandit
à l’aisselle du ciel.
Il fait radieux sous les ailes,
il fait chaud sous les plumes.
Elle s’étonne 
de la jon­chée des astres,
des pépites de sel
que tu tiens, bien ser­rées,
dans le creux de ta main.
Elle te suit
quand tu des­cends l’orage,
elle te suit,
celle avec qui tu vécus
d’autres rives.

 

Un jour entier entre les lignes

 

Un jour entier
entre les lignes,
trans­mettre la ban­cheur,
s’ébrouer dans les signes.

De l’éclair au point,
des ébou­lis à la vir­gule,
tout un pays 
trans­porte sa patience, 
ses noms,
l’arête bleue
de son archi­tec­ture.

Terre paci­fiée 
où j’ose ratu­rer
les mai­sons détruites,
l’arrogance.

Qu’est-ce qui s’échappe
de la marge
et tremble sous ma main ?

Les yeux d’une sul­tane,
une aile bal­bu­tiante,
les preuves de l’été ?

Au coin d’une phrase
bati­folent les herbes,
j’y plonge avec délices
tous mes rires d’enfant,
la brusque soif du lait.

Sans attendre la ponc­tua­tion
qui érode le che­min,
enfour­cher les mots,
les nuages qui passent.

A marée haute,
les runes éclairent le rivage,
per­pé­tuent le mes­sage.

Chaque trace nous délivre.

 

 

Versets d’Afrique

 

Il y eut ce qui trans­pire,
ce qui prie
et suc­combe.

Il y eut ce qui appelle,
ce qui affole
et incri­mine.

Pierriers du vent
à l’haleine tran­chante,
dunes en cavale
où le regard ricoche.

Dans le bra­sier du jour
se fendent les lèvres,
s’ébrèchent les paroles.

 

La nudi­té d’être,
au milieu de ce rien,
au milieu de ce tout,
seule à tour­ner
sur son orbite de chair,
astre bédouin
qui ne veut pas s’éteindre.

L’Africaine déborde
de ses étoffes bleues,
du ciel qui ne l’étouffe plus.

Patiemment, 
elle greffe un peu de vert
au vent
pour qu’essaiment racines,
feuilles et ser­ments.

Nuits de bou­ture, nuits de liesse
où se décousent les loin­tains.

 

Passage ouvert
dans le flanc des comètes
qui taille ses arbres
et détourne la soif.

 

Lentement, dans le sable,
elle trace la mer.
Sous les fron­dai­sons d’écume
accostent les gestes
dénoués.

Cuisses ouvertes,
elle accueille la marée.

Le sel, récon­ci­lié,
fer­ti­lise ses paumes.

Ce qui éclôt,
ce qui pousse
et bouge,
danse sur le sang,
danse sur la pierre.

Versets d’Afrique, 
élé­gies lapi­daires,

dans le creu­set brû­lant
s’accomplit le pas­sage.

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