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Daniel Biga, Poèmes

Par |2018-10-05T05:47:19+00:00 5 octobre 2018|Catégories : Daniel Biga, Poèmes|

VAGUES D’ÉTOURNEAUX

 

vagues contre vagues flux avec reflux
des cents d’étourneaux battent la mesure
                       de l’air
                       la terre
n’en voit pas un seul posé

les vols se dés­unissent au soir
cha­cun à ses affaires va
sur quelques mâts ou antennes

la nuit réunit
ave­nue de la gare
bou­le­vard de l’océan
chaque tilleul est une ruche d’oiseaux noirs :

 

étorn­nants tor­ni­truants étor­nis­sants tour­billon­nants
étour­te­reaux étour­te­relles étour­dis­sants déton­nants étour­neaux

 

***

 

 

POURQUOI

 

…les sources rou­coulent -elles
quand le monde est en dan­ger ?
pour­quoi éla­guer un orme énorme ?
pour­quoi Tahar a-t-il peur en enfon­çant sa main
 toute entière dans le trou sur la berge du fleuve ?
pour­quoi sur de longues tiges d’herbe
les four­mis font-elles leurs Tarzanes ?
pour­quoi aimons-nous l’eau claire
dans un verre trans­pa­rent ?
pour­quoi faut-il médi­ter ? ou au moins écrire ?
pour­quoi faut-il lire Arno Schmidt et Tarjei Vesaas
 et André Dhôtel et Aaron Shabtaï…  et…
( pour­quoi les noms s’effacent-ils de ma mémoire ?
quand ? tant qu’il est temps

ces ques­tions essen­tielles  super­fi­cielles
et tant d’autres
ALIMENTATION GENERALE tente de poser sinon dr
 répondre           

 

in Alimentation Générale, Unes, 2014                     

 

***

 

CAPITAINE DES MYRTILLES 
( disait Emerson de Thoreau)

 

et moi aus­si
j’ai été huis­sier des chants
appa­ri­teur des cou­leurs
ber­ger d’enfants
et ins­ti­tu­teur des caprins et ovins
 j’ai été ingé­nieur des bétons et bitumes
manœuvre des dos­siers et pape­rasses
j’ai eu une chaire asso­ciée de gyné­co­logue du cœur
et de phar­ma­cien des âmes
mais c’est tou­jours jar­di­nier de four­mis et sca­ra­bées
bro­can­teur des mûres et chan­te­relles
troi­sième classe des eaux et forêts
que j’ai été par­fai­te­ment à l’aise
comme le gar­don dans son élé­ment
car il n’y a pas un pay­sage pas une vie végé­tale
pas une plante au monde
dont je ne me sois jamais sen­ti l’étranger

mais que dirai-je de l’homme ?

 

Stations du che­min 1983-1987 In Babel Bigarrures, Tarabuste, 2018

 

***

 

LES RÊVES SE RACONTENT ÀL’OREILLE

 

miel de père lait de mère œuf du poème
 (belle ren­contre de miel avec  l’ours d’or au fes­ti­val de Berlin)
 l’enfant qui n’aime plus guerre le lait
           l’adolescent qui le vend
le poète de qua­rante ans son œuf de poé­vie :

dans les rayons le miel se goutte avec le doigt
dans les rayons d’abeilles de pro­po­lis de cire les rêves 
            les rêves se racontent à l’oreille

dans la tri­lo­gie de Yussu les films de Semih Kaplanogu
miel –lait-œuf hon­ney-milk-egg hour­ra ! le réa­lisme spi­ri­tuel
hour­ra ! l’enfant se voit de l’autre côté du miroir
de l’autre bord du tor­rent il de voit lent faon :

           « je bois la lune je bois l’eau de la lune pleine
             j’avale la pleine lune tom­bée dans le seau
             je plonge la tête dans l’eau du seau et
             j’avale le reflet d’un reflet tom­bé… »
             les rêves se mur­murent à l’oreille

 

***

 

OMBRES INSPIRÉES

 

…pré­sences heu­reuses veilleuses pai­sibles bruits raf­fi­nés
sirop de cannes à sugar rous­seurs pana­chées
 quié­tude au soir armis­tice noc­tam­bule
corps d’esprit une telle nuit d’été sel de mi-nuit
vis à visages Vide Roules d’étoiles serein des c/​d/​ieux
cent mille fruits cuits bruits de nuit
 hémo­glo­bine ani­male chasse ni fin ni com­men­ce­ment
           espèces souffles caresses mor­sures
           sou­pirs dans l’air – souffrances/​voluptés –
autant y-a-t-il d’étoiles au Ciel qu’y a de grains de sable sur Terre
sen­teurs saveurs sons sueurs chaque ins­pir
                    innom­brable unique

toutes choses que Rien que Tout n’éprouve ni ne prouve
                   signale sans révé­ler

éner­gies rondes fré­quences modu­lées (recherches de voca­bu­laire)
empire des foul­ti­tudes
            fini­tif des débor­de­ments des formes déformes
            trans­formes

les lucioles éteintes l’année pro­chaine juillet les ral­lu­me­ra
lucioles d’aujourd’hui revien­dront plus vieilles et rajeu­nies

 l’an que ven e reven in QUOLIBETS, L’Amourier, 2018
  

 

 

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