De la pierre à la mer en passant par la terre délétère et la prière profane, Carles Diaz accomplit son œuvre, traversé par le souffle puissant d’une épopée en devenir (on songe furtivement à Saint-John Perse). Son récit poétique — profondément humaniste — raconte une Histoire tragique, résiliente, en perpétuel mouvement.
Rien n’échappe à ce troubadour des temps modernes, à ce poète voyant maniant la langue d’oc avec virtuosité, à ce découvreur de mots tour à tour bruitistes et inaudibles, assouvis et inassouvis, prosaïques et lyriques. Sous une plume affûtée, un écorché vif, un révolté en quête d’universel, un juste parmi les justes, dénonce les outrages au sensible. Ici, la tradition tutoie la modernité, porteuse d’un message d’espoir, de paix et de réconciliation entre les peuples tandis que le temps se fait espace à l’aune d’un discours foisonnant de fulgurances métaphoriques et de vérités révélées.
« Naître et mourir la main sur le cœur », tel est le projet poétique, éthique, voire politique, de l’auteur, cet insatiable citoyen du monde qui fait œuvre de subversion par le détournement d’une langue vieille devenue sous sa plume langue neuve, langue vivante, langue duelle, langue intemporelle, langue rebelle, langue engagée et in fine voix dissidente: la morbidité, un Christ en croix (revisité), une Amérique prédatrice, des libertés menacées, autant de dérives battues en brèche par la sublimation des mots et des choses.

Carles Diaz, Sus la talvera / En marge, 2019, 63 pages, 14 €.
Les peintures rupestres, les toiles audacieuses d’Haberschrack, de Ghirlandaio, de Cézanne, de Siqueiros, d’Orozco, le rêve d’un monde sans frontières, le dialogue fertile entre les Eléments, le recours à un Chant primordial dans et entre les lignes, l’affirmation d’un panthéisme de combat, tous ces lieux de mémoire et ces courants de pensée convoqués innervent une écriture à la fois singulière et plurielle portée par un idéal humaniste. La nature, riche en événements surnaturels, occupe au sein de cet univers — par endroits ésotérique — une place de choix, servie par un imaginaire fécond féru d’inventions stylistiques et esthétiques protéiformes. Les matériaux, les outils, les sons quels qu’ils soient, le croisement des perceptions sensorielles, tous ces stimuli participent à la refondation d’un Sens dans un monde qui en manque cruellement. La mer nourricière ornant la dernière page du recueil — dans un ultime flux et reflux — lave l’Humanité de toutes ses fautes, de toutes ses offenses, de toutes ses scories…
« Ne dis pas à la mer quel est mon prénom »
Présentation de l’auteur
- Carles Diaz, Sus la talvera / En marge - 6 janvier 2026















