Carles Diaz, Sus la talvera / En marge

Par |2026-01-06T16:42:02+01:00 6 janvier 2026|Catégories : Carles Diaz, Critiques|

De la pierre à la mer en pas­sant par la terre délétère et la prière pro­fane, Car­les Diaz accom­plit son œuvre, tra­ver­sé par le souf­fle puis­sant d’une épopée en devenir (on songe furtive­ment à Saint-John Perse). Son réc­it poé­tique — pro­fondé­ment human­iste — racon­te une His­toire trag­ique, résiliente, en per­pétuel mouvement. 

Rien n’échappe à ce trou­ba­dour des temps mod­ernes, à ce poète voy­ant mani­ant la langue d’oc avec vir­tu­osité, à ce décou­vreur de mots tour à tour bruitistes et inaudi­bles, assou­vis et inas­sou­vis, prosaïques et lyriques. Sous une plume affûtée, un écorché vif, un révolté en quête d’u­ni­versel, un juste par­mi les justes, dénonce les out­rages au sen­si­ble. Ici, la tra­di­tion tutoie la moder­nité, por­teuse d’un mes­sage d’e­spoir, de paix et de réc­on­cil­i­a­tion entre les peu­ples tan­dis que le temps se fait espace à l’aune d’un dis­cours foi­son­nant de ful­gu­rances métaphoriques et de vérités révélées.

« Naître et mourir la main sur le cœur », tel est le pro­jet poé­tique, éthique, voire poli­tique, de l’au­teur, cet insa­tiable citoyen du monde qui fait œuvre de sub­ver­sion par le détourne­ment d’une langue vieille dev­enue sous sa plume langue neuve, langue vivante, langue duelle, langue intem­porelle, langue rebelle, langue engagée et in fine voix dis­si­dente: la mor­bid­ité, un Christ en croix (revis­ité), une Amérique pré­da­trice, des lib­ertés men­acées, autant de dérives battues en brèche par la sub­li­ma­tion des mots et des choses. 

Car­les Diaz, Sus la talvera / En marge, 2019, 63 pages, 14 €.

Les pein­tures rupestres, les toiles auda­cieuses d’Haber­schrack, de Ghirlandaio, de Cézanne, de Siqueiros, d’Oroz­co, le rêve d’un monde sans fron­tières, le dia­logue fer­tile entre les Elé­ments, le recours à un Chant pri­mor­dial dans et entre les lignes, l’af­fir­ma­tion d’un pan­théisme de com­bat, tous ces lieux de mémoire et ces courants de pen­sée con­vo­qués inner­vent une écri­t­ure à la fois sin­gulière et plurielle portée par un idéal human­iste. La nature, riche en événe­ments sur­na­turels, occupe au sein de cet univers — par endroits ésotérique — une place de choix, servie par un imag­i­naire fécond féru d’in­ven­tions styl­is­tiques et esthé­tiques pro­téi­formes. Les matéri­aux, les out­ils, les sons quels qu’ils soient, le croise­ment des per­cep­tions sen­sorielles, tous ces stim­uli par­ticipent à la refon­da­tion d’un Sens dans un monde qui en manque cru­elle­ment. La mer nourri­cière ornant la dernière page du recueil — dans un ultime flux et reflux — lave l’Hu­man­ité de toutes ses fautes, de toutes ses offens­es, de toutes ses scories…

« Ne dis pas à la mer quel est mon prénom »

Présentation de l’auteur

Carles Diaz

Car­les Diaz, né le 23 sep­tem­bre 1978 à Prov­i­den­cia, est un écrivain et poète fran­­co-chilien d’ex­pres­sion française ; doc­teur en his­toire de l’art, chercheur dans le domaine de la cul­ture et de l’art européen spé­ci­fique à la sec­onde moitié du XIX e siècle.

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Franck Ferraty

Franck Fer­raty, né le 22 sep­tem­bre 1964 à Tal­ence (près de Bor­deaux), est agrégé de musique et doc­teur en musi­colo­gie. Après un cur­sus com­plet à l’U­ni­ver­sité de Toulouse-II, il se con­sacre con­join­te­ment à la recherche, à la com­po­si­tion, à l’improvisation, au con­cert et à la poésie. Il a pub­lié deux ouvrages musi­cologiques, plusieurs arti­cles ain­si que six recueils de poésie, dont Sur le vif (2020) et Entre ombre et lumière (2025), parus aux édi­tions Interstices.
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