VAGUES D’ÉTOURNEAUX

 

vagues con­tre vagues flux avec reflux
des cents d’étourneaux bat­tent la mesure
                       de l’air
                       la terre
n’en voit pas un seul posé

les vols se désunis­sent au soir
cha­cun à ses affaires va
sur quelques mâts ou antennes

la nuit réunit
avenue de la gare
boule­vard de l’océan
chaque tilleul est une ruche d’oiseaux noirs :

 

étorn­nants tor­ni­tru­ants étor­nissants tourbillonnants
étourtereaux étourterelles étour­dis­sants déton­nants étourneaux

 

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POURQUOI

 

…les sources roucoulent ‑elles
quand le monde est en danger ?
pourquoi éla­guer un orme énorme ?
pourquoi Tahar a‑t-il peur en enfonçant sa main
 toute entière dans le trou sur la berge du fleuve ?
pourquoi sur de longues tiges d’herbe
les four­mis font-elles leurs Tarzanes ?
pourquoi aimons-nous l’eau claire
dans un verre transparent ?
pourquoi faut-il méditer ? ou au moins écrire ?
pourquoi faut-il lire Arno Schmidt et Tar­jei Vesaas
 et André Dhô­tel et Aaron Shab­taï… et…
( pourquoi les noms s’effacent-ils de ma mémoire ?
quand ? tant qu’il est temps

ces ques­tions essen­tielles  superficielles
et tant d’autres
ALIMENTATION GENERALE tente de pos­er sinon dr
 répondre 

 

in Ali­men­ta­tion Générale, Unes, 2014 

 

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CAPITAINE DES MYRTILLES 
( dis­ait Emer­son de Thoreau)

 

et moi aussi
j’ai été huissier des chants
appari­teur des couleurs
berg­er d’enfants
et insti­tu­teur des caprins et ovins
 j’ai été ingénieur des bétons et bitumes
manœu­vre des dossiers et paperasses
j’ai eu une chaire asso­ciée de gyné­co­logue du cœur
et de phar­ma­cien des âmes
mais c’est tou­jours jar­dinier de four­mis et scarabées
bro­can­teur des mûres et chanterelles
troisième classe des eaux et forêts
que j’ai été par­faite­ment à l’aise
comme le gar­don dans son élément
car il n’y a pas un paysage pas une vie végétale
pas une plante au monde
dont je ne me sois jamais sen­ti l’étranger

mais que dirai-je de l’homme?

 

Sta­tions du chemin 1983–1987 In Babel Bigar­rures, Tara­buste, 2018

 

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LES RÊVES SE RACONTENT ÀL’OREILLE

 

miel de père lait de mère œuf du poème
 (belle ren­con­tre de miel avec  l’ours d’or au fes­ti­val de Berlin)
 l’enfant qui n’aime plus guerre le lait
           l’adolescent qui le vend
le poète de quar­ante ans son œuf de poévie:

dans les rayons le miel se goutte avec le doigt
dans les rayons d’abeilles de propo­lis de cire les rêves 
            les rêves se racon­tent à l’oreille

dans la trilo­gie de Yus­su les films de Semih Kaplanogu
miel –lait-œuf hon­ney-milk-egg hour­ra ! le réal­isme spirituel
hour­ra ! l’enfant se voit de l’autre côté du miroir
de l’autre bord du tor­rent il de voit lent faon :

           « je bois la lune je bois l’eau de la lune pleine
             j’avale la pleine lune tombée dans le seau
             je plonge la tête dans l’eau du seau et
             j’avale le reflet d’un reflet tombé… »
             les rêves se mur­murent à l’oreille

 

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OMBRES INSPIRÉES

 

…présences heureuses veilleuses pais­i­bles bruits raffinés
sirop de cannes à sug­ar rousseurs panachées
 quié­tude au soir armistice noctambule
corps d’esprit une telle nuit d’été sel de mi-nuit
vis à vis­ages Vide Roules d’étoiles sere­in des c/d/ieux
cent mille fruits cuits bruits de nuit
 hémo­glo­bine ani­male chas­se ni fin ni commencement
           espèces souf­fles caress­es morsures
           soupirs dans l’air – souffrances/voluptés –
autant y‑a-t-il d’étoiles au Ciel qu’y a de grains de sable sur Terre
sen­teurs saveurs sons sueurs chaque inspir
                    innom­brable unique

toutes choses que Rien que Tout n’éprouve ni ne prouve
                   sig­nale sans révéler

éner­gies ron­des fréquences mod­ulées (recherch­es de vocabulaire)
empire des foultitudes
            fini­tif des débor­de­ments des formes déformes
            transformes

les luci­oles éteintes l’année prochaine juil­let les rallumera
luci­oles d’aujourd’hui revien­dront plus vieilles et rajeunies

 l’an que ven e reven in QUOLIBETS, L’Amourier, 2018